Le G7, c’est ce week-end, mais «who cares ?», comme disent les anglais

Les leaders du G7 et leurs invités seront réunis du 24 au 26 août à Biarritz pour la 45ème édition de ce sommet international. L'événement est de taille et pourtant, il ne déchaîne l’intérêt ni des médias, ni du grand public. Et pour cause….

La 45ème édition du G7 se tiendra ce week-end à Biarritz sous la présidence d’Emmanuel Macron. Et le moins que l’on puisse dire c’est que peu de gens semble vraiment s’y intéresser : l’opinion publique est encore en vacances -  logique pour un 24 août, on s’étonnera d’ailleurs d’une telle date pour un événement aussi ambitieux, qui prétend tout de même lutter contre les inégalités dans le monde.

Désintérêt

Côté média, hormis les articles sur la sécurité du G7, les risques de manifestations et de débordements dans Biarritz, les papiers ou émissions sur le contenu même de ce sommet international sont maigres. Pourtant les grands enjeux qui doivent être abordés au cours de ces deux jours sont nombreux et non des moindres : changement climatique, égalité des genres, inégalités économiques et sociales, lutte contre la faim dans le monde,  obstacles à l’éducation, pour n’en citer que quelques uns. Et au vu des menaces terribles et des crises qui nous entourent, le G7, et les plus grands chefs d’états, qu’il réunit, auraient largement les moyens – n’oublions pas qu’ils représentent à eux seuls les pays les plus riches du monde et pas moins de 75% de l’aide au développement- de changer la situation. Et pourtant, le G7 semble passer inaperçu pour tout le monde, à l’exception des habitants de Biarritz. Et peut-on vraiment s’en étonner ?

Qu’y a –t-il réellement à attendre de ce G7 ?

Doit-on même en attendre quelque chose ? La question est rude et pourtant légitime tant la scène politique mondiale est aujourd’hui fragmentée, la désunion fait rage avec d’un côté les Etats-Unis et de l’autre, des pays européens qui se tirent la bourre et semblent incapables de se mettre d’accord. Annonce a déjà été faite qu’il n’y aurait pas de communiqué final, signé de la main de tous les participants sur les différentes avancées actées durant les deux jours. L’expérience de l’an passé – où Donald Trump revenait sur sa signature à peine l’avion décollé- a marqué les esprits et fait apprendre quelques leçons.  Mais si la parole ne vaut plus et si personne ne se met d’accord avec personne, quelle valeur a donc un tel sommet ? Ce n’est pas un hasard si le Guardian (« G7 leaders urgently need clear-the-air talks rather than fake smiles », Larry Elliott) compare cette semaine le G7 au groupe des Beatles quelques mois à peine avant son implosion et sa disparition. Les photos où tout le monde sourit, se serre la main ne sont que de façade et ont de plus en plus de mal à cacher les fossés.

Disparition programmée ou résurrection

Alors que faire ? Attendre la fin probable de ce Groupe qui aurait pu changer l’histoire, les écouter parler d’initiatives, de projets, d’avancées - positives sans aucun doute, mais qui restent très timides.  Ou bien souhaiter une autre histoire. Celle des Rolling Stones plutôt que celle des Beatles pour poursuivre la métaphore du Guardian. Tel le phénix, on souhaite en effet de ce G7 qu’il renaisse de ses cendres, qu’il délaisse la langue de bois, qu’il comprenne peut-être enfin que l’avenir du monde ne se joue plus à 7 et qu’il aborde enfin les vrais problèmes : la crise climatique, les évasions fiscales, les écarts de salaire, les mariages précoces, la faim dans le monde, les conséquences du commerce mondial… bref, les sujets ne manquent pas et nécessitent tous des solutions urgentes.  

Et si on arrêtait la langue de bois ?

Côté éducation, on ne doute pas que tous les chefs d’états y voient une priorité majeure. Les initiatives déjà annoncées pour renforcer l’accès des filles à l’éducation sont évidemment les bienvenues. Mais quand parlera-t-on des choses qui fâchent ? De la crise mondiale de l’éducation et des apprentissages par exemple. De cette crise qui prive la génération de demain des compétences essentielles pour travailler mais aussi pour s’insérer dans la société. D’ici à 2030, plus de 750 millions de personnes dans les pays à faible et moyen revenu n’auront pas les compétences pour participer à l’économie de demain.[1] 

Une crise mondiale de l’éducation à résoudre d’urgence

Et 1.5 milliard d’adultes n’auront pas d’éducation au-delà de l’école primaire. Pourquoi ? Parce que beaucoup de femmes et d’hommes, adultes demain, sont encore exclus de toute éducation secondaire ou professionnelle et parce que parmi celles et ceux qui y vont, ils n’y apprennent rien. Parce qu’ils sont près de 80 par classe, parce qu’il n’y a ni livres ni cahiers, parce qu’il n’y a pas d’électricité, de toilettes ou d’accès à l’eau portable, parce que l’enseignant est absent ou juste non qualifié pour enseigner.  La crise est là sous nos yeux, elle se prépare depuis plusieurs années et s’aggrave chaque jour un peu plus au point de menacer la nature même du monde de demain. Car sans éducation, rappelons le, aucun progrès économique, social, sanitaire n’est possible. La paix, même, sera menacée.

L’éducation clef du monde de demain

D’ici à 2030, 622 millions d’enfants, soit un tiers de tous les enfants du monde vivront, dans des pays où l’éducation sera mise à mal par la guerre, les violences, ou le changement climatique[2]. Qu’adviendra-t-il d’eux si rien n’est envisagé aujourd’hui pour trouver des solutions et apporter l’éducation auprès de celles et ceux qui sont le plus marginalisés ? Et pas n’importe quelle éducation : une éducation de qualité qui formera non pas seulement des employés mais des citoyens éclairés qui participeront activement à la construction de demain. Si cette crise de l’éducation n’est pas in fine reconnue, mise sur la table, débattue ; si des solutions concrètes, rapides ne sont pas trouvées par celles et ceux qui dirigent aujourd’hui le monde, alors demain n’existera pas. En tout cas pas le monde dont on rêve, pas celui que les 193 chefs d’états ont souhaité construire en adoptant en septembre 2015 les 17 Objectifs de Développement Durable. Il ne reste plus que 10 ans pour construire ce monde 100% durable avec 0 pauvreté, 0 maladie, 0 exclusion. Alors Messieurs du G7, il ne tient qu’à vous ce week-end d’être différents, d’être plus créatifs, plus innovants que pour les précédents sommets et de changer réellement le cours de l’histoire.

 

[1] Unlock education for everyone, Save The Children, 2019

[2] Safe Schools: The Hidden Crisis, Theirworld, December 2018

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