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Billet de blog 12 nov. 2021

Démocratie en contexte colonial ?

Le gouvernement a décidé de maintenir le référendum au 12 décembre malgré le contexte de pandémie ayant empêché toute campagne électorale digne de ce nom. L'AISDPK a rédigé ce communiqué qui est complété par un billet personnel. La France va une fois de plus passer à côté d'une décolonisation possible.

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Communiqué de l’Association information et soutien aux droits du peuple kanak (AISDPK)- Vendredi 12 novembre 2021

Patrice Faure, haut-commissaire de la république en Nouvelle-Calédonie, a annoncé ce matin à Ponérihouen le maintien du référendum du 12 décembre :

« Ce troisième référendum […] ne sera pas fragilisé par des conditions sanitaires puisque la crise sanitaire est maîtrisée. Les Calédoniens et les Calédoniennes qui souhaitent se rendre aux urnes le 12 décembre pourront le faire dans la paix et dans le calme. »

L’AISDPK déplore cette décision qui est un déni de démocratie et un manque de respect des Océaniens aujourd’hui durement frappés par les deuils.

Penser se débarrasser ainsi de la revendication d’indépendance est une erreur déjà faite en leur temps par Georges Lemoine et Bernard Pons. Et nous n’avons pas oublié les conséquences de leur entêtement à ne pas vouloir entendre les indépendantistes.

Les militant·e·s de l'AISDPK

Billet d'humeur

Patrice Faure, haut-commissaire de la république en Nouvelle-Calédonie, a annoncé ce matin à Ponérihouen le maintien du référendum du 12 décembre :

« Ce troisième référendum […] ne sera pas fragilisé par des conditions sanitaires puisque la crise sanitaire est maîtrisée. Les Calédoniens et les Calédoniennes qui souhaitent se rendre aux urnes le 12 décembre pourront le faire dans la paix et dans le calme. »

Pourtant , nous constatons des envois massifs de forces de police et de forces armées

Le haut-commissaire Patrice Faure a annoncé l’envoi de France métropolitaine de 1 400 policiers armés dont 15 unités mobiles pour la tenue du 3e référendum. Déjà, dans la deuxième quinzaine d’octobre, 250 policiers ont débarqué sur le territoire. Et cela doit continuer dans les semaines à venir. On s’achemine vers deux fois plus de forces de l’ordre que pour le référendum de novembre 2018. Ce ne peut être qu’un mauvais signe dans le contexte actuel.

Tout cela ne tient compte ni de la pandémie, ni des nécessités des périodes de deuil en contexte océanien. Pour les non-connaisseurs des sociétés océaniennes, et des sociétés kanak en particulier, le moindre deuil est un événement qui touche une large parentèle.

Pandémie

D’après les informations officielles du gouvernement de Nouvelle-Calédonie (https://gouv.nc/coronavirus), à la date du 10 novembre 14h (heure locale), il y a 11 466 cas confirmés depuis le 6 septembre 2021, 62 nouveaux cas au cours des dernières 24 heures, 14 patients en réanimation, 271 décès depuis le 9 septembre dont un au cours des dernières 24 heures. Le taux d’incidence cumulé sur 7 jours redescend à 122 cas pour 100 000 habitants, soit son niveau de dimanche 7 novembre. Il était de 138, mardi, de 120 lundi. Il est actuellement de 60 en métropole

Les vols internationaux en provenance et à destination de la Nouvelle-Calédonie, qui ont été quasiment stoppés durant longtemps, sont toujours limités au moins jusqu'au 31 décembre 2021, mais visiblement cette mesure ne s’applique pas de la même façon aux militaires.

Compte tenu des mesures sanitaires, et « Pour lutter contre la propagation du virus covid-19, tout déplacement de personne hors de son lieu de résidence est interdit à l’exception des déplacements pour les motifs suivants, en évitant tout regroupement de plus de quinze personnes » ;

Parmi les exceptions, se trouve la « participation aux cérémonies funéraires, religieuses et coutumières autorisées dans les conditions prévues à l'article 3 », à savoir que :

« Toute manifestation, rassemblement ou réunion, amical, familial ou coutumier réunissant plus de quinze personnes, est interdit, quelle que soit sa finalité. Les cérémonies religieuses, se tiennent dans la limite du tiers de la capacité totale habituelle du lieu de culte dans lequel elles se déroulent. L’accueil du public s’y organise impérativement selon un protocole sanitaire et des modalités d’accès permettant de respecter les mesures de distanciation sociale notamment les “gestes barrières” ».

Comment dans ces conditions penser faire une campagne électorale dans les tribus, villages et villes de Nouvelle-Calédonie ? En 2020, le second tour des municipales a bien été décalé de plusieurs mois en raison de cette même pandémie. Emmanuel Macron avait annoncé, le lundi 16 mars, le report du second tour des élections municipales en raison de la pandémie de coronavirus. C'était là une décision inédite. Mais cela concernait 34 965 communes pour 66 732 538 habitants dont seulement 33 communes pour 291 664 habitants en Nouvelle-Calédonie. Chaque citoyen n'a donc pas la même valeur aux yeux de l'État.  Et pour la semaine du 16 au 22 mars, le taux d’incidence des cas d’IRA dus au SARS-CoV-2 (COVID-19) vus en consultation de médecine générale a été estimé à 64 cas pour 100 000 habitants. En mars 2020, selon le jour, le taux d'incidence était de 30 environ !

Les deuils

D’après mon travail ethnographique en région paicî, je vais tenter de vous expliquer ce qu’est le deuil chez les Kanak.

Toute cérémonie met en présence deux groupes de personnes, ceux qui accueillent et qui se trouvent placés du côté des paternels ou « maîtres de la demeure » et les « invités » qui sont les oncles maternels et tous ceux qui les accompagnent. Cela peut concerner des centaines de personnes à chaque fois. En cela nous retrouvons ici le découpage duel qui structure la société kanak en général et qui en fait le ciment, le lien.

Chaque cérémonie de deuil dure plusieurs jours (en général au moins 5 jours) durant lesquels les paternels et maternels se rencontrent et se rassemblent, échangent des présents et honorent le défunt jusqu’à l’enterrement proprement dit.

La famille proche du défunt porte le deuil, souvent pendant un an, voire plus, jusqu’à la levée de deuil, qui est une autre cérémonie coutumière rassemblant paternels et maternels du défunt.

Adresse aux élu·e·s politiques de notre pays

Nous avons publié deux billets ces derniers jours demandant à nos élu·e·s de se prononcer pour e report du référendum:

https://blogs.mediapart.fr/aisdpk-kanaky/blog/071121/appel-reporter-le-referendum-en-kanaky-nouvelle-caledonie

https://blogs.mediapart.fr/aisdpk-kanaky/blog/071121/referendum-en-nouvelle-caledonie-adresse-aux-elu-e-s-de-la-republique-francaise

Il est dommage que les partis politiques français se désintéressent une fois de plus de ce qui se passe en Nouvelle-Calédonie, toujours colonie française et n’aient pas fait entendre leurs voix pour peser auprès du gouvernement.

Cela a coûté cher au Kanak par le passé, espérons qu’on n'en arrivera pas là à nouveau.

En tant qu’anticolonialiste convaincue, qui motive en grande partie tous mes engagements politiques, je suis très dépitée de l’indifférence générale en métropole coloniale de ce qui se passe là-bas…

En son temps, Jean-Marie Tjibaou, à chacune de ses venues en France pour rencontrer la gauche française, sortait toujours dépité de ses rendez-vous en me disant « ils ne comprennent rien » et « on ne fait que toujours répéter les mêmes choses en vain ». Je vois que rien n’a changé…

La date du 12 décembre a été choisie unilatéralement par le gouvernement français pour faire plaisir aux Loyalistes, au mépris des demandes réitérées des indépendantistes de respecter le calendrier initial, à savoir un référendum après août 2022. Et tant de décisions sont prises sans que toutes les parties ne soient d'accord !!! 

De plus, avec la crise sanitaire qui perdure, le confinement vient d'être prolongé jusqu'au 12 novembre, soit 1 mois avant le référendum car l'indice d'incidence augmente (les cas positifs pour 100 000 habitants) !

C'est impensable d'envisager la moindre campagne électorale dans ces conditions !!!

Je vous rappelle également une déclaration non respectée par le gouvernement actuel faite par le Premier ministre Edouard Philippe qui explique pourquoi Sébastien Lecornu et le gouvernement actuel, en accord avec les seuls loyalistes, ne respectent pas la parole donnée :

« L’accord de Nouméa prévoit que, en cas de non au deuxième référendum, il est possible de tenir  un troisième référendum dans les deux  ans qui suivent le deuxième. Nous avons exclu que cette troisième consultation puisse être organisée entre le milieu du mois de septembre 2021 et la fin du mois d'août 2022. Il nous est collectivement apparu qu'il était préférable de bien distinguer les échéances électorales nationales et celles propres à l'avenir de la Nouvelle-Calédonie. Le choix du calendrier après la deuxième consultation constituera donc un enjeu majeur. Le Gouvernement et les forces politiques de Nouvelle-Calédonie ont à cet égard évoqué la nécessité de poursuivre le dialogue tout au long de ce processus. » (Déclaration du Premier ministre Edouard Philippe, le 10 octobre 2019 à l’issu du 19e comité des signataires de l’accord de Nouméa)

Une fois de plus, les promesses du gouvernement français faites aux Kanak ne sont pas tenues…

L'État impartial ?

Ce que nous confirme cette décision de non-report du référendum dans des conditions démocratiques normales, c'est que Macron, président, veut mettre fin au processus de décolonisation initié depuis plus de 20 ans. Une fois de plus, ce sont des enjeux de politique métropolitaine qui décident de l'avenir de la Nouvelle-Calédonie. Macron a maintenu cette date  pour se faire réélire aux présidentielles de 2022, suite aux pressions faites en ce sens par la droite locale et et la droite nationale. 

Comme nous l'avons déjà écrit, l'écart s'est réduit entre les deux référendums et l'indépendance était à la portée du camp du OUI, si tant est ue les échéances prévues étaient respectées. Il ne manque plus que 3 points pour que le OUI l'emporte et nombreux sont ceux qui pensaient que cela serait le cas en 2022.

La peur s'est emparé de l'État et du camp loyaliste au vu des résultats des deux précédents référendums et l'État soi-disant impartial a joué le cap du NON. 

L'État vole la victoire aux indépendantistes en ne fixant pas le référendum à septembre 2022 comme le Premier ministre Édouard Philippe s'y était engagé.

Les indépendantistes, les anti-colonialistes réclament une véritable troisième consultation et celle-ci ne peut se tenir qu'avec une réelle campagne électorale.

Et le 13 décembre, que va-t-il se passer ? Un énième statut ? L'histoire se répète et la France aura louper la chance d'une décolonisation réussie.

Nos lecteurs peuvent relire nos deux premiers billets, d'avant le premier référendum de 2018, notamment

https://blogs.mediapart.fr/aisdpk-kanaky/blog/071116/une-autodetermination-si-proche-et-si-loin

et à propos de la valse des statuts : https://blogs.mediapart.fr/aisdpk-kanaky/blog/081116/le-18-novembre-1984-boycott-du-statut-lemoine-petit-rappel-historique

Merci de nous avoir lu

Salutations anticoloniales

Isabelle Leblic, membre de l’AISDPK (12/11/2021)

Et venez nombreux demain à 14h  devant le musée de l'immigration, place Edouard Renard Paris 12e

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