Assises de la Maternelle : place aux débats

Les Assises de la Maternelle, qui rassembleront experts, enseignants et parents les 27 et 28 mars prochain pour discuter de la refonte de l’école maternelle, sont l’occasion de revenir sur la scolarisation des moins de 3 ans et sur la question du nombre de postes d’enseignants à pourvoir en maternelle. Et en la matière, les débats font rage.

 

Alors que les Assises de la Maternelle se tiendront les 27 et 28 mars 2018 prochain, le pédopsychiatre Boris Cyrulnik, qui aura pour mission de présider ces deux jours de débats et d’échanges sur la maternelle, revient dans une interview accordée au Journal du Dimanche (Edition du 25 mars) sur les enjeux de cette rencontre. Objectif : faire de la maternelle une école d’épanouissement et du langage.

Réformer la maternelle pour mieux accueillir les jeunes enfants

Boris Cyrulnik appelle de ses vœux une réforme de la maternelle. « Réformer l’accueil de la petite enfance implique forcément des dépenses mais les pays qui l’ont fait ont constaté un excellent retour sur investissement », explique-t-il à l’instar de la Norvège, qui compte aujourd’hui 1% de personnes illettrées (contre 10% en France) et 40% de suicides en moins chez les adolescents. L’école maternelle doit selon lui mieux savoir accueillir et entourer les enfants, qui pourraient potentiellement avoir déjà connu des malheurs et avoir ainsi développé des troubles cognitifs. L’école « peut réparer et redonner le plaisir d’apprendre » insiste le fondateur du concept-clé de résilience, cette capacité à rebondir après un traumatisme.

Priorité aux théories de l’attachement

Pour y parvenir, Boris Cyrulnik, préconise, entre autres, la pratique d’enseignements culturels et créatifs, l’enseignement d’une 2ème langue vivante dès la petite enfance et il insiste sur la nécessité de laisser du temps à l’enfant pour que celui-ci apprenne et se développe. Enfin, il valorise tout particulièrement l’affect pour aider les enfants à entrer dans les apprentissages. « Les enseignants ont un très bon niveau universitaire mais pas les compétences pratiques. Beaucoup débutent sans jamais avoir tenu un bébé dans les bras. Il faut former les profs mais aussi les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (ATSEM) et les familles aux théories de l’attachement  », explique Boris Cyrulnik avant d’aborder quelques points plus épineux, et pas forcément en accord avec les tendances ministérielles.

Des points qui susciteront débats

 « L’idéal », insiste Boris Cyrulnik dans le Journal du Dimanche, « serait de dédoubler les classes maternelles ». Un idéal qui semble en contradiction avec les plans présumés du Ministre de l’Education nationale. En effet, comme l’annonce le Café Pédagogique ce matin, le ministère de l’Education nationale manque d’enseignants pour assurer le dédoublement des  classes de CP et de CE1 en REP et REP+ annoncés par Jean-Michel Blanquer. Celui-ci envisage donc, entre autres choses, la suppression de 850 postes d’enseignants en maternelle, dont 235 en éducation prioritaire. L’heure, rue de Grenelle, n’est donc clairement pas au dédoublement des classes maternelles.

L’école maternelle dès 2 ans ou pas ?

Autre dissonance : la scolarisation des moins de 3 ans. Le 7 janvier dernier lors d’une journée Ecole et Pauvreté à l’Assemblée Nationale, Jean-Michel Blanquer, s’appuyant sur une étude de France stratégies ( qui n’était pourtant pas aussi catégorique dans ses conclusions : elle préconisait le développement d’une structure d’accueil pour les enfants de 1 à 5 ans, avec plus de personnels enseignants et ATSEM formés et moins d’enfants par classe qu’aujourd’hui), avait annoncé « qu’il était probable que la crèche soit plus pertinente que la scolarisation à 2 ans ». Il actait ainsi une nouvelle offensive contre l’école maternelle avec pour seul objectif de réduire les effectifs et par conséquent le nombre de postes d’enseignants à pourvoir.

Une école pour toutes et tous avant tout

Pour Aide et Action, qui milite pour la scolarisation des enfants dès l’âge de 2 ans, la crèche, bien que reconnue comme moyen de sociabiliser et d’éveiller l’enfant, n’en reste pas moins une structure privée, sans personnel enseignant et dont seront privées de nombreuses familles, notamment les plus défavorisées, soit celles qui ont justement davantage besoin des bénéfices d’un enseignement précoce. Sur cette épineuse question, Boris Cyrulnik se montre lui moins tranchant. « L’école à 2 ans peut avoir du bon. Certains enfants délaissés se sentent mieux à l’école que chez eux. D’autres, au contraire, vont développer des phobies scolaires. C’est difficile de trancher. » explique le pédopsychiatre, qui laisse sous-entendre qu’une réforme des congés parentaux, des métiers de la petite enfance ou des théories de l’attachement comme il les préconise permettrait de développer un système d’accueil adapté pour tous les enfants de 1 à 6 ans.

L'heure du débat? 

Les Assises de la Maternelle qui se profilent cette semaine devraient donc être une occasion parfaite de débats et d’échanges sur l’avenir de notre maternelle et des futures générations. Aide et Action avait valorisé cette initiative à condition qu’elles constituent de véritables états généraux de l’éducation où seraient conviés tous les acteurs du monde de la petite enfance (professeurs, syndicats, monde associatif, maison de quartiers, représentants d’autres modes de garde…)", or à la veille de l’événement, plusieurs syndicats enseignants et de personnels des écoles maternelles, des mouvements pédagogiques et de parents d'élèves regrettent publiquement dans une lettre ouverte de n'être pas conviés.

A suivre donc.

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