Trump et Chloroquine : requiem pour les derniers des Mohicans d’un traitement douteux

La course au meilleur traitement du coronavirus a amorcé une étape décisive à la faveur de l’hospitalisation du Président américain. Jadis grand adepte de l’hydroxychloroquine, D. Trump fut soigné par un cocktail de médicaments venus d’ailleurs. L’Amérique, première puissance scientifique du monde a dit non aux approximations du "plus grand scientifique du monde" et sa cohorte de Mohicans.

Le Président américain a été testé positif à la Covid-19 le 02 octobre 2020 et hospitalisé à l’hôpital militaire Walter Reed « par souci d’extrême prudence ». Le protocole de soins décidé par son équipe médicale est à ce jour expérimental, incluant un cocktail d’anticorps monoclonaux stimulant la régénération du système immunitaire. Le remdesivir y a été associé. Point d’hydroxychloroquine (HCQ) et l’azythromicine (AZ) pour le premier des supporters de ce traitement controversé.        

La guerre des chiffres et le recours au placebo

Il est de notoriété publique que D.Trump fut l’un des fervents soutiens du protocole marseillais. Il faut pourtant noter que les éléments de preuves de l’efficacité supposée (voir autoproclamée) du cocktail HCQ/AZ s’émiettent à la vitesse d’un sablier. (1) les études du Pr Raoult sont mauvaises, ne respectant point les règles méthodologiques élémentaires (dont la comparaison du groupe testé à un groupe contrôle) et inapplicable de manière routinière. En effet, comme nous l’avons expliqué dans une lettre à l’éditeur de la publication marseillaise, aucun prescripteur au monde ne pourrait respecter les contre-indications cardiologiques que préconisent les travaux controversés de Marseille (https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32889105/). Pas même le service de cardiologie du Pr JC Deharo du CHU de Marseille qui aurait assuré la partie screening cardiologique desdits patients. (2) De nombreuses études mondiales bien menées (car randomisées et contrôlées) sont clairement en défaveur de l’HCQ/AZ. (3) L’argument selon lequel « la moitié de la planète, soit 4.5 milliards de personnes prennent l’hydroxychloroquine » n’est non seulement pas scientifique mais aussi fallacieux. En effet aucune prescription médicale ou automédication (nombreuses) n’est basée sur une preuve d’efficacité robuste puisqu’il n’y en a pas à ce jour. La quantité ne faisant pas la qualité, cet argument ne saurait prospérer dans un mode où le virus n’a que faire de nos dogmes et égos surdimensionnés. A propos de quantité, faudrait encore que l’institut l’IHU de Marseille sache comptabiliser les pays prescripteurs de l’HCQ. Le 20 juillet 2020, on pouvait lire sur le site web de l’IHU une liste absolument fantaisiste où le Cameroun était répertorié comme ne recommandant pas l’HCQ. Mes nombreux e-mails demandant à l’imminent professeur la clarification de cette confusion sur plusieurs pays africains sont restés sans suite. Sur le plan de l’entorse à la confraternité on ne peut pas faire mieux. Plus étonnant, mon interpellation sans feedback du Pr Raoult s’est soldée par la modification de ladite carte, restaurant le Cameroun dans la liste des pays adeptes de sa potion. (ttps://www.mediterranee-infection.com/coronavirus-pays-ou-lhydroxychloroquine-est-recommandee/). Il est important de noter que le Cameroun a officiellement adopté le protocole Raoult dès le début du mois d’avril 2020. Il est incompréhensible que les docteurs Parola, Raoult et toute l’armada de l’IHU ne s’en soit rendu compte qu’après mon interpellation du 20 juillet 2020. Quelle crédibilité pourrait être accordée à une institution qui se prévaut d’un argument quantitatif erroné ? Il est tout de même plus facile de compter les états ayant officiellement adopté un protocole que de faire une étude démontrant l’efficacité dudit protocole.(4) Sur la base d’une enquête biaisée (échantillons non représentatifs et sans pondération aux facteurs confondants), le Pr Raoult soutient que « 50% des médecins au monde prescrivent l’HCQ ». Des milliers de médecins ont prescrit à tort le Médiator et ce n’est pas le seul médicament dangereux qui ait été prescrit sans justification scientifique.                                                                                                                  Lorsque les sénateurs acculent le professeur Raoult dans ses derniers retranchements à propos de l'effet non prouvé de son remède, tel un boxeur groggy mais qui ne peut jeter l'éponge, il tenta un dernier uppercut qui consista à faire de l'effet placebo la panacée quand il n'y a rien à proposer. Ce passage parmi les centaines d'heures de one man show d'un scientifique refusant le débat contradictoire avec ses collègues sonne comme le plus pertinent aveu d'échec. L'effet placebo est connu depuis la nuit des temps. Il est présent dans tous les traitements du monde. C'est justement parce qu'il est un bien commun que pas plus l'HCQ qu'une autre molécule ne saurait s'en prévaloir la singularité.

L’Afrique démunie à la rescousse du plus grand scientifique du monde    

L'appel au secours aux autorités sanitaires africaines sonne comme un aveu de faiblesse de celui qui amorça la gestion de la "grippette qui tue trois chinois" en seigneur. A l'interpellation du sénateur Bernard Jomier sur la longue liste des pays ayant désapprouvé l'HCQ, dont la France, les USA, le Canada, le Bresil, la Suède, l’Italie, la Chine...etc; le Pr Raoult et son collègue le Dr Parola citent l'Iran, le "Wandafurkistan" et les pays africains (https://www.publicsenat.fr/article/parlementaire/hydroxychloroquine-didier-raoult-n-accepte-pas-la-contradiction-au-senat). Or aucun pays africain n'a publié la moindre étude interventionnelle de sa population, ni même des papiers simplement descriptifs des caractéristiques de leurs malades. Les scientifiques africains n'ont fait que valider les propos de leur frère Raoult (né à Dakar). Oui l'africain marche au sentiment, à la sympathie. L'ex-Président Sénégalais Senghor ne disait-il pas à ce propos " l'émotion est nègre et la raison hellène", opposant la raison « sympathique » de l’africain à celle « analytique » de l’européen. Opposer des décisions scientifiques des pays dont la production scientifique et la rigueur dans l'application de l'"evidence based medicine" ne font aucun doute à des pays éternellement consommateurs des avancées scientifiques venues de l'occident est peu sérieux. 

Les derniers mohicans de l’hydroxychloroquine

 Les inconditionnels de ce traitement controversé ne se recrutent pas que dans les réseaux sociaux. La première ligne de ce prosélytisme scientifique dangereux écume les plateaux des radios et télévisions : le Pr C. Péronne et le Dr Ph. Douste-Blazy font bloc avec les journalistes engagés que sont P. Praud, A. Bercoff, JM Morandini et des consultants tels K. Zheribi. Vous avez beau leur apporter des preuves irréfutables de ce que ça ne marche pas, ils sont davantage convaincus du contraire. La prosternation à un gourou obéit aux mêmes pulsions de convergence empathique au Maître.

On peut parier que la publication du 8 octobre 2020 dans le New England Journal of Medicine des résultats négatifs de l'étude anglaise RECOVERY (https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa2022926?query=RP)   ne changera rien à la posture des "pros" que sont Pascal Praud, André Bercoff, Jean-Marc Morandini et bien évidement le Pr Christian Perronne. La question de savoir quelle aurait été leur position si l'inefficacité de ce traitement entrainait significativement plus de mort? Sous un autre angle, on dirait qu'heureusement les défenses naturelles de l'hôte de ce virus couvrent à suffisance les insuffisances (malveillances?) des derniers des mohicans de l'hydroxychloroquine. 

La rigueur scientifique s'accommode mal du rafistolage d'une poignée d'illuminés qui ont déplacé la preuve scientifique des éprouvettes aux plateaux de télévisions. La deuxième vague marseillaise est l'occasion idoine pour réaliser une vraie étude au lieu de continuer d'écumer les médias pour vanter des études que D. Trump a fini par trouver négatives.  La santé du Président américain est une raison d'Etat, une affaire de la plus grande importance pour la première puissante mondiale. La première puissance scientifique du monde a dès lors désavoué le professeur Raoult et sa bande de mohicans. 

Il serait temps que nous comprenions qu'une infection ne se guérit pas par de la prestidigitation. C'est le bien que l'on puisse tirer du mal de D. Trump à qui nous devons tous souhaiter prompte guérison.

 

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