Education: 10/10 à la Présidentielle

L’éducation pour tous, gratuite et de qualité, est notre combat depuis 35 ans. Quelques semaines avant l’élection présidentielle, Aide et Action demande aux candidats de prendre des engagements concrets pour faire de l’éducation en France et dans le monde une priorité nationale.

L’éducation est sans aucun doute l’un des enjeux de cette campagne présidentielle. Aide et Action regrette cependant le manque d’engagements concrets des candidats en lice. C’est pourquoi, nous leur demandons aujourd’hui, quelques semaines avant le premier tour des élections présidentielles, de se prononcer sur  les 10 enjeux clefs suivants :

1/ Pré-scolariser obligatoirement les enfants dès l’âge de 3 ans, dès 2 ans dans les zones d’éducation prioritaire

L’éducation et les soins apportés aux enfants dans les premières années de leurs vies déterminent leur bien-être et leur développement dans l’avenir. C’est pourquoi Aide et Action prône la préscolarisation obligatoire des enfants dès l’âge de 3 ans pour assurer leur bon développement intellectuel, cognitif, social…. Cette préscolarisation sera avancée à l’âge de 2 ans pour TOUS les enfants dans les quartiers d’éducation prioritaire conformément aux objectifs de la Loi de Refondation de l’école (Aujourd’hui, seul 19,3 % des enfants de deux ans en zone d’éducation prioritaire sont scolarisés. Ministère de l’Education Nationale, 2016).

2/ Ré-investir l’école primaire et augmenter le budget dédié

La dépense moyenne pour un élève est de 8 440€. Elle augmente avec le niveau d’enseignement, allant de 6182€ pour un écolier à 11 680€ pour un étudiant. Or les pays qui sont les plus performants aux tests PISA ou TIMMS sont ceux qui investissent majoritairement dans l’école primaire, où les enfants acquièrent les fondamentaux (Ministère de l’Education Nationale, 2016)

3/ Donner à chaque école les moyens financiers et humains d’élaborer et de mettre en œuvre un projet d’école innovant et fédérateur dans et hors l’école

L’ensemble de l’équipe pédagogique doit partager une même vision du projet d’école. Ils doivent avoir les moyens techniques, les ressources humaines et financières de le développer. Ils doivent pouvoir s’appuyer sur l’ensemble de la communauté éducative (associations, entreprises, centres d’animations, d’éducation populaire, familles, pouvoirs publics et collectivités) pour développer des projets innovants qui favorisaient les apprentissages croisés et la réussite scolaire de tous les enfants. Ce travail permettrait également de renforcer la cohésion des équipes pédagogiques.

4/ Lutter contre les inégalités qui grèvent les performances des enfants

Différentes enquêtes (PISA, CNESCO…) ont montré à quel point la France était championne des inégalités (sociale, économique ou de genre…) à l’école.

  • Lutte contre les inégalités sociales et économiques : les révisions de la carte scolaire engagées par les différents gouvernements n’ont pas apporté les réponses attendues. Preuve en est, les inégalités augmentent, la ghettoïsation scolaire s’accroit et cela pèse sur les performances scolaires des enfants. Les acteurs publics doivent en urgence élaborer de nouvelles méthodes de régulation, capables de garantir l'équité du système éducatif. Il est impératif de renforcer les moyens humains des établissements situés en zone d'éducation prioritaire et de soutenir l'autonomie, la créativité et l'innovation au sein de ces établissements.
  • Lutte contre les inégalités de genre : Il est nécessaire d’outiller les enseignants, par une formation et un accompagnement appropriés, afin qu’ils évitent de véhiculer et transmettre inconsciemment, dès l’école maternelle et primaire, des stéréotypes qui influencent significativement la réussite et l’ambition des enfants.  En France, près d’un garçon sur quatre pense travailler dans le domaine scientifique, contre moins d’une fille sur cinq (Etude OCDE-PISA 2015). Ces chiffres situent la France nettement en-deçà de la moyenne des pays de l’OCDE pour les filles, où ces dernières envisagent de travailler dans le domaine scientifique à proportion quasi-égale avec les garçons.


5/ Favoriser le rôle central des familles

Il est primordial  d’agir pour que familles et écoles parlent la même langue et travaillent ensemble pour la réussite de l’enfant. L’éducation des enfants est un enjeu collectif, auquel les parents doivent être pleinement associés. Ils doivent comprendre le cadre éducatif et pédagogique dans lequel grandissent leurs enfants, pouvoir échanger entre eux et avec les autres membres de la communauté éducative. Pour se faire, les enseignants doivent instaurer un véritable échange (courriers, mails, rencontres physiques) avec les parents, expliquer leurs actions scolaires et extrascolaires et inviter les parents à y participer. Les acteurs publics doivent réfléchir à un projet qui permette l’inclusion de toutes les familles, via des livrets de bienvenue pour les familles étrangères ou via des espaces parents pour des rencontres individuelles ou collectives…

6/ Améliorer la formation et les conditions de travail des enseignants

Il est impératif de renforcer la formation initiale pratique des enseignants, de développer une formation continue adaptée à leurs besoins. Les mouvements d’éducation populaire doivent être pleinement associés à la formation des enseignants. Il est essentiel de donner aux enseignants les bons outils et de les accompagner pour adapter leurs pratiques aux défis qu’ils rencontrent.

Améliorer leurs conditions de travail implique d’inscrire les politiques enseignantes dans la durée, d’accompagner les jeunes enseignants dans leur prise de poste, de mieux répartir les enseignants dans les établissements pour que les plus jeunes ne se retrouvent pas tous en REP, etc.

7/ Développer la formation professionnelle

La formation professionnelle ne doit plus être le parent pauvre de l’enseignement en France. Elle doit être réformée afin de pouvoir accueillir et former tous ceux qui le souhaitent, en particulier celles et ceux (environ 98 000 jeunes de plus de 16 ans, Enquête Deep, novembre 2016) qui quittent chaque année le système scolaire sans aucun diplôme ni qualification. Prolonger l’école jusqu’à 18 ans ne fera que les maintenir dans un système où ils ne trouvent pas leurs voies.

Il est indispensable de renforcer et diversifier les formations en apprentissage et de développer des formations professionnelles courtes qui répondent aux demandes du marché et favorisent l’insertion socio-professionnelle de ces jeunes.

8/ Faire en sorte, conformément à la loi, que tous les enfants étrangers vivant sur le sol français, y compris ceux sans domicile fixe, soient scolarisés gratuitement.

L'instruction primaire obligatoire, laïque et gratuite a été instaurée par les Lois Ferry de 1881 et 1882. Depuis 1959, « tout enfant résidant en France doit, dès 6 ans, étudier au sein d’un établissement scolaire public ou privé, jusqu’à l’âge de 16 ans, sous peine de poursuites pénales à l’encontre des parents ». Aujourd’hui, le principe de l'obligation d'instruction est posé par l'article L 131-1 du Code de l'éducation nationale. La non-discrimination à l'égard des enfants étrangers est expressément rappelée par le Ministère de l'Education Nationale (Circulaires du 6 juin 1991 et du 20 mars 2002).

Or, aujourd’hui encore, des milliers d’enfants résidant sur le sol français, le plus souvent sans domicile fixe (on compte près de 30 000 enfants SDF en Etude Insee menée en France en 2012) sont privés de toute instruction.

9/ Enseigner en double langue pour les enfants non francophones

L’enseignement dans la langue natale de l’enfant en parallèle de la langue d’enseignement est l’une des mesures encouragées par Aide et Action. Preuve a été faite, dans nos pays d’interventions, que les enfants des minorités qui ne sont pas exposés à un langage dominant étranger au leur, restent plus longtemps à l’école et redoublent moins. C’est également un facteur d’intégrations pour les parents migrants et réfugiés, qui ont ainsi la possibilité de communiquer avec des enseignants partageant leur langue et de participer à l’apprentissage de leurs enfants.

10/ Il n’y a pas que l’éducation en France qui compte : Augmenter la contribution de la France à l’aide publique au développement à hauteur de son engagement de 0.7% du RNB est un impératif. 10% de son APD doit être allouée à l’éducation.  50% de l’aide allouée à l’éducation doit en priorité être allouée à l’éducation de base.

L’aide française a atteint un total de plus de 9 milliards de dollars, soit 8.19 milliards d’euros en 2015. Une hausse bienvenue mais avec un ratio APD/ RNB qui stagne à 0.37%, loin des 0.7% auquel la France s’est engagée. La France a beaucoup investi dans l’éducation en 2013 et 2014. Toutefois 72% de ces montants n’ont pas été dépensés dans les pays en développement mais en France pour les bourses et le financement de l’accueil des étudiants provenant de pays en développement (Source : L’Observatoire de l’aide publique française à l’éducation dans les pays en développement, Coalition Education 2016). 

Aide et Action appelle les candidats à la Présidentielle à prendre un engagement pluriannuel : celui de financer le Partenariat Mondial pour l'Education de 2017 à 2020 à la hauteur d'au moins 8 millions d'euros. 

 

> Découvrez notre action sur www.france.aide-et-action.org

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.