COVID-19 : les contre-vérités qui plaident en défaveur de l’hydroxychloroquine

Le monde est divisé quant à l'efficacité de l'hydroxychloroquine dans le traitement du COVID-19. Plusieurs comités scientifiques du monde l'ont inclus dans leurs protocoles de traitement, sans grandes preuves scientifiques. C'est à croire que la rigueur scientifique nécessaire pour la validation d'un postulat ne sert plus à rien lorsqu'on a à faire à une pandémie

Jamais dans l’histoire de l’humanité, un micro-organisme n’aura autant divisé aussi bien la communauté scientifique que les néophytes. Jamais un débat scientifique n’aura vu s’inviter des profanes, et des sondages d’opinions sans intérêt scientifique nécessaire à inverser le combat contre ce « petit machin » qu’est le « Sars-Cov 2 ». Jamais des plateaux de télévision et les autres médias n’avaient autant été transformés en arène pugilistique où s’affrontent des spécialistes divisés et des badauds de plus en plus égarés dans cette bataille communicationnelle qui, habituellement, se joue dans les amphithéâtres et autres salles de conférences fréquentées exclusivement par des initiés. Un minuscule organisme « virtuel » a réussi la prouesse d’un retour de la science vers le passé. Cette époque de l’inquisition au cours de laquelle l’église pourchassait et lapidait les scientifiques qui osaient l’outrecuidance de contester la pensée populaire imposée par elle.  Le disciple de Copernic et précurseur de Galilée, le philosophe Giordano BRUNO fut décapité le 17 février 1600.

Des leaders d’opinions, personnalités politiques et scientifiques à la tête de laquelle armada on retrouve l’ex-ministre de la santé Mr Philippe DOUSTE-BLAZY ont fait signer à plus 500 000 personnes une pétition en faveur de la prescription de la chloroquine. De peur de passer pour un « assassin » d’une population en « guerre contre le Covid-19 », il ne fait pas de bon ton d’émettre une réticence contre la solution « Raoult » en ce moment. Lorsque la rigueur scientifique est mise en mal au nom d’une « urgence sanitaire » abusivement invoquée par l’école marseillaise et ses adeptes, il est plus qu’impérieux d’en décortiquer les failles.

                                                                                                      Les chiffres revisités

Le Pr RAOULT a déclaré dans l’une de ses interviews que « l’on ne peut pas transformer un malade en objet de recherche ». Or Il ne fait que çà pour convaincre le monde qui lui fait aveuglement confiance, justement pour se prévaloir de plus de 1800 publications dont plusieurs ayant inclues des patients. Simplement, il le fait de la façon peu conventionnelle, à la façon d’un marginal. Pour appuyer sa démonstration de l’efficacité de son protocole (utilisant les malades), il affirme qu’il y a moins de malades à Marseille. Conclure que la faible prévalence de malades (personnes contaminées) dans la région de Marseille serait la conséquence du traitement précoce des personnes dépistées positives est tentant pour un profane. Or ceci est une contre-vérité scientifique. Le taux de contamination d’une population donnée dépend essentiellement de sa capacité à observer une distanciation structurelle (la promiscuité du département 93 et son confinement imparfait) ou individuelle (port de masque, lavage des mains et autres gestes barrières). Les facteurs environnementaux favorisant la circulation du virus sont peu clairs mais plausibles. C’est certainement l’une des raisons de la distribution inégale du taux de circulation du virus en France (la Corse, la Bretagne, la Normandie, le Pays de la Loire voire le Centre-Val de Loire, la Nouvelle-Aquitaine, l’Occitanie étant les régions les moins touchées) et dans le monde (l’Afrique sub-saharienne globalement relativement épargnée).

Par ailleurs, au 7 avril 2020, les taux d’hospitalisation en réanimation et de décès de plusieurs régions en France n’utilisant pas le protocole marseillais sont soit meilleurs (Corse : <1% et <0,5% respectivement), soit superposables (Bretagne : 2% et 1% respectivement). Si on pondère les taux de morbidité et mortalité du COVID-19 à la gravité de l’état des malades, le Pr RAOULT ne saurait revendiquer le rôle miraculeux de son traitement. En effet, alors que 95% de sa population traitée est stratifiée comme ayant une forme « légère » de la maladie (les images des candidats attendant 4h dans les longues files de l’IHU l’attestent), les données chinoises revendiquent la forme « modérée » chez 81% des cas. Les données brutes des régions françaises les moins contaminées citées plus haut sont meilleures que celles de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur incluant la ville de Marseille. En effet, les régions Centre-Val de Loire, Nouvelle Aquitaine et Normandie se portent mieux avec 2% de mortalité contre 6% en PACA.

Au pointage du 9 avril 2020, en PACA, le département des Bouches-du-Rhône paye le plus lourd tribut de la maladie avec 144 décès. Autrement dit, la recette du Pr RAOULT n’est en rien une assurance tout risque. Pour mieux apprécier sa saveur, le choix du dénominateur permettant le calcul des taux de mortalité est crucial. Oui la bataille médiatique du traitement du COVID-19 est d’abord celle des chiffres. Or selon qu’on rapporte le nombre de cas hospitalisés en réanimation ou de patients décédés au nombre de personnes dépistées (avec un niveau de sévérité différent), hospitalisées (même biais de différence de sévérité) ou la population générale du territoire (le meilleur critère), les chiffres divergent. Rapportés au nombre de personnes hospitalisées, on a plus de morts en Normandie (25,4%) qu’en Nouvelle Aquitaine (22,4%) et qu’aux Bouches du Rhône (14,7%), alors que les taux du premier et dernier territoires cités s’égalisent lorsqu’on prend pour dénominateur les populations globales des deux territoires (0,005% versus 0,007%) ; la Nouvelle Aquitaine étant le lieu où il serait conseillé de vivre avec 0,0002% de cas. Ce comparateur est plus objectif que celui utilisant le nombre de cas positifs détectés puisque le nombre de tests effectués est inégal entre les régions et la moyenne d’âge des candidats aux traitements est disparate (44ans dans la cohorte de Marseille).

Enfin, la population soignée à l’IHU de Marseille réclame un taux de guérison de 91%, contre une moyenne de 88% dans la littérature mondiale. Rapporté au score de risque moins élevé des patients du Pr RAOULT dont la moyenne d’âge est très faible (44 ans), il est fort à parier que la différence serait statistiquement non significative. Cette quasi-certitude est renforcée par la modélisation de l’Imperial College of London qui prédit une prévalence de 2 millions de personnes infectées en France pour une dizaine de milliers de décès, soit un taux approximatif de 0,5% qui est exactement le résultat de Marseille. Autrement dit, l’association hydroxychloroquine et Azithromycine ne ferait pas mieux que le placebo.

                                                                                                  Pertes et profits

Cette guerre fratricide ne profitera à personne au final. La science en sortira fragilisée et décrédibilisée, le Pr RAOULT en course pour le prix Nobel de médecine ou un gourou. Dans tous les cas, l’on se souviendra d’un homme dont l’absence d’humilité et d’un minimum de doute sont manifestes, contrairement à Socrate qui déclarait « je sais une chose c’est que je ne sais rien » pour affirmer la reconnaissance de son ignorance comme attitude nécessaire à la quête du savoir.

On se souviendra également de ses phrases « les mathématiques ne servent à rien » ou « les naustradamus se sont trompés ». On n’oubliera pas l’omniprésence du Dr Philippe DOUSTE-BLAZY qui, sur tous les plateaux de télévision acquis à la cause de ces « sachants » auto-proclamés, n’hésitait pas à faire mentir les statistiques de mortalités par département pourtant consultables par ces journalistes. Ce virus nous aura fait plus de mal qu’on ne l’aurait prédit.

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