France : hausse de la pauvreté, éducation menacée

Pauvreté et inégalités sont en hausse en France alertent deux rapports publiés cette semaine par Oxfam et le Secours Populaire. Une augmentation qui n’est pas sans conséquence sur l’éducation des plus jeunes, pointe Aide et Action, alors qu’Emmanuel Macron doit dévoiler le 13 septembre son plan pauvreté.

 

123 millions d’Européens exposés au risque de pauvreté. Parmi eux, 11 millions de Français conclue un nouveau rapport d’Oxfam. Pour le Baromètre Ipsos-SPF de la Pauvreté Edition 2018 publié pour le Secours Populaire le 11 septembre 2018, « plus d’un tiers des Français (39% soit 2 points de plus qu’en 2017) ont été confrontés à des privations multiples ». Ils sont 59%, (+2 points depuis 2016), poursuit le baromètre, à avoir connu la pauvreté ou à s’être dit qu’ils étaient sur le point de la connaître. Ces chiffres ont de quoi faire pâlir. Pire encore, le rapport souligne une détérioration notoire des conditions de vie des plus pauvres : 57% ont des difficultés à payer leurs dépenses d’énergie, 45% leur loyer ou emprunt immobilier, 38% ont du mal à payer leurs frais médicaux. Enfin 21%, soir 1 Français sur 5, avoue avoir du mal à se procurer une alimentation saine pour assurer 3 repas par jour.

Augmentation constante de la pauvreté en France

Cette situation de pauvreté croissante au sein de l’Hexagone n’est pas sans conséquence sur la qualité de l’éducation proposée. Car comment travailler dans un logement exigu ou bruyant ? Comment faire sa rentrée sans le matériel adéquat ? Comment apprendre correctement lorsqu’on a le ventre vide ? « Beaucoup des enfants des familles pauvres ne prennent pas trois repas par jour. En France en 2018, 19% des parents d’enfants de moins de 18 ans rencontrent des difficultés financières pour payer la cantine », souligne le Baromètre Ipsos Ipsos-SPF 2018. Une situation alarmante qui menace directement le niveau de l’éducation en France, remet en question la notion d’égalité des chances  et rend plus qu’incertaine la possibilité pour les classes les plus modestes de s’élever sur l’échelle sociale. Une situation qui devrait également un peu plus alourdir le poids des inégalités économiques et sociales qui grèvent déjà le système éducatif français.

Des inégalités économiques et sociales qui pèsent sur l’école

D’après les experts de l’OCDE, les résultats des élèves français sont en effet largement impactés par les inégalités économiques et sociales. « Près de 40% des élèves issus de milieux défavorisés sont en difficulté. Plus on vient d’un milieu défavorisé en France, moins on a de chances de réussir à l’évaluation Pisa 2015. Pire, les élèves de 15 ans des milieux les plus défavorisés son surreprésentés dans les filières professionnelles ».Une analyse confirmée par la sociologue et spécialiste des politiques éducative Agnès van Zanten, qui rappelle que les inégalités se poursuivent jusque dans l’orientation scolaire des jeunes vers l’enseignement supérieur. D’après ses études, les deux tiers des lycéens issus des catégories socioprofessionnelles privilégiées environ parlent fréquemment du choix d’un programme d’études supérieures et, potentiellement, d’une carrière, avec leurs parents, contre seulement 20 % des élèves de milieu populaire.

Un « plan pauvreté » devenu plus qu’ urgent

Dans ce contexte, le plan pauvreté d’Emmanuel Macron, qui avait été repoussé en juillet dernier et qui sera finalement annoncé le 13 septembre, est donc attendu avec une grande impatience. Reste à espérer que les mesures proposées pour le secteur éducation seront à la hauteur. Instaurer la gratuité des repas, au moins pour les enfants les plus défavorisés, à l’image de ce qui est fait dans de nombreux pays anglo-saxons, _ et au sein des programmes Aide et Action au Vietnam ou au Cambodge_ serait un bon début pour lutter contre les inégalités, preuve ayant été faite que les enfants bénéficiant d’au moins un repas correct par jour sont dans de meilleures conditions pour apprendre. Reste à savoir si cette initiative sera adoptée par la France.

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