Education: un nouveau ministre mais des annonces phares qui manquent d’aplomb

Jean-Michel Blanquer, nouveau ministre de l’Éducation nationale au sein du gouvernement d'Emmanuel Macron, n’aura pas la tâche facile. Les annonces faites par E. Macron en matière d'éducation durant son programme demandent encore à être précisées, travaillées et surtout développées.

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Petite Enfance

E. Macron a annoncé vouloir augmenter le nombre et clarifier les critères d’attribution des places en crèches. La mesure est intéressante, probablement nécessaire. Mais, devant le nombre d’études internationales qui mettent l’accent sur l’importance de l’éducation dès le plus jeune âge, Aide et Action regrette le manque de propositions en matière de préscolarisation précoce et de pédagogie pour les plus jeunes.

[Pour rappel Aide et Action avait demandé durant la campagne présidentielle la préscolarisation obligatoire des enfants dès l’âge de 2 ans dans les quartiers d’éducation prioritaire, conformément aux objectifs de la Loi de Refondation de l’école, et ce dès l’âge de 3 ans hors zones prioritaires).

Ecole Primaire

E. Macron a promis de faire de la lutte contre les inégalités scolaires sa priorité.

Manque d’enseignants pour tous

Sa mesure phare, annoncée dès la rentrée 2017 : diviser par deux la taille des classes de CP et CE1 (pour une moyenne de 12 élèves par classe) des écoles des quartiers les plus pauvres pour un coût évalué à 241 millions d’euros. Au total, 12 000 enseignants seront nécessaires. Pour répondre à la demande, Emmanuel Macron souhaite réutiliser les 5 000 postes d’enseignants créés par le dispositif "Plus de maîtres que de classes", créer 5 000 autres postes d’enseignants durant son mandat. Enfin,  les 2 000 postes restant seraient "redéployés".

En somme, des professeurs seraient affectés dans des écoles en difficulté au détriment de leurs établissements d’origine. Ces derniers, déjà soumis à de nombreuses difficultés, verraient alors automatiquement leur nombre d’élèves par classe augmenter. Aide et Action regrette ce "redéploiement d’enseignants" qui risque d’accroître les mauvaises conditions d’apprentissage et d’enseignement dans les écoles françaises. Notre association regrette par ailleurs la remise en cause brutale du dispositif  "Plus de maîtres que de classes" sans qu’aucune évaluation ne soit menée. Créé il y a cinq ans, ce dispositif avait le mérite de concerner l’ensemble des classes et semblait faire ses preuves. .

Si l’impact positif de la réduction des classes sur les résultats des élèves défavorisés a été prouvé scientifiquement, (études universitaires de l’économiste Thomas Piketty en 2006), la mesure "12 élèves en CP/CE1 en zone prioritaire" telle qu’annoncée soulève de nombreuses questions : les bâtiments scolaires n’étant pas extensibles, où iront les classes nouvelles divisées ? La possibilité de mettre deux maîtres et deux groupes de 12 élèves dans une même classe pour palier le manque de locaux ne semble pas des plus appropriées.  Quid des autres classes (hors zones prioritaires) où le nombre d’enfants par classe sera toujours trop élevé et où aucun maitre supplémentaire ne pourra être nommé ? Il semble, au vu des mesures annoncées pour le moment, qu’elles n’aient droit à rien.

Parmi les mesures phares annoncées, nous regrettons également le manque d’objectif de mixité sociale. Refonder la carte scolaire permettrait - entre autres - de lutter contre la ségrégation scolaire et le poids des déterminismes sociaux au sein de l’école.

Une prime pour les zones difficiles, mais avec quelle pédagogie ?

Emmanuel Macron souhaite inciter les enseignants les plus qualifiés à travailler dans les quartiers les plus difficiles. Ils toucheront une nouvelle prime de 250 euros nets par mois, qui viendront s’ajouter aux 96 euros déjà accordés par François Hollande en 2015. "C’est un excellent moyen  d’attirer des enseignants de qualité dans les établissements difficiles et surtout de stabiliser les équipes, un facteur déterminant pour la réussite des élèves" constate Eric Charbonnier, spécialiste de l’éducation à l’OCDE. Certes, la mesure est intéressante. Mais qu’en sera-t-il de la formation accordée à ces enseignants ? De la pédagogie et des enseignements auxquels ils devront avoir recours pour ces publics défavorisés ?

Rythmes scolaires : le flou dans l’hexagone

E. Macron a promis de laisser les communes libres de poursuivre ou d’abandonner la réforme des rythmes scolaires. Cette mesure, dès son lancement, avait été beaucoup décriée et avait fait couler beaucoup d’encre. Il n’en reste pas moins qu’elle est aujourd’hui appliquée depuis deux ans et que personne n’est encore à même de juger de son impact sur les élèves. Laisser le choix aux communes de la maintenir, ou non, c’est prendre le risque de voir les communes les plus défavorisées l’abandonner et accroître encore les inégalités. Ne serait-il pas préférable de la conserver, le temps de procéder à une réelle évaluation ? La question est légitime d’autant que les enseignants se lassent des mesures successives qui s’ajoutent ou se contredisent à chaque changement électoral.

Collège

E. Macron souhaite laisser davantage d’autonomie aux établissements scolaires. Le projet veut donner plus de liberté "aux équipes éducatives", qui seront "suivies et évaluées". La mesure permettrait notamment aux collèges de revenir sur la réforme mise en place l’an dernier et de créer notamment des classes bi-langues. Les établissements seraient libres de choisir leurs programmes, leur organisation du temps scolaire et de recruter les enseignants. En échange, ces mêmes établissements seraient audités tous les trois ans par une commission qui interrogerait aussi les parents. Le principe pourrait être intéressant à condition d’être correctement mis en œuvre et de donner aux écoles et au corps enseignant les moyens humains et financiers de développer des projets  d’établissement qui favorisent les apprentissages et le vivre ensemble. Le risque est grand de voir ce système donner naissance à une école "à plusieurs vitesses".

Lycée

La principale réforme souhaitée par E. Macron au lycée concerne le baccalauréat. Véritable institution de l’école à la française, il ne sera pas aisé de le modifier. E. Macron a annoncé vouloir le réduire à seulement quatre matières, sans toutefois préciser lesquelles, et imposer pour les autres sujets le contrôle continu. Les enseignants dont les matières seront reléguées au second rang risquent de ne pas apprécier le projet. Ce projet, à but principalement économique (l’économie réalisée sur l’organisation de l’épreuve permettrait de financer le programme de lutte contre les inégalités au primaire) ne devrait pas être possible avant 2021 selon les premières estimations. On regrette toutefois que la réforme du principal diplôme de l’école française soit davantage mue par une logique économique que par un souci d’amélioration de la pédagogie et des performances scolaires des futures générations.

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[1] Dimanche 14 mai 2017, lors de son discours d’investiture à la Présidence de la République, Emmanuel Macron a rappelé la place de l’éducation dans son projet : "La culture et l’éducation, par lesquelles se construit l’émancipation, la création et l’innovation seront au cœur de mon action."

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