G7 en approche : la société civile mobilisée

Le G7 présidé par Emmanuel Macron parviendra-t-il à atteindre-t-il ses objectifs en matière de lutte contre les inégalités? L'heure est désormais venue pour la société civile internationale de présenter ses recommandations lors du C7 qui se déroulera à Paris les 1er et 3 juillet. Objectif: faire pression pour que des engagements forts soient pris pour un monde plus juste et égalitaire.

Médias, réseaux sociaux, hommes politiques… voilà des mois qu’ils en parlaient et bien voilà le G7 pointe enfin le bout de son nez. Du 24 au 26 août prochain, ce fameux sommet international réunira en France, plus exactement à Biarritz, les leaders des 7 pays les plus riches : Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni.. L’objectif de ce G7 a été donné il y a plusieurs mois, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne manque pas d’ambition : il sera dédié à la lutte contre les inégalités, et ce dans tous les domaines, aussi bien le climat et la biodiversité que le numérique, les finances, la santé, la justice, le commerce, le genre ou encore l’éducation..

Luttons contre les inégalités

Et pour cause, la lutte contre les inégalités, soit l’objectif 10.1 des Objectifs de Développement Durable adoptés en septembre 2015 par 193 pays, est aujourd’hui une priorité, voire une urgence internationale. Car depuis cette fameuse adoption, les progrès en ce domaine sont extrêmement limités : la pauvreté recule certes, mais les inégalités, elles, continuent de se creuser tant dans les pays développés qu’en développement.

  • les revenus des 1% les plus riches ont crû deux fois plus depuis les années 1980 que ceux des 50% les plus pauvres et la moitié de la richesse mondiale est aujourd'hui détenue  par 1% seulement de la population mondiale. 
  • 263 millions d’enfants sont aujourd’hui privés d’éducation. La région d’Afrique Subsaharienne concentre le plus grand nombre d’enfants exclus de l’école primaire. 80% des enfants dans les pays en développement n’ont pas accès à l’éducation pré-primaire,
  • Chaque jour, 21 000 enfants meurent avant leur cinquième anniversaire. Les enfants des 20% de ménages les plus pauvres ont près de deux fois plus de risques de mourir avant leur cinquième anniversaire que ceux des 20% les plus riches. Dans les pays à faible revenu, l’espérance de vie moyenne à la naissance est de 57 ans alors qu’elle est de 80 ans dans les pays à revenu élevé.

Ces inégalités ne sont malheureusement que des exemples parmi de nombreux. Elles sont de plus en plus multiples, de plus en plus fortes, elles s’additionnent, se conjuguent et sont amplifiées par des crises économiques et environnementales qui laissent des populations entières aux abois. Résultat : l’impact est terrible  sur  le climat social, le bien-être des individus et la croissance dans la quasi-totalité des pays du monde.

Un G7 engagé

« La lutte contre les inégalités est notre thème prioritaire », a rappelé Jean-Yves le Drian dans une récente allocution aux ONG ( donnée à l’Assemblée Générale de Coordination Sud le 20 Juin 2019). « Il n’y a pas d’un côté l’international et le national, tout est interconnecté. Les inégalités sont la cause la plus importante d’instabilités dans le monde et notre politique d’aide publique au développement est une arme pour lutter contre les causes sous jacentes. Nous attendons avec beaucoup d’intérêts les recommandations de la société civile. » Depuis des mois la société civile nationale et internationale travaillent en effet ensemble pour faire comprendre aux leaders internationaux l’urgence de la situation et la nécessité de mettre en place des actions fortes pour y remédier. Elles ont notamment préparé, secteur par secteur, des recommandations qu’elles remettront les 1 et 3 juillet 2019 à l’occasion du sommet du C7, la rencontre dédiée à la société civile dans le cadre du G7. Elles auront également la possibilité de transmettre leurs demandes lors de toutes les réunions ministérielles qui se dérouleront avant le sommet du G7 final.

C7 et Education au programme dès la semaine prochaine

Le 5 juillet se déroulera la réunion ministérielle du G7 sur l’éducation dans les pays en développement, lors de laquelle se réuniront les ministres des affaires étrangères et de l’éducation des pays du G7, du G5 Sahel et du Sénégal pour prendre des engagements politiques. Même si l’éducation a le plus souvent été présentée comme une priorité absolue, la société civile internationale ne manquera pas de rappeler à cette occasion l’impérieuse nécessité de mettre en place des actions concrètes pour faire de l’éducation inclusive et de qualité une réalité pour tous. Elle demandera notamment aux membres du G7 de tenir leurs promesses faites en 2015 et de garantir à tous les enfants, filles et garçons, 12 années d’éducation gratuite afin qu’ils maîtrisent les compétences de base.  Afin d’y parvenir, les pays membres du G7, seront fortement invités à dédier au secteur de l’éducation 15% de leur aide au développement et 4% de leur aide humanitaire, en privilégiant les investissements pour les populations les plus vulnérables, notamment celles vivant dans la région sub-saharienne et au Sahel. La moitié de l’aide à l’éducation devrait financer l’éducation de base et 10% devrait être investi dans l’éducation pré-primaire. Aujourd’hui reconnue comme essentiel au développement de l’individu, elle est pourtant continuellement négligée du point de vue de l’aide au développement.

De fortes attentes pour un monde plus juste et égalitaire

Les attentes sont nombreuses et elles le sont d’autant plus qu’il y a désormais urgence à agir et pas seulement dans le secteur de l’éducation. Le G7, aussi ambitieux soit-il en parole, le sera-t-il vraiment dans les actes ? Il est juste d’en douter tant le climat international est de mauvais augure. Le multiculturalisme est en crise et les nationalismes grandissant laissent planer le doute quant à la volonté de certains états d’agir pour le bien commun. Faudra-t-il donc se contenter de belles photos, de quelques discours et d’un communiqué final sans grande envergure comme cela a malheureusement été trop souvent le cas ? Réponse le 26 août. En attendant, la société civile, dont Aide et Action, sera mobilisée à chaque étape de ce lourd processus,  pour que les décisions finales prises au G7 aillent dans le sens d’un monde plus juste, plus égalitaire et plus durable. Et cela n’a rien d’utopique car ce G7, fortement engagé, a réellement la possibilité d’agir. A lui seul, il représente en effet 75% de l’aide au développement dans le monde. Avec une telle puissance de feu, il aurait de quoi faire bouger les choses. Espérons juste que la volonté politique soit la plus forte.

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