Covid-19 : le bon côté

La pandémie de Covid-19, bien que sa gravité soit grossièrement surévaluée et que les mesures prises jusqu'ici soient plutôt maladroites et destructrices, repose un peu notre pauvre planète essoufflée et nous montre aussi les limites de la mondialisation.

Si vous avez une fenêtre qui donne vers l'Est, vous avez dû le remarquer. L'épais nuage de pollution qui flotte au-dessus de l'Asie s'est, non, tout de même pas dissipé, n'exagérons rien, mais quand même nettement atténué. C'est déjà une excellente nouvelle, qui devrait faire baisser les statistiques des décès par insuffisance respiratoire en Chine, en dépit de la Covid. 

Mais, d'un point de vue plus terre à terre, la pandémie nous montre aussi que la mondialisation comporte d'énormes risques. Le virus lui-même, déjà, s'est répandu à la vitesse de l'éclair en raison des innombrables transports aériens dont il a bénéficié. Ensuite, les produits les plus élémentaires pour le combattre sont souvent fabriqués à des milliers de kilomètres de là où on en a besoin. Pire encore, là où ils sont fabriqués, on en a besoin aussi, et on se les garde.

La France et l'Allemagne, qui d'ailleurs ne fabriquent plus grand-chose (surtout la France), ont refusé de céder du matériel médical à l'Italie. Le Maroc, où Sanofi exploite une usine fabriquant de la Nivaquine (le médicament le plus prometteur pour traiter la Covid, promu par le Pr Raoult de l'IHU Méditerranée Infection de Marseille) destinée à la vente en Afrique subsaharienne, le Maroc, disais-je, a acheté («saisi contre paiement» serait un terme sans doute plus exact) les stocks de Nivaquine de l'usine.

Les masques, les gants d'examen, le gel hydroalcoolique, les blouses jetables manquent partout. Mon pharmacien a même tenté une opération marché noir avec moi, en me proposant pour 100 euros une boîte de gants d'examen habituellement vendue 5 euros la boîte de 100.

Et il faut bien avoir conscience que nous sommes dans une configuration de pandémie presque optimale, avec un virus peu meurtrier. Il pourrait être cent fois pire (3 400 000 morts) voire mille fois pire (34 millions, c'est possible), ou même dix mille fois (je n'ose dire le chiffre, faites le calcul vous-même). Allez savoir ce que les gens inventent dans les laboratoires P-4.

Même dans la configuration suboptimale n° 1, on n'aurait plus rien depuis déjà longtemps. Même plus de bois pour les cercueils ni de gaz pour les incinérateurs.

Rapatrier le maximum de productions délocalisées est la seule solution pour éviter des catastrophes futures.

 

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