J-M Blanquer: de nouvelles mesures en demi-teinte pour lutter contre l’échec scolaire

Le Ministère de l’éducation nationale a mis en ligne, le 13 juin, un nouveau document pour présenter les nouvelles mesures mises en place dès la rentrée 2017. Certaines suscitent toutefois plus de questions qu’elles n’apportent de réponses.

Les professionnels de l’éducation ont fait part de leur dépit, le 8 juin dernier, à la sortie du Conseil Supérieur de l’Education (une instance consultative composée du personnel de l’éducation, d’enseignants, de syndicats ou d’associations chargée d’émettre des avis sur les objectifs et le fonctionnement du service public de l’éducation), suite à la présentation par Jean-Michel Blanquer de ses nouvelles mesures en matière d’éducation. Côté timing surtout, car de l’avis de tous, le calendrier des réformes proposé par le Ministre est trop rapide (3 mois à peine avant la rentrée scolaire) et surtout trop déstabilisant pour les équipes enseignantes et les enfants, qui ont juste eu le temps de s’habituer aux précédentes mesures.

Côté idée, le ministre a réaffirmé sa volonté de lutter contre l’échec scolaire. Il a annoncé vouloir faire en sorte que tout élève sortant du primaire sache lire, écrire et qu’il maîtrise le socle de compétences de base. L’idée est louable. Mais tous ne sont pas convaincus par les solutions envisagées par le ministre. En dépit des nombreuses interrogations et inquiétudes des syndicats et autres professionnels de l’éducation, les mesures ont bel et bien été confirmées par un communiqué publié le 13 juin par le Ministère de l’Education nationale.

Premières mesures annoncées

Des semaines de 4 ou 4,5 jours au choix. Aucune étude pour l’heure n’a réellement permis de prouver l’impact de la semaine de 4,5 jours ou plus sur les performances scolaires[1]. Le ministre souhaite néanmoins permettre aux communes qui le souhaitent et qui jugent les enfants trop fatigués par la semaine de 4,5 jours de revenir à la semaine de 4 jours. Il fait ainsi fi du rapport publié par le Sénat le 7 juin qui recommande de ne pas revenir à la semaine de 4 jours. Y revenir "serait un mauvais signe car on ferait prévaloir le monde des adultes sur celui des enfants", a notamment fait valoir Jean-Claude Carle, sénateur Les Républicains de Haute-Savoie. Pour autant, certaines communes comme Marseille ou Nice ont déjà annoncé leurs volontés de revenir à la semaine de 4 jours, ouvrant ainsi la porte à une école française à plusieurs vitesses. Qui risque d’être, de fait, source de nouvelles inégalités.

Le redoublement, interdit par le décret de 2014, revient finalement à l’ordre du jour. Non pas de manière systématique mais au cas pas cas, « le redoublement doit rester possible quand c'est dans l'intérêt de l'élève, et dans des cas qui doivent rester rares », confiait-t-il le 8 juin au journal Le Parisien. Certes, mais dans les pratiques courantes, le redoublement est bel et bien enterré : il n’est aujourd’hui possible qu’à la demande des parents en fin de 3ème ou de terminale et il est de moins en moins souhaité, preuve ayant été faite de son inefficacité au point de vue scolaire, s’il n’est pas réfléchi et accompagné de nouvelles méthodes pédagogiques et de soutien spécifique. Le redoublement entrainant par ailleurs dans la plupart des cas des effets secondaires négatifs sur l’estime et la confiance en soi des enfants redoublants.

L’accompagnement personnalisé au premier plan

Pour améliorer les performances des enfants français, le nouveau ministre de l’Education nationale compte donc surtout sur l’accompagnement scolaire personnalisé tout au long de l’année, ainsi que la mise en place de soutien scolaire durant les vacances d’été pour tous les élèves qui rentrent en 6ème dès la rentrée 2017. Ces stages d'une semaine seront proposés fin août au moins en éducation prioritaire et si possible plus largement. Ils seront assurés par des enseignants volontaires rémunérés sur la base du tarif des heures supplémentaires et centrés sur le français et les mathématiques. Le système est déjà opérationnel dans plusieurs pays comme la Finlande ou les Etats-Unis et semble faire ses preuves.

Reste enfin la mesure des « devoirs faits » à l’école, longuement débattue dans les médias au cours de la semaine passée. Les enfants du primaire au collège n’auront plus de devoirs à la maison. Tout sera fait à l’école sous la surveillance d’enseignants volontaires mais également de jeunes issus d’associations ou du service civique volontaire. Pour des raisons économiques avant tout, il est fort probable que les étudiants soient massivement mobilisés pour assurer ces heures d’études dirigées. Cette « aide » pourra-t-elle être efficace ? Certes l’enseignement d’enfants par des jeunes, plus proches d’eux que des enseignants, a parfois fait ses preuves, cependant ce type de soutien ne peut être efficace que si les étudiants sont étroitement associés en amont au travail des enseignants et s’ils peuvent assurer un suivi régulier des mêmes enfants.

L'Association de la Fondation Étudiante pour la Ville consultée sur ce nouveau dispositif rejette l’idée de  faire porter à « ses étudiants » la charge de la réussite des élèves : « Nos étudiants bénévoles travaillent sur l'orientation, l'ouverture culturelle, la re-motivation ; l'aide aux devoirs n'est pas le cœur de leur activité », souligne Eunice Mangado-Lunetta, directrice des programmes de l'association, dans le Nouvel Observateur. Le journal en profite pour s’interroger sur la « surmultiplication de ces dispositifs extra-scolaires ». Et de noter que Philippe Meirieu, expert en éducation, en a dénombré jusqu’à 27 au sein d’une seule et même école à proximité de Lyon.   Certes l’intervention d’associations spécialisées au sein de l’école représente une ouverture sur le monde tout à fait appréciable dans le contexte scolaire français, mais pour être pleinement efficace elle doit s’inscrire dans le cadre de projets d’écoles auxquels sont associés tous les acteurs de l’éducation. A Aide et Action, nous estimons en effet  que seul un travail concerté de tous ces acteurs, (enseignants, associations mais aussi parents) dans le cadre d’un projet d’école global est  à même de poser les bases d’une réelle réussite scolaire des enfants.

Enfin, et ce n’est pas le moindre des sujets, il se pose la question du financement de ces différentes mesures dans un budget contraint.

[1] D’après le communiqué du ministère de l’éducation nationale du 13 juin 2017 "Les études montrent que les effets de l'aménagement du temps scolaire - sur 4 jours ou 4,5 jours - sont négligeables, voire nuls, sur les résultats des élèves ». Pour l’heure, aucune étude n'a été publiée en ce sens. L'étude de la Direction de l'Evaluation, de la Prospective et de la Performance [DEPP], qui aurait du sortir sous le gouvernement précédent, n'a pas été rendue publique.

 

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