Aide au développement : les ONG réfutent le lien migration/développement

Si l’ensemble des acteurs réunis au Conseil National du Développement et de la Solidarité Internationale le 22 février ont noté les avancées notables du gouvernement en matière d’aide au développement, les ONG ont unanimement souligné les limites du relevé de décision du CICID et mis en garde contre la volonté affichée des autorités françaises de lier politique de développement et migration.

« L’anagramme de SOLIDARITE c’est droit à l’asile » a insidieusement rappelé le philosophe Raphael Enthoven en conclusion de  la matinée d’échanges sur l’aide au développement organisée ce jeudi 22 février à l’occasion du Conseil National du Développement et de la Solidarité Internationale. La pirouette verbale du philosophe ne pouvait faire davantage mouche alors que, depuis plusieurs longues minutes, les acteurs de la société civile, invités au Ministère des Affaires Etrangères pour discuter de l’aide publique au développement (APD), reprochaient au gouvernement sa volonté de lier politique migratoire et développement dans la nouvelle feuille de route de l’aide au développement française, publiée le 8 février dernier à l’issue du 1er Comité Interministériel pour la Coopération Internationale et le Développement (CICID) du quinquennat Macron.

Une nouvelle feuille de route pour l’APD

Tous les acteurs de la société civile, parmi lesquels Aide et Action,  ont souligné que la nouvelle feuille de route de l’APD  changeait la donne et tournait la page d’une décennie de tendance baissière de l’aide au développement française. Comme l’avait souligné le matin même le Secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères Jean-Baptiste Lemoyne en ouverture du CNDSI : « Avec le CICID nous avons acté un accroissement des moyens de mise en œuvre de l’APD  et concentré nos actions sur des priorités thématiques et géographiquesNous avons mis fin à une érosion des moyens depuis 2010. La France se devait de relancer la solidarité internationale et de redessiner en profondeur son APD de manière quantitative et qualitative ». Le Secrétaire d’Etat a réaffirmé la volonté d’une APD plus ambitieuse, avec plus de dons, plus d’aides bilatérales, rappelé les 19 pays prioritaires et l’action sur 5 secteurs clés, à savoir : la stabilité intérieure, l’égalité homme-femme, l’éducation, notamment celle des filles, le climat et la santé.

Des avancées mais encore beaucoup de marges de progrès

Rémy Rioux, Directeur de l’Agence Française de Développement,  a souligné que « la France vivait un moment exceptionnel et que la convergence de tous les acteurs avait permis des avancées notables notamment au CICID.  Nous bâtissons un récit nouveau de la politique partenariale de développement avec des priorités claires, 1 trajectoire très ambitieuse dès 2019, un rééquilibrage multi et bilatérale » a-t-il ajouté. Un enthousiasme aussitôt tempéré par la représentante de l’OCDE Marit van Zomeren qui a ouvert le feu des critiques en soulignant que la France devait augmenter son APD pour atteindre non pas 0.5% de son APD, comme le souhaite Emmanuel Macron, mais 0.7% comme la France s’y est engagée.

L’OCDE souhaite une feuille de route plus claire

L’OCDE recommande que la France définisse plus clairement les étapes d’une hausse de l’APD, octroie plus de dons, plus d’aide aux pays prioritaires, notamment aux pays les moins avancés, et qu’elle aille plus loin pour ne laisser personne de côté. Tout en saluant les avancées et les bonnes intentions du gouvernement Français, Philippe Jahshan de Coordination Sud a lui aussi souligné les limites du relevé de décisions du CICID, notamment le manque de stratégie multilatérale réelle, l’absence de toute référence à la taxe sur les transactions financières qui permettraient d’accroître les sommes allouées à l’APD, l’absence de calendrier prévisionnel de la hausse de l’APD, la faiblesse chronique de l’aide transitant via les ONGs et plus encore le lien fort établi entre politique de développement et politique migratoire.

Les ONGs, unies, récusent le lien entre migration et développement

« Nous, ONG, réfutons le lien entre APD et politiques migratoires. L’APD doit réduire la pauvreté, c’est ça son objectif » a martelé avec conviction Bernard Pinaud du CCFD solidaire, suscitant de vifs applaudissements de l’ensemble des ONGs présentes. L’article 9 du relevé de décision du CICID, qui tisse des liens étroits entre aide au développement et migration, a notamment été pointé du doigt. Les ONG ont unanimement défendu l’idée que la mobilité était au cœur du développement et que mentionner le renforcement des frontières et le contrôle d’identités au cœur d’une politique d’aide au développement était uniquement une manière de les faire financer par l’APD. « Le rôle de l’APD  est de lutter contre la pauvreté et contre les inégalités. Cela n’a aucun sens de parler de lutter contre les causes profondes des migrations. Le développement crée de la mobilité et la mobilité crée du développement » a ajouté Philippe Jahshan avant de demander au gouvernement des arbitrages nécessaires entre des injonctions et des intérêts contradictoires.

En dépit de la réaffirmation par Jean-Baptiste Lemoyne de l’inconditionnalité de l’aide au développement française, les ONGs ont souligné qu’elles resteraient vigilantes quant à ce rapprochement migration/développement et qu’elles attendaient des éclaircissements du gouvernement.

 

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