Rentrée scolaire 2019 : certainement pas pour tout le monde

Éducation : La France doit assumer ses responsabilités

12 millions d’enfants font leur rentrée scolaire en France ce mois de septembre. Et, comme chaque année, c’est le début d’une nouvelle aventure pour des millions d’enfants qui apprendront sous l’œil attentif de leurs enseignants. Mais pas seulement. Plus que le marronnier de l’automne, l’événement est tel qu’il détermine à lui seul tout l’agenda de l’année. Le calendrier, pourtant civil, fait profil bas et se cale d’office sur l’école, sa rentrée, ses vacances. La société française vit donc au rythme de l’éducation, consacrant ainsi la valeur de celle qui fonde notre société, celle d’aujourd’hui et, plus important encore, celle de demain. Oui mais voilà, tous les enfants ne font pas leur rentrée.

Certains même ne la feront jamais. 262 millions d’enfants exclus de l’éducation, ce n’est pas rien. Le nombre revient régulièrement dans les médias, si énorme qu’on ne le mesure même plus. Ce sont 262 millions de destins brisés, d’enfants, comme les nôtres, à qui l’on refuse tout simplement le droit d’aller à l’école, d’apprendre à lire, écrire et plus tard un métier. Ce sont 262 millions de vies qui se construiront dans l’économie informelle, en proie à toutes les inégalités, aux dangers et exploitations de toute sorte, sans compétence aucune pour réfléchir, revendiquer, faire valoir leurs droits.

Parce qu’ils sont nés pauvres, filles, handicapés…  

De torts, ils n’en ont aucun. Ils sont simplement issus des communautés les plus vulnérables, exclus de tous les services sociaux de base. Ils sont nés pauvres, filles, handicapés, au sein d’une ethnie ou d’une religion minoritaire, parfois dans des zones de conflits ou de crise. Pour elles, pour eux, pas d’éducation. Vous me direz que vous n’y pouvez rien, que c’est à leur gouvernement de faire de l’éducation un droit pour tous… et vous auriez raison. Sauf que la France s’est engagée à  consacrer 0.7% de son PIB à l’aide au développement.

Hors, depuis la prise de cet engagement dans les années 1950, elle n’a pas su tenir parole. De 0.38% en 2015, elle devrait en 2022 atteindre 0.55%. C’est mieux, mais on est encore loin du compte. Or cet argent est indispensable pour permettre d’impulser dans les pays les moins avancés de nouvelles dynamiques, de nouvelles initiatives pour que les populations les plus marginalisées aient accès aux services de base. Et, alors que l’Assemblée Nationale s’apprête à discuter d’une nouvelle loi sur la solidarité internationale, promesse d’Emmanuel Macron jusqu’à présent incessamment repoussée, c’est à nous citoyens de nous mobiliser pour que la France tienne parole et pour qu’elle agisse dignement pour  tous les enfants.

Car l’Hexagone est loin d’être le modèle attendu en matière de droit à l’éducation

Certes, nous le disons sacré et l’avons inscrit dans notre constitution. Reste que chaque année des milliers d’enfants et de jeunes sont privés de ce droit, ici même sur le sol français.  Parce qu’ils ont des besoins spécifiques, parce qu’ils sont d’origine étrangère, parce qu’ils sont seuls sur le territoire, parce qu’ils sont trop pauvres pour avoir un logement. Ou bien parce qu’ils ne peuvent fournir les « papiers » nécessaires à l’inscription et parce que certaines municipalités se montrent exagérément pointilleuses, préférant parfois ne pas respecter les droits de l’enfant pour s’épargner la présence d’enfants des bidonvilles dans leurs établissements scolaires et sur leur territoire. C’est choquant. C’est une honte. Mais c’est une honte que malheureusement notre société tolère et à laquelle elle s’est habituée.

Associations, ONGs et citoyens engagés se mobilisent, chaque année, pour que leur droit d’aller à l’école soit respecté. Mais sans écho auprès du public ou des médias. Les politiques, n’en parlons pas. Le sujet est loin d’être une préoccupation majeure. Et pourtant comment peut-on tolérer que la France, pays des droits de l’homme, signataire de la Convention des Droits de l’enfant, ne fasse pas respecter les obligations inscrites dans sa propre constitution ?

Avez-vous déjà entendu leurs témoignages ?

Les histoires de ces enfants, filles et garçons, arrivés en France il y a quelques mois ou plusieurs années, passés par la rue et inlassablement confrontés à la lourdeur administrative qui leur réclame des papiers qu’ils n’ont pas ; inlassablement refoulés des écoles ou forcés de les quitter à la seconde même où leur bidonville est rasé. Alors qu’ils ne souhaitent qu’apprendre, avoir une chance, leur chance, être comme les autres, la France leur a dit non, les condamnant à devenir des adultes sans qualification, au passé difficile et à l’avenir plus qu’incertain.

Il est temps de nous mobiliser, de dire stop  pour que des générations entières ne soient plus sacrifiées sur aucun territoire. Aux niveaux national et international, la France a des responsabilités et elle doit les assumer. Alors qu’en novembre prochain, elle célébrera les 30 ans de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, il serait de bon ton qu’elle ne laisse plus aucun enfant de côté, ici comme là-bas.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.