Un ancien soldat américain salue les talibans afghans

S'appuyant sur un rapport du Pentagone révélé par le «Washington Post», le journaliste américain Eric S. Margolis fustige le gouvernement étasunien et adresse son salut admiratif d'ancien soldat aux combattants afghans qui résistent depuis dix-huit ans à l'énorme machine de guerre des Etats-Unis.

Article initialement paru sur le site de Lew Rockwell sous le titre « The Afghanistan War Has Been A Tissue Of Lies »

« Dans notre pays, le mensonge est devenu non seulement une catégorie morale, mais un pilier de l'État. »
Alexandre Soljenitsyne

Cette semaine, le vénérable Washington Post a révélé un rapport secret de 2 000 pages du Pentagone sur l'échec stupéfiant de la stratégie de guerre américaine en Afghanistan, la plus longue guerre des États-Unis.

Les Américains ont été abreuvés d'un flot constant de mensonges au sujet de la guerre en Afghanistan, a conclu le Post. C'est ce qu'affirmait le présent auteur dans le magazine The American Conservative en 2003, lorsque les États-Unis ont envahi l'Afghanistan.

« Nous n'avions pas la moindre idée de ce que nous entreprenions », a admis le général trois étoiles Douglas Lute, qui a commandé les forces américaines en Afghanistan sous les présidents George Bush et Barack Obama.

L'arrogance et l'ignorance, soutenues par une force brute colossale, ont dirigé la politique américaine à l'égard de cette lointaine nation d'Asie.  L'attaque de l'Afghanistan était une vengeance pour les attentats du 11 septembre 2001 contre les États-Unis. Comme le présent auteur l'a vu de ses propres yeux en Afghanistan, toutes les allégations concernant les « camps d'entraînement terroristes » d'Oussama ben Laden en Afghanistan étaient des mensonges. Le 11 septembre n' a pas été planifié en Afghanistan.

Les talibans n'étaient pas des terroristes. C'étaient des guerriers tribaux légèrement armés qui combattaient des bandits et les agents des services secrets afghans soutenus par les États-Unis et dirigés par le Parti communiste. Les pères des talibans, les moudjahidin, avaient été honorés du titre de « combattants de la liberté » par Ronald Reagan.  En 2003, les États-Unis ont exécuté un virage à 180 degrés pour soutenir les communistes afghans qui avaient promis d'autoriser le passage d'oléoducs appartenant aux États-Unis vers le sud, depuis le bassin pétrolifère de la Caspienne, en Asie centrale, jusqu'à la côte du Pakistan. Lorsque les talibans eurent refusé l'offre rapace des pipelines américains, ce mouvement nationaliste et antidrogue qui luttait contre le viol de l'Afghanistan a été qualifié de  « terroriste ».

Le régime installé par les États-Unis à Kaboul n'est qu'une collection d'exécutants standard de la CIA : seigneurs de la guerre, grands trafiquants de drogue et communistes. Des milliards et des milliards de dollars américains ont été dépensés pour embaucher des mercenaires et payer les seigneurs de la guerre et les criminels. Les plus grands criminels de guerre d'Afghanistan sont devenus les principaux alliés des États-Unis.

Lorsque les talibans étaient au pouvoir, ils avaient éliminé 90 % de l'important commerce de morphine et d'héroïne en Afghanistan. Une fois que les États-Unis se furent emparés de Kaboul et eurent installé leur propre régime fantoche, la production de drogue a atteint des sommets historiques. Les forces américaines et leurs alliés sont profondément impliqués dans le commerce de la drogue qui soutient l'économie du pays. Aujourd'hui, l'Afghanistan, dirigé par les États-Unis, est le plus grand trafiquant de drogue du monde.

Les journalistes qui, comme l'auteur de ces lignes, se sont obstinés à dire la vérité sur l'Afghanistan ont été congédiés ou ignorés. J'ai été renvoyé de CNN pour avoir nié leurs fausses allégations selon lesquelles l'Irak possédait des armes de destruction massive. Et que les États-Unis étaient en train de gagner la guerre en Afghanistan. J'ai été banni de certains réseaux de radio et de télévision publique pour avoir affirmé qu'ISIS était une invention occidentale, soutenue par la Turquie, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et Israël. On m'a traité de gauchiste pour avoir dit la vérité.

Je cite ces exemples pour appuyer les accusations actuelles du Washington Post selon lesquelles tout ce qui a été dit sur le conflit afghan n'était qu'un ramassis de mensonges et de demi-vérités inventés par le gouvernement américain pour justifier une guerre d'agression brutale contre une petite nation médiévale qui avait osé rejeter nos demandes de pipelines stratégiques.

Le Washington Post a joué un rôle crucial dans la promotion des mensonges qui ont ouvert la voie à l'invasion américaine de l'Irak.  Aujourd'hui, il fait pénitence en révélant tous les mensonges qui ont facilité la guerre en Afghanistan – et les milliers de soldats américains tués ou blessés là-bas, les vastes destructions infligées à l'Afghanistan par les avions de guerre américains, la torture à grande échelle, la famine, le massacre de civils et toutes les autres horreurs de la guerre.

Selon le rapport du Pentagone, les États-Unis ont dépensé au moins 1 000 milliards (mille milliards !) de dollars pour leur guerre en Afghanistan, sans autre effet perceptible que de nombreux morts et blessés, des villages détruits, des chèvres abattues à la mitrailleuse et une gigantesque pollution chimique. Si ça bouge, bombarde-le, voilà le credo américain.

C'est ce qui a abouti au spectacle honteux de bombardiers lourds américains B-1 et B-52 bombardant les villages afghans, et d'essaims d'hélicoptères d'attaque AC-130 mitraillant des tribus médiévales et des fêtes de mariage. Les Soviétiques étaient tout aussi impitoyables, mais nous sommes plus efficaces.

Les médias américains, à quelques rares exceptions près, ont fait la promotion de la guerre du Pentagone contre le peuple afghan et ont totalement couvert ses atrocités et ses mensonges flagrants. Cette guerre est une machine à tuer géante, dévoreuse de crédits, ce qui fait saliver les politiciens et les entreprises d'armement. Les anciens présidents qui ont applaudi à cette guerre honteuse contre l'une des nations les plus pauvres et les plus arriérées du monde méritent notre mépris.

Mais il convient aussi de prendre un instant pour accorder une pensée aux combattants tribaux pachtounes qui ont tenu en échec la machine militaire la plus puissante du monde au cours des dix-huit dernières années, avec pas grand-chose de plus que des vieux fusils AK-47 et un courage indomptable. Nous leur devons nos excuses les plus sincères et la reconstruction de leur pays. En tant qu'ancien soldat américain, je les salue, ces braves entre les braves.

Eric S. Margolis

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