Scolariser les jeunes d’origine immigrée le plus vite possible est indispensable

Un nouveau rapport de l’OCDE montre que les enfants d’origine immigrée maîtrisent moins bien les compétences de base que les enfants non-immigrés. Les scolariser le plus vite possible et dans les meilleures conditions est pourtant nécessaire pour faciliter et réussir leur intégration, souligne Aide et Action.

« L’éducation est essentielle pour donner aux jeunes migrants les compétences dont ils ont besoin pour faire face à l’adversité, contribuer à l’économie et s’intégrer à la société », explique Gabriella Ramos, Directrice de Cabinet et Sherpa de l’OCDE au G20, à l’occasion de la sortie du Rapport de l’OCDE «  La résilience des élèves issus de l’immigration ». « Pourtant, si l’on compare un groupe de 100 étudiants européens issus de l’immigration avec le même groupe d’étudiants non-issus de l’immigration, 15 étudiants issus de l’immigration de plus n’apprendront pas les compétences de base en compréhension de l’écrit, en mathématiques et en sciences. Cela est inacceptable et a des effets néfastes sur l’intégration et la cohésion sociale sur le long terme. Les pays doivent faire davantage pour donner à ces enfants, les moyens, les instruments et le soutien dont ils ont besoin pour réussir à l’école. Nous avons besoin de politiques ciblées qui donnent à chacun l’opportunité de réaliser son plein potentiel », a-t-elle ajouté.

Les étudiants d’origine étrangère défavorisés

Le nouveau rapport de l’OCDE « La résilience des élèves issus de l’immigration » révèle en effet que près d’ 1 jeune de 15 ans sur 4 vivant dans l’Union Européenne est né à l’étranger ou a au moins l’un de ses parents nés à l’étranger et que le nombre de ces étudiants a augmenté de 6 points entre 2003 et 2015. « L’école est le 1er lieu que ces enfants d’origine étrangère découvre, c’est une étape clef vers une intégration réussie» souligne Andreas Schleicher, Directeur de la Direction de l'éducation et des compétences de l’OCDE. Pourtant les élèves issus de l’immigration réussissent moins bien que les élèves nés dans l’Union Européenne, souligne le nouveau rapport de l’OCDE. «  Dans les pays de l’OCDE, la moitié des élèves immigrés de 1ère génération ne possède pas les compétences minimum en lecture, mathématiques et sciences. C’est un peu mieux pour les élèves nés dans les pays de l’Union Européenne de parent (s ) étrangers mais cela reste faible », explique Andreas Schleicher.

L’autre barrière : la langue

« Ces jeunes ont l’impression d’être isolés, ils ont plus de mal à se faire des amis », souligne l’expert en éducation, « mais ils ont paradoxalement de bien plus grandes aspirations à s’élever et à réussir. » Le rapport souligne en effet que les enfants d’origine immigrée ont un moindre sentiment d’appartenance à l’école que les étudiants non immigrés, ils sont moins satisfaits de leurs vies et sont plus angoissés par rapport à leur travail scolaire, mais ils espèrent davantage réussir à l’école.  Parmi les principaux obstacles sur le chemin de leurs réussites scolaires : leur statut social plus défavorisé. « Les enfants d’origine étrangères viennent de milieux plus défavorisés, ils se retrouvent dans des écoles défavorisées avec d’autres enfants immigrés et cumulent ainsi de nombreux désavantages. L’autre grande barrière, c’est la langue », insiste Andreas Schleicher. « Si l’on ne parle pas la langue du pays où l’on habite, on ne peut pas apprendre à l’école, on ne peut pas se faire d’amis ». Les enfants d’origine étrangère sont également plus susceptibles d’être victimes de harcèlement, de racket ou de se sentir inégalement traités par leurs enseignants.

La France a des progrès à faire

Parmi les principaux pays qui échouent à intégrer correctement les enfants d’origine étrangère, le rapport cite l’Autriche, la Belgique, le Danemark, la Finlande, l’Allemagne, le Luxembourg, la Slovénie, la Suède, et la Suisse. A contrario les pays qui réussissent le mieux l’intégration des enfants d’origine étrangère sont le Canada et les Pays Bas. « Rien n’est figé dans le marbre et des initiatives doivent être développées pour s’améliorer », souligne Andreas Schleicher, « car ne pas intégrer correctement ces enfants aura un coût économique et social bien trop important ».

En France, Aide et Action rappelle la nécessité d’améliorer l’éducation actuellement dispensée aux enfants allophones et à leurs familles, car à l’heure actuelle les écoles et équipes pédagogiques n’ont pas toujours les moyens et les techniques pour les accompagner correctement. L’association préconise notamment pour ces enfants issus de l’immigration un premier enseignement en langue maternelle afin de faciliter leur accueil et apprentissage avant d’être progressivement initié à la langue française. Preuve ayant été faite des bénéfices d’un enseignement multilingue dès le plus jeune âge pour limiter le décrochage scolaire. Enfin, Aide et Action alerte quant au délai encore bien trop long entre l’arrivée des jeunes immigrés et leur scolarisation : « Ne pas s’occuper de ces enfants pour des raisons administratives est extrêmement gênant. Les migrations peuvent durer des années et ces enfants peuvent rester des années sans éducation. Il est urgent de limiter la rupture éducative qui conduit aujourd’hui beaucoup trop de jeunes d’origine étrangère à décrocher de l’école », s’alarme Charles-Emmanuel Ballanger, Directeur d’Aide et Action France-Europe.

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