Alain Bertho
anthropologue
Abonné·e de Mediapart

91 Billets

0 Édition

Billet de blog 21 août 2012

Les oubliés du 59-61 expulsés ce matin : le monde à l'envers

« Ils sont là ! » Cette petite phrase dans un portable fait accélérer le pas. Il est 7 h 40.

Alain Bertho
anthropologue
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

© Bertho Alain
© Bertho Alain

« Ils sont là ! » Cette petite phrase dans un portable fait accélérer le pas. Il est 7 h 40. La quinzaine de cars de CRS est déjà en place autour du 59-61 rue Charles Michels à Saint-Denis (voir l’article précédent). Il faut passer les barrages pour enfin assister impuissant au rituel toujours brutal des expulsions. Les valises et les sacs dans la rue, les vies jetées sur le trottoir. Les visages…

Les résidents étaient prévenus depuis la veille au soir. La préfecture a « mis les formes ». Chacun a eu le temps de ramasser ses affaires. Aucune arrestation, des policiers presque courtois, un commissaire attentif à la présence des soutiens, un gradé qui prend même le soin d’aller rechercher une poussette oubliée au 4° étage… On croit presque rêver quand on sait la violence d’expulsions passées comme celle de la rue Dezobry à Saint-Denis en 2011.

Mais sur le fond la violence est la même. Quelques personnes munies de listes font l’appel, distribuent les hébergements provisoires à l’hôtel à l’autre bout de la région parisienne. Les valises partent, la rue se vide. Il ne reste plus que les laissés pour compte à qui on conseille d’appeler le 115.

On vous le répète alors : le principe du tri est très clair. Il y a ceux « qui sont dans le protocole », c'est-à-dire les habitants recensés il y a quatre an lors de l’incendie mortel qui avait ravagé une des cages d’escalier et les autres.

Les autres, c'est-à-dire ceux qui ont été oubliés il y a quatre ans ou qui sont venus plus tard dans cet immeuble appartenant à la mairie dans lequel aucun des travaux annoncés en 2006 n’ont même été commencés, ceux là ne comptent pas, n’existent pas aux yeux des élus Front de Gauche de Saint-Denis. La mairie n’aidera pas à leur relogement. La mairie ne soutiendra pas la demande de régularisation de ceux, parmi eux, qui sont sans papier.

Il y a de quoi ne pas oser se regarder dans la glace. C’est sans doute pourquoi la demande de rendez vous faites aux élus ne trouve pas de réponse depuis 8 jours C’est sans doute pourquoi la grille de la mairie se ferme lorsque les résidents et leurs soutiens viennent s’enquérir de ce rendez-vous. C’est sans doute pourquoi aucun élu n’était présent ce matin. La Municipalité n’était représentée que par un Directeur général, fuyant tout débat, ni très courtois ni très loquace.

Il nous précise néanmoins qu’il refuse la demande que la municipalité appuie les appels vers le 115 et que les grilles de la mairie seront à nouveau fermées cet après midi..

Lorsque les soutiens ont quitté l’immeuble, le commissaire est venu les saluer. Pas le Directeur général. Le monde à l’envers.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Borne et l’écologie : un certain savoir-rien-faire
La première ministre tout juste nommée a exercé depuis huit ans de nombreuses responsabilités en lien direct avec l’écologie. Mais son bilan est bien maigre : elle a soit exécuté les volontés de l’Élysée, soit directement contribué à des arbitrages problématiques.
par Mickaël Correia et Jade Lindgaard
Journal
Zemmour et Pétain : une relaxe qui interroge, des motivations qui choquent
La relaxe d’Éric Zemmour pour ses propos sur un prétendu « sauvetage » des juifs français par Pétain a suscité de vives réactions. Les historiens que nous avons interrogés ne sont pas tant choqués par la relaxe - la loi Gayssot ne peut couvrir l'ensemble des allégations mensongères sur la seconde guerre mondiale - que par les motivations de l’arrêt. Explications.
par Lucie Delaporte et Fabien Escalona
Journal — Entreprises
Un scandale financier luxembourgeois menace Orpea
Mediapart et Investigate Europe révèlent l’existence d’une structure parallèle à Orpea, basée au Luxembourg, qui a accumulé 92 millions d’actifs et mené des opérations financières douteuses. Le géant français des Ehpad a porté plainte pour « abus de biens sociaux ».
par Yann Philippin, Leïla Miñano, Maxence Peigné et Lorenzo Buzzoni (Investigate Europe)
Journal — Exécutif
Macron, la gauche Majax
Pour la majorité présidentielle et certains commentateurs zélés, Emmanuel Macron a adressé un « signal à la gauche » en nommant Élisabeth Borne à Matignon. Un tour de passe-passe qui prêterait à sourire s’il ne révélait pas la décomposition du champ politique orchestrée par le chef de l’État.
par Ellen Salvi

La sélection du Club

Billet de blog
Le générique ne prédit pas la fin
Que se passe-t-il lorsque le film prend fin, que les lumières de la salle de cinéma se rallument et qu’après la séance, les spectatrices et spectateurs rentrent chez eux ? Le film est-il vraiment terminé ? Le cinéma vous appartient. Le générique ne prédit pas la fin. Il annonce le début d’une discussion citoyenne nécessaire. Prenez la parole, puisqu’elle est à vous.
par MELANIE SIMON-FRANZA
Billet de blog
Une fille toute nue
[Rediffusion] Une fois de plus la « culture » serait en danger. Combien de fois dans ma vie j’aurais entendu cette litanie… Et ma foi, entre ceux qui la voient essentielle et ceux qui ne pas, il y a au moins une évidence : ils semblent parler de la même chose… des salles fermées. Les salles où la culture se ferait bien voir...
par Phuse
Billet de blog
Quand le Festival de Cannes essaie de taper fort
La Russie vient de larguer 12 missiles sur ma ville natale de Krementchouk, dans la région de Poltava en Ukraine. Chez moi, à Paris, je me prépare à aller à mon 10e Festival de Cannes. Je me pose beaucoup de questions en ce mois de mai. Je me dis que le plus grand festival du monde tape fort mais complètement à côté.
par La nouvelle voix
Billet de blog
Entretien avec Ava Cahen, déléguée générale de la Semaine de la Critique
La 61e édition de la Semaine de la Critique se déroule au sein du festival de Cannes du 18 au 26 mai 2022. La sélection qui met en avant les premiers et seconds longs métrages, est portée pour la première fois cette année par sa nouvelle déléguée générale Ava Cahen qui défend l'amour du cinéma dans sa diversité, sa réjouissante monstruosité, ses émotions et son humanité.
par Cédric Lépine