Aimé Bonny
Médecin, Professeur agrégé de cardiologie, enseignant à l'universitaire de Douala au Cameroun, Médecin des hôpitaux de France
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Billet de blog 25 juil. 2022

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Les contradictions africaines de Macron: le "en même temps" qui fait désordre

Emmanuel Macron s'est décidé de rendre visite à son homologue Camerounais, malgré ses critiques acerbes contre ce qu'il qualifie lui-même de gouvernance autocratique. Il dit être préoccupé par l'absence de démocratie dans ce pays, mais a cédé à la tentation de faire comme ses prédécesseurs. Le jeune fait du vieux, pour pérenniser la françafrique.

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Chaque Président français est marqué par une phrase ou une rhétorique particulière, symbolisant le bilan de son passage à l'Elysée.

 Jacques Chirac fut le bon vivant qui osa parler tout haut des "odeurs des africains". Son mea-culpa après sa sortie de l'Elysée sur la spoliation des richesses africaines qu'il faut rembourser amusa les connaisseurs de la politique hypocrite française en Afrique.

 Nicolas Sarkozy est l'homme qui voulait "karcheriser" toute la racaille immigrée, alors qui trouva un emploi fictif en Afrique après sa sortie de l'Elysée. Son discours de Dakar ne restera pas comme un grand moment politique pour les panafricanistes.

François Hollande a eu une présidence assez terne, à son image. Sa reconnaissance du bout des lèvres du génocides des populations camerounaises en dit long sur le déni de responsabilité des autorités françaises.

 Emmanuel Macron est l'homme du "en même temps". Il est capable de dire une chose et son contraire, mettre ensemble deux concepts antinomiques, engager des dépenses "quoi que ça coûte" tout en consolidant les restrictions budgétaires au niveau de l'hôpital.

Monsieur Emmanuel Macron peut reconnaître le caractère de crime contre l'humanité les exactions commises en Algérie et ne rien dire de la barbarie française au Cameroun où de valeureux nationalistes appelés "maquisards" par les vrais maquisards (français) ont été liquidés au napalm. Il est capable, lors de deux interpellations par des activistes et hommes politiques de l'opposition Camerounaise, de déclarer s'inscrire en faux contre la confiscation du pouvoir, l'autocratie et l'absence de liberté d'opinion ci et là. Le Cameroun échappe-t-il à ce tableau sombre pour que le Président français y vienne ?

Dans les usages diplomatiques, un chef d'État ne rend visite à un homologue que s'il approuve les grandes lignes de la politique générale du pays hôte. A entendre Macron lors de ses tête-à-têtes avec Calibri CALIBRO et Wilfried EKANGA, on aurait dit qu'il est en désaccord total avec l'œuvre du Président camerounais. Il a même osé dire qu'il a conditionné sa coopération à la libération du principal opposant Camerounais Monsieur Maurice KAMTO. Or rien n'a fondamentalement changé depuis lors au pays de Um NYOBE, Osende AFANA ou Ernest OUANDJIÉ.

Le "en même temps " macronien dicte donc l'instinct colon du jeune Président français. C'est dire si le jeune MACRON n'a de leçon à recevoir d'aucun ancien Président français qui ont tous été éduqués politiquement à voir l'Afrique comme un comptoir colonial français.

Heureusement que les observateurs avertis n'attendent rien de cette visite. Il revient simplement aux populations de marquer leur désamour avec cette France du jeune MACRON, en boycottant tous les produits français sur le marché local. Cesser de faire ses courses chez Carrefour, consommer le carburant des stations Camerounaises au lieu d'aller chez Total Énergie ou faire ses transactions monétaires chez les Sud-africains de MTN au détriment de OrangeMoney serait un acte citoyen.

MACRON entame donc son marché africain par le Cameroun, au mépris de la souffrance des peuples qui n'ont presque aucun levier démocratique pour s'émanciper. Il agit exactement comme De GAULLE, POMPIDOU, MITTERAND, CHIRAC, SARKOZY et HOLLANDE avant lui. C'est un jeune qui fait dans du vieux réchauffé. La jeunesse africaine doit lui opposer une riposte de vieux sages africains.

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