Aimé Bonny
Médecin, Professeur agrégé de cardiologie, enseignant à l'universitaire de Douala au Cameroun, Médecin des hôpitaux de France
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Billet de blog 7 déc. 2022

Aimé Bonny
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La république ne se planque pas, Monsieur le Président de la République du Cameroun

Lorsqu’un haut fonctionnaire d’Etat se planque pour cacher son identité, il emporte avec lui la noblesse de sa fonction. C’est la république elle-même qui dès-lors, est embastillée par ces hommes politiques voyous. Le Cameroun à la bonne école française?

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Monsieur le Président de la République Camerounaise,

Il m'a été donné de constater que, ce samedi 03 décembre 2022, certaines personnes ayant bénéficié de vos décrets présidentiels se comportent comme de vulgaires mafieux.

En effet, un ancien directeur d'une importante société nationale, coupable d'indélicatesses avec l'argent public dont le délit n'est point un obstacle pour la promotion au poste de ministre, se pavane à paris en bonne compagnie. Il faut préciser que ce haut fonctionnaire a séjourné furtivement en prison pour détournement de plusieurs milliards de FCFA et est sorti de prison pour avoir remboursé un franc symbolique.

Monsieur le président de la république, je n'ai aucun problème avec le retour en liberté de cet ancien prisonnier dont le corps du délit est l'appauvrissement d'un peuple par distraction de milliards.

Je commence à m'inquiéter de la moralité des hommes sensés donner l'exemple lorsque, perçu au hall d'un palace situe à Versailles (région parisienne), cet homme public s'est mis à raser les murs en voyant un attroupement de "blacks".

De passage dans ce palace pour une conférence médicale, il m’a été permis d'apprécier le train de vie des hauts dignitaires d'un pays pauvre et très endetté. Il est vrai que l'argent coule également à flot et en toute impunité dans certaines démocraties occidentales comme la France où les politiques échappent quasi systématiquement à l'incarcération (https://www.mediapart.fr/journal/france/041222/pourquoi-les-politiques-echappent-presque-toujours-l-incarceration).

J'ai donc indiqué à mes collègues que ce monsieur en belle compagnie est un ponte officiellement déchu du régime camerounais.

Une collègue congressiste, peu informée de l'actualité politique camerounaise, a voulu se rassurer en se reprochant de lui pour une civilité. Ce dernier, embarrassé, déclara très exactement " (...) non madame, vous confondez (...)".

Monsieur le Président de la République, l'homme en question est l'un de vos ex-ministres, les plus impopulaires tant son cas a défrayé la chronique des détournements massifs des deniers publics et des déguisements rocambolesques. Une chronique malheureuse qui n'honore point cette nation où le paludisme tue à cause des délestages intempestifs et le cholera est devenu une maladie si banale que la population s'en est accommodée. Un pays dont le sous-sol est le plus riche du monde mais le peuple survit avec moins de 1 dollar par jour. Un pays qui aurait dû être aussi prospère que les pays du golfe mais est à peine moins pauvre que le plus pauvre des pays de la région la plus sous-développée du monde qu'est l’Afrique centrale.

Monsieur le Président de la République, le classement du Cameroun en termes d’index de pauvreté multidimensionnel qui est un indice dure du bien-être des populations, nous renvoi malheureusement à nos certitudes de générations sacrifiées pour l’éternité. Selon la dernière actualisation 2020 de l’IPM par l’Université d’OXFORD conjointement avec le PNUD, le Cameroun se trouve dans la zone rouge des 18 pays (sur 65 aux données analysées) qui ne sont pas sur la bonne voie de réduction de la pauvreté, tous modèles confondus. A titre comparatif avec des pays qui ne sont pas potentiellement plus riches que le Cameroun, la Zambie se trouve dans le groupe du milieu dont la bonne voie s’appuie sur certains modèles de développement, et la Côte-d’Ivoire dans le groupe qu’il faut citer en exemple pour avoir tous les voyants sont verts. Je fais allusion à ce classement pour illustrer le fait qu’aucun classement vertueux au monde n’a jamais mis le Cameroun en perspective positive.

Dans ce contexte, comment pourrait-on justifier un tel train de vie de vos ministres ?

Un ministre est un homme public, ce qui renvoie à l'ouverture vers l'extérieur, vers les populations. C'est d'ailleurs de cette rencontre avec ses administrés que l'homme public juge son utilité à servir le peuple.

Se planquer est donc incompatible avec le statut d'homme public. Dès-lors, un ministre qui se planque à forcément quelque chose à se reprocher. Ce geste atypique, qui s’apparente à un réflexe de culpabilité, d'autodéfense, de protection contre la honte du déshonneur, démontre à suffisance que du haut des prérogatives que vous confère la constitution, votre décision de sortir ce ministre de la prison républicaine n'est rien d'autre qu'un acte politique. Par définition, un acte politique est toujours discutable, car basé sur des intérêts partisans, souvent au mépris de la vraie justice dont le juge de paix est notre conscience.

Il est inutile de rappeler que la morale a pris la poudre d’escampette depuis belle lurette au Cameroun, ce qui n'empêche pas ces tortionnaires du peuple d'être jugés par la police de la morale qu'est la conscience. Être conscient du mal qu'on cause à la société est le sentiment qui hante votre ministre au quotidien. C'est vraisemblablement cet aveu de culpabilité qui a dicté son attitude ce 03 décembre 2022 à l'hôtel TRIANON de Versailles.

A contrario, comment cet ex-prisonnier justifierait-il son train de vie luxueux dans un palace où la nuitée est à plus de 1500 euros ?

Monsieur le Président de la République, le peuple camerounais a faim. Il est donc indécent d’assister à l’ensauvagement de la misère populaire par une poignée de vos créatures.

Je vous saurais gré, cher Président, d’avoir de l’empathie pour nous ces humains qui ont fait de vous un privilégié.

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