COVID 19: Pr Didier RAOULT, GOUROU OU FUTUR PRIX NOBEL DE MEDECINE?

Le monde est à genou, terrassé par un « petit machin » appelé covid-19. Un scientifique nommé Didier Raoult propose à l’humanité de croire à sa recette tout en refusant d’apporter la preuve de son efficacité. Les gourous se comportent exactement de la sorte, au grand malheur des âmes en détresse qui sont prêtes à tout pour être sauvées.

Le débat télévisé de C8 du 31 mars dernier, mené de main de maître par Cyril Hanouna, a été, de mon point de vue de médecin, un des moments les plus épiques télévision depuis l’apparition de cette pandémie ; à voir et à revoir. Des panélistes nous ont servi un condensé de l’état d’esprit de la population mondiale au bord de l’implosion à force de compter les morts. Au cœur du débat, le Pr Didier Raoult, « un des plus grands virologues de France » comme n’a cessé de le répéter le très convaincu Karim Zeribi, qui était soutenu par le Pr Christian Peronne, infectiologue et apôtre d’une « médecine de guerre » qui doit se « débarrasser des statistiques » et soigner les malades. Ô mon dieu ! Le monde s’écroule réellement. Un imminent Professeur des universités, Mr Christian Peronne, a déclaré, de manière péremptoire que la vérité scientifique s’appuie sur les modèles mathématiques (biostatistiques) à la recherche de la PREUVE indiscutable relève d’une hérésie. Ce chef de service d’infectiologie d’un CHU français nous renvoie indiscutablement à plusieurs siècles en arrière, lorsque l’Église pourchassait et lapidait les scientifiques dont Giordano Bruno le 17 février 1600. Le Pr Didier Raoult lui-même déclare dans une interview régulièrement diffusée par Afriquemedia, une chaîne de télévision panafricaine basée au Cameroun que « les mathématiques ne servent à rien ».

           Pourquoi la science moderne obéit-elle à l’exigence de protocoles rigoureux ? C’est parce que plusieurs vérités « in vitro » ont été décevantes dès-lors qu’elles ont été appliquées sur les humains. Le VIH-SIDA se souvient du premier ARV et ses dégâts. Un des exemples les plus illustratifs en cardiologie est une molécule appelée ALISKIREN, inhibiteur de la rénine plasmatique, enzyme qui bloque la dégradation de l’angiotensinogène en angiotensine 1, cette dernière étant transformée en angiotensine 2 (AT2) par l’enzyme de conversion de l’angiotensine (ACE 2). L’AT2 est une des substances les plus actives de l’organisme dont l’action principale est de comprimer les vaisseaux sanguins et d’augmenter la tension artérielle. Son inhibition entraine par conséquent la baisse de la pression artérielle et est utilisée comme médicament anti-hypertenseur. Par ailleurs, l’AT2 est délétère pour la bonne contractilité du muscle cardiaque, laquelle baisse la force musculaire du cœur qui régit la manifestation de l’insuffisance cardiaque (souffle court, difficulté à respirer, gonflement des jambes et prise de poids, etc.). Dès-lors, tout présageait de l’intérêt de cette molécule à soigner les insuffisants cardiaques. Malheureusement, toutes les études ont conclu à son inefficacité clinique. Alors que son efficacité biologique (inhiber la production du facteur péjoratif dans l’insuffisance cardiaque qu’est l’AT2) est magistralement démontrée, la déception clinique (incapacité à soigner l’insuffisance cardiaque, donc inefficacité à diminuer la mortalité due à cette maladie) fut un véritable coup de tonnerre scientifique. Tiens, le coronavirus a un lien maléfique avec nos poumons et notre coeur : l’ACE2 qui est une protéase de la surface des cellules de ces deux organes humains (poumons et cœur) est la cible du brin en couronne de l’enveloppe du virus (cette structure qui a donné le nom « corona »). C’est la raison pour laquelle les patients COVID-19 sont atteints de troubles respiratoires (pneumonie et détresse respiratoire) et troubles cardiaques (douleur thoracique, inflammation du muscle cardiaque).

         Une étude comparative consiste à comparer un médicament dont on veut démontrer l’efficacité (ici la Chloroquine+ azithromycine) comme groupe test et un traitement connu (ou le placebo si un traitement préalable n’existe pas) encore appelé groupe contrôle. La randomisation signifie que les sujets inclus dans l’étude sont alloués à chacun des deux groupes de manière aléatoire. Ils ont ainsi a priori la même chance de recevoir l’un ou l’autre traitement. Cette égalité de chance est maintenue tout au long de l’étude (risque de changement de groupe) par le double aveugle. Le double aveugle empêche le malade et le médecin de savoir quelle molécule (médicament ou placebo) a été prise. Le label contrôlé de ces essais cliniques assure que le patient a bien reçu soit le médicament expérimental, soit un placebo.

          Il est tout de même surprenant de constater que les défenseurs du Professeur Marseillais refusent l’exigence de la rigueur méthodologique des essais cliniques (étude comparative, contrôlée, randomisée, en double-aveugle) et continuent de défendre la faiblesse des preuves apportées par l’équipe marseillaise. Dans le même temps, le Pr Christian Peronne et les ‘pro-Chloroquine’ brandissent opportunément la seule étude (a priori en faveur de la Chloroquine) chinoise publiée le 30 mars qui elle respecte cette exigence de rigueur méthodologique, à laquelle le Pr Raoult se refuse obstinément à se soumettre depuis des mois. Il se trouve qu’une étude chinoise négative a été opposée dans cet intéressant débat par le très pertinent Jimmy Mohamed. Contre-vérité que la chroniqueuse Laurenc Sailliet et les autres pro-Raoult ont volontairement ignorée. Eric Naulleau représentait le monde du milieu, celui qui n’est ni pro ni contre la Chloroquine. Un monde de la sagesse, dépassionné qui veut juste les preuves comme le rappela l’urgentiste Jimmy Mohamed par une belle conclusion du débat en souhaitant au Pr Didier Raoult d’être le futur prix Nobel de médecine.

           Toutefois, on ne peut devenir prix Nobel de médecine avec de la prestidigitation. Nous devons nous poser deux questions essentielles : (1) alors que les revues scientifiques publient tout et n’importe quoi sur le covid-19, et qu’à ce jour, pubmed affiche plus de 1700 publications sur cette question, pourquoi aucune des deux « études » Marseillaises n’est publiée dans une revue scientifique ? Parce que leurs protocoles font entorse aux prérequis des règles édictées par la communauté scientifique.   Il est inconcevable qu’un protocole qui inclut des malades jeunes, capables de s’aligner 4h pour savoir s’ils sont contaminés (population de l’étude) ne puisse pas scinder ces volontaires en apparence bien portants (les images de l’IHU de Marseille le montrent) en 2 groupes comparatifs. Lorsque le Pr Christian Peronne affirme que « ce n’est pas éthique » ou encore que « c’est criminel » en parlant du protocole de l’étude européenne « DISCOVERY » qui demande à des patients graves d’accepter de prendre le placebo, il oublie que son collègue le Pr Raoult avait l’opportunité de clore ce débat avec sa population de sujets jeunes et peu symptomatiques dont on sait que plus de 90% guérissent spontanément, sans aucun traitement. Soyons un peu sérieux. (2) Depuis que « le monde entier prescrit la Chloroquine sauf la France » dans une allusion malsaine au génocide des français par un comité scientifique ayant dans son équipe le prix Nobel de médecine, le Pr BARRE-SENOUSSI, le taux de mortalité a t-il connu un frein significatif ? NON. On dénombre un taux de décès en constante progression en Europe et aux USA. Tous les pays qui observent peu ou prou les consignes de confinement paient cash. Vouloir imposer sans preuve scientifique robuste un traitement a l’inconvénient non seulement de ne potentiellement pas soigner les malades, mais également d’amener les populations à abandonner la seule solution prouvée à l’heure actuelle : LE CONFINEMENT. Vu sous cet angle, le Pr. Raoult se comporte comme un gourou.

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