L'Afrique face à sa santé mentale

L’Afrique est confrontée à une forme de résistance à un changement de paradigme humaniste-existentiel qui fonde son enfermement dans une précarité socio-économique et un déni de gouvernance vertueuse. Cette forme de développement collectif régressif fait le lit de qualificatifs déshumanisants tel « pays de merde » (D. Trump) ou autre "nègre littéraire" .

A l’aube des échéances électorales présidentielles dans plusieurs pays africains en cette année 2018, l’espoir (ou le désespoir, selon la vision que l’on se fait du processus électoral dans lesdits pays) que suscite cet acte « démocratique » se justifie par le potentiel de mutation vers une gouvernance plus vertueuse, brandit par un pouvoir éternellement en place, ainsi qu'une opposition suspecte des mêmes carences.

 Malheureusement, cette posture passive, qui renvoie à l’idée que l’africain subit son propre destin, prospère de manière spectaculaire ; avec l’onction d’activistes « panafricanistes » tel que Kemi SEBA. L’idée que le malheur du peuple africain a pour source l’occident - et ses « bras armés» que sont les chefs d’états africains - nous renvoie à la victimisation contre-productive dont le seul socle est le refus chronique et pathologique de se prendre en charge.

 Force est de constater que dans plusieurs pays aux indicateurs socio-économiques catastrophiques comme le Cameroun, la république du Congo, la RDC, le Kenya ou le Zimbabwe (pour ne citer que ceux-là), les gouvernements en place depuis plusieurs décennies arrivent malgré tout à se faire réélire sans avoir forcément besoin de malversations.

 Cette adaptation aux conditions inhumaines de vie, qu’imposent des dirigeants mus par des intérêts personnels, est pathologique et appelle à une prise de conscience urgente. Une telle anomalie comportementale, qui relève de la « fascination » par la domination de l’agresseur (ici les gouvernants), est considérée sur le plan médical comme la manifestation du syndrome de Stockholm.

 Ce syndrome psychologique fut décrit par des psychanalystes dès 1932.  Ce phénomène a connu ses lettres de noblesses en 1973 lors de la prise d’otages de Stockholm. Le monde scientifique fut étonné de l’empathie puis de la contagion émotionnelle qu’avaient les otages pour leurs geôliers, alors qu’ils éprouvaient un sentiment de rejet envers leurs sauveurs (les policiers) accusés d’être la cause de leur drame. 

 De même, les enseignants de l’université de Douala (Cameroun) sont un autre exemple de la fascination pour leurs bourreaux et l’antipathie envers les opposants à cette gouvernance de la confiscation. En effet, dans cette université d’Etat du Cameroun, le Doyen de la faculté de médecine, le Dr Albert MOUELLE SONE, est coupable d’entretenir une insalubrité animalière des locaux datant d’à peine deux ans. Ce dernier impose aux étudiants et enseignants de satisfaire leurs envies pressantes physiologiques dans la nature environnante, au mépris du respect de l’écologie. Par l’acceptation d’une telle « animalisation » qu’impose ce mode de gestion d’un bien public, ce Doyen établit ainsi un rapport de dépendance psychique de ses enseignants.

 Le fait que lesdits enseignants maltraités fustigent les très rares collègues qui décrient ostentatoirement la « poubelle » de la faculté illustre parfaitement que ces personnes sont atteintes du syndrome de Stockholm. De plus, le fait que ce même Doyen préside un conseil de discipline qui ne sanctionne son fils coupable de tricherie à un examen d’un simple avertissement (au lieu d’une suspension d’un an comme le stipule les statuts de l’Université) sans que cela n’interpelle la communauté enseignante pose un réel problème de proximité affective. Que cette communauté d’ intellectuels  justifie son manque de solidarité envers les détracteurs de ce système de la « médiocratie » par des esquives du genre « tu en as fait une affaire personnelle » ou « laisse-le tranquille » n’est que l’expression de cette « identification à l’agresseur »  (Sandor Ferenczi, 1932) comme processus psychique d’adaptation à toutes sortes de situations traumatiques. Cette posture confirme la théorie selon laquelle la victimisation du bourreau a pour objectif d’en obtenir la grâce nécessaire à sa survie. D'ailleurs, cela est méconnaître les intérêts des gouvernants et gouvernés qui, dans une démocratie bananière, sont par définition antagonistes. ​​​

 L’accusation de l’occident, au travers des campagnes d’activistes panafricanistes suppliant la France de « libérer » l’Afrique par l’abandon du franc CFA, est une autre manifestation de cette victimologie qui confine les africains au rang des peuples qui, au lieu d’être les acteurs de leur destin, subissent plutôt les mutations de ce monde, dont les enjeux sont essentiellement économico-financiers. La maturation des systèmes éducatifs et sanitaires en sont les prérequis. En effet, un peuple illettré et privé de santé (mentale et somatique) est voué à disparaître.

 Au-delà des raisons intéressées de cette « affection » irrationnelle que sont la quête de l’ascension sociale par cooptation imméritée ou la peur de perte des acquis, l’africain est également gangréné par le virus du tribalisme. Ce fléau justifie à lui seul la complaisance envers l’élu de son village en dépit de sa précarisation imposée par l’élite locale. Il s’agit d’une posture qui s’installe graduellement puis naturellement, provoquée par l’existence d’un courant affectif se produisant hors de tout dictat.  Exposé pendant une durée importante à la domination de son dictateur (30 ans et plus de présidence dans ces pays cités) le peuple sans défense, totalement fragilisé, s’adapte par un mécanisme que Martin Symonds qualifie de « frozen fright » (la peur gelée). 

 Dès lors, il est plus qu’impératif que l’africain fasse une introspection psychanalytique afin de retrouver en lui-même les raisons de son destin toujours confisqué. ​​​​​​​​​​​​

 Les politiques de santé en Afrique ont de plus en plus conscience de la nécessité de promouvoir la lutte contre les maladies non-transmissibles (MNT). La maladie psychiatrique en est une, mais elle suscite moins d’intérêt dans la pensée collective de l’africain (reconnaître sa fragilité psychique signifie être fou) et des pouvoirs publics. La première étape vers sa reconnaissance est sa démystification qui en fait aujourd’hui une des maladies de la honte. Il est urgent pour les africains de prendre conscience de leur responsabilité entière dans le décrochage de l’Afrique sur le partage de la richesse mondiale dont elle est un contribuable essentiel. L’Afrique a tout intérêt à faire du syndrome de Stockholm un problème de santé publique, dont la prise en charge psychologique (à l’échelle des populations), couplée à des programmes scolaires adaptés (valorisant les héros africains de la lutte pour l’autodétermination), mènera à une meilleure prise en main de son destin et imposera le respect de l’autre.

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