Pour un retrait de la France de la Syrie et en Irak

Monsieur le président de la République, si nous arrêtions de faire la guerre en Syrie et en Irak ?

Monsieur le président de la République, si nous arrêtions de faire la guerre en Syrie et en Irak ?

Le devoir et la principale mission d’un chef d’Etat est de protéger son peuple. Appliquer la loi du Talion, œil pour œil, dent pour dent, en décidant au lendemain des attentats de Nice d’intensifier les frappes françaises dans les guerres qui font rage en Irak et en Syrie, n’est-ce pas la pire réponse aux attentats ? 

Cette guerre menée contre le terrorisme est une guerre sans fin, une guerre  qui nourrit la guerre. Cette politique interventionniste pro-atlantiste, au mépris de la tradition gaullienne, nous a conduits à enflammer le Moyen-Orient et à participer à des guerres qui, selon les mots du Général De Gaulle, «ne sont pas les nôtres.»

Il n’y a pas de guerre aujourd’hui, en Afghanistan, en Irak ou en Libye qui ne conduise à davantage de guerre et davantage de chaos. En nourrissant le monstre qui nous frappe, nous risquons d’encourager d’autres déséquilibrés potentiels en quête d’idéal à perpétrer des attentats suicides sur notre territoire pour passer à la postérité.

Président Hollande, vous avez dit devant l’ensemble des parlementaires le 16 novembre 2015 en réaction aux attentats de Paris : « Ces attentats poursuivent un objectif bien précis : semer la peur pour nous diviser ici et faire pression pour nous empêcher là-bas au Moyen-Orient de lutter contre le terrorisme. 

Vous étiez donc fermement décidé à prendre parti dans le conflit syrien, et vous l'avez fait sous des prétextes humanitaires qui semblent aujourd’hui vous dépasser,  vous et votre ministre des affaires étrangères.

Nos responsables politiques sont des laïques et de ce fait sous-estiment totalement la dimension religieuse (...) Comment expliquer autrement l’erreur stratégique d’Obama et de François Hollande qui se sont lancés dans une déstabilisation du régime laïc d’Assad en Syrie, qui n’est certes pas le meilleur des chefs d’Etats mais qui luttait, comme le faisait Saddam Hussein et Kadhafi en leur temps, contre ce fondamentalisme islamique et le terrorisme qu’il inspirait. Croire qu’au Moyen-Orient, où se joue depuis trois siècles une lutte religieuse sans merci entre les différents courants de l’Islam, que l’on pourrait remplacer les dictatures par des démocraties est une méconnaissance totale ou une arrogance immense. Général Pinatel, le 15 juillet 2016.

Je suis Charlie, je suis Paris, je suis Nice, je suis ÉPUISÉE.

Cette violence que vous avez déchaînée chez les autres, vous l'avez désormais importée chez nous. Dès le début nous avons pris le leadership de cette guerre en Syrie, car si d’autres pays ont suivi symboliquement, c’est bien la France en Europe qui en a pris le commandement. Notre participation pourtant modeste, de l’ordre de 5% des frappes aériennes, fait durement écho là-bas, et nous vaut d’être la principale cible des djihadistes en Europe. A quoi il convient d’ajouter le fait que la France abrite la plus grande communauté musulmane d’Europe, notre passé colonialiste, et la défense de la laïcité, une autre caractéristique qui fait de la France la cible privilégiée de Daesh.

N’avons-nous rien appris de ces 10 ans de guerre menés en Afghanistan ? Les populations qui vivent sous les bombes sont en général solidaires de ceux qui sont visés et non de ceux qui les bombardent. J’ai pu observer en Afghanistan qu’à chaque fois qu’un taliban mourrait, dix autres poussaient comme des champignons. Cette guerre n’a fait qu’attiser la haine envers l’Occident et nous sommes en train de commettre la même erreur en Syrie et en Irak. Le 20 juillet dernier, la coalition anti-Daesh a commis sa plus grande bavure en tuant plusieurs dizaines de civils dont des enfants. Peut-on encore nier l’effet boomerang dont on commence à peine à mesurer le potentiel destructeur ?

Faut-il rappeler ce qu’avaient déclaré les terroristes devant les otages terrorisés au Bataclan le vendredi 13 novembre dernier :

Vous pouvez remercier le président Hollande, parce que c’est grâce à lui que vous subissez ça. Nous, on a laissé nos femmes et nos enfants en Syrie, sous les bombes. On fait partie de « l’Etat islamique » et on est là pour venger nos familles et nos proches de l’intervention française en Syrie.

Ces quelques frappes supplémentaires ne régleront pas la question, parce que cette politique extérieure ne repose pas sur une analyse globale de la situation. Nous assistons à une cristallisation de l’ensemble des groupes qui établissent des passerelles entre eux et à une surenchère pour savoir qui sera le plus cruel, le plus meurtrier, le plus violent parce que ce sera une façon d’attirer des djihadistes. C’est une course vers la mort, une course vers l’attentat le plus dévastateur.

Combien de morts nous faudra-t-il encore compter pour enrayer l’inévitable escalade des attentats sur notre territoire ? 

Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt.

La prolongation de l’état d’urgence, s’il rassure psychologiquement les foules dans un processus de résilience collective, n’est qu’un affichage politique qui ne nous protège nullement de la folie djihadiste. Aucune force de sécurité au monde ne peut défendre une foule contre un déséquilibré au volant d’un camion.

Il y a un risque important désormais à se rendre à une manifestation publique et les Français en ont tristement conscience. Seule une réponse géostratégique globale évitera la gangrène du terrorisme pendant des générations. 

On ne fait pas la guerre aux terroristes, parce que je ne veux pas faire le jeu de l'ennemi, disait Dominique de Villepin au lendemain des attentats du 13 novembre. Ce même ministre des affaires étrangères qui avait eu le courage et la force de faire entendre son opposition à la guerre américaine en Irak en 2003 dont Daesh est la conséquence.

La protection des Français en question.

L’une des toutes premières priorités d'un État est d'assurer la protection des populations vivant sur son territoire. Sa politique extérieure a notamment pour objet de les mettre  à l'abri des attaques dont elle pourrait être l'objet à l'intérieur de ses frontières, voire  à l'extérieur.

Monsieur le président, tout comme Churchill, De Gaulle, Mendes France, ayez le courage d’avoir une vision géopolitique au-delà d’une réponse sécuritaire et militaire.

« La France ne peut être la France sans la grandeur » disait le Général de Gaulle.  

Sortir la France du bourbier syrien n’est pas un aveu de faiblesse. C’est la seule manière de ne plus laisser Daesh et ses tentacules de faire de notre pays son terrain de jeu préféré.

Je suis Charlie, je suis Tunis, je suis Bruxelles, je suis Orlando, je suis Istanbul, je suis Bagdad, je suis Nice, je suis Kaboul, je suis le monde, mais je suis surtout épuisée ...

 

 

 

 

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