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Billet de blog 8 août 2012

Les oubliés du "59-61"

Voilà six ans au moins que les résidents du 59-61 rue Charles Michels à Saint-Denis attendent travaux de rénovation ou relogement.

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© Bertho Alain

Voilà six ans au moins que les résidents du 59-61 rue Charles Michels à Saint-Denis attendent travaux de rénovation ou relogement. Ils ont appris par hasard (et par la sous préfète de Saint-Denis) qu’ils allaient être expulsés de façon imminente. La mairie, propriétaire de l’immeuble a en effet pris un arrêté en ce sens depuis le mois de janvier.

L’incompréhension est totale pour ceux qui vivent encore dans cet immeuble propriété de la ville situé dans un quartier en pleine rénovation, derrière la gare RER, et privé d’électricité depuis le 25 juillet.

En 2006 en effet, le Conseil municipal avait approuvé à l’unanimité moins deux voix, un projet à certains égards exemplaire. Il s’agissait de rénover cet immeuble classé au patrimoine (un des premier à avoir été construit en béton armé) pour y ouvrir des logements sociaux dont les premiers bénéficiaires seraient … les habitants « sans droit ni titre », autrement dit les squatteurs qui n’avaient trouvé que cet endroit pour mettre un toit au dessus de la tête de leurs enfants. Les trois cages d’escalier devaient être rénovées une par une avec un hébergement provisoire dans un foyer Adoma construit à cet effet de l’autre côté de la rue.

Le foyer est construit mais les travaux de rénovation, même pour la plus élémentaire mise aux normes de sécurité électrique, se font attendre. Le 26 avril 2008, c’est le drame. Un incendie se déclare au second étage de l’escalier A. Un jeune homme y trouve la mort. La construction du foyer Adoma n’est pas achevée Une solution est néanmoins trouvée pour les 105 résidents qui ne peuvent réintégrer l’escalier, définitivement condamné.

L’avenir du projet de 2006 semble alors compromis. Mais la mobilisation des résidents et de leurs soutiens aboutit au contraire à une relance du processus et à la signature d’un protocole avec la Mairie, la préfecture et la Conseil général prévoyant relogement des habitants et régularisation des sans papiers. Deux ans plus tard, le processus engagé est cité par Adoma comme un exemple réussi de lutte contre l’habitat indigne.

Depuis quatre ans des familles sont relogées et les appartements progressivement murés. L’état de délabrement de l’immeuble ne fait qu’empirer. Il ne reste plus qu’une demi douzaine de familles, une centaine de personnes avec les résidents isolés.

Pourquoi ne pas aller au bout du processus ? Pourquoi la Mairie prend-elle en janvier 2012 un arrêté d’expulsion sans en avertir les résidents ? Pourquoi reste-t-elle passive lors de la coupure de l’alimentation électrique par ERDF le 25 juillet 2012 ? Pourquoi choisit-elle dans un premier temps d’appeler la police pour accueillir les habitants qui souhaitent rencontrer les élus ?

Dans ce quartier en pleine mutation, la Mairie semble avoir de nouveaux projets pour cet immeuble. Dans le Journal de Saint-Denis, le maire adjoint Stéphane Peu, récemment proposé pour la Légion d’honneur par la Ministre Cécile Duflot, annonce «une restauration envisagée» par le promoteur Histoire et Patrimoine, filiale du groupe Alain Crenn, déjà impliqué dans le quartier.

On est loin, très loin, du projet de 2006, de l’élan et de l’imagination solidaire. Comme si la ville avait perdu son ame.

Pour l’heure, les résidents et leurs soutiens ne demandent que l’application du protocole et une table ronde entre ses trois signataires (Mairie, Préfecture et Conseil général) pour achever le processus de régularisation et de relogement. 

Mais leurs interlocuteurs se rejettent réciproquement la responsabilité de la situation. Le 8 août, Stéphane Peu a fait dire à la délégation venue aux nouvelles en Mairie qu'il "n'était pas disponible avant la fin de la semaine" pour signer le courrier demandant cette table ronde.

Au 59-61, on fait la cuisine dans la cour faute d’électricité. On s’éclaire à la bougie malgré le danger.

Le temps passe et l’heure de l’expulsion brutale approche. Qui joue la montre ?

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