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Billet de blog 28 août 2013

Qui les protégera ? Quatre expulsés de Saint-Denis en centre de rétention.

La consternation : voilà sans doute le mot qui exprime le mieux le sentiment des associations de Saint Denis réunies mardi 27 août.

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© MERVILLESQUE

La consternation : voilà sans doute le mot qui exprime le mieux le sentiment des associations de Saint Denis réunies mardi 27 août. Ligue des Droits de l’Homme, CCFD-Terre Solidaire, la Coordination 93 de lutte pour les Sans papiers, le Mrap, RESF doivent faire face à une urgence. A la suite d’une énième intervention musclée de la police contre les expulsés du 50 et 103 rue Gabriel Péri, quatre d’entre eux Adama SOGOBA, Adama DIABATE, Lancine DIABY et Dramane TRAORE ont été arrêtés et placés en centre de rétention.

Les militants locaux ont déjà connu les difficultés de ce type de mobilisation : celle du collectif des habitants du 76 rue Gabriel Péri commencée en 2008  et qui avait permis après de longues années, la régularisation et le relogement de presque tous les habitants, celle lancée à la suite de l’évacuation du camp rrom du Hanul qui a permis de lancer un projet d’installation pérenne, celle des habitants expulsés du 11 rue Dezobry en décembre 2011  suivie de celle des derniers habitants expulsés du 76 rue Gabriel Péri jusqu’à celle du 59-61 le 21 août 2012 .

D’année en année, l’action solidaire de la Mairie a été de plus en plus difficile à obtenir. Déjà en 2012, la municipalité avait assigné devant les tribunaux les expulsés réfugiés sur le parvis de l’Hôtel de ville… mais n’avait pas fait exécuter le jugement d’évacuation. L'expulsion sans relogement des habitants du "59-61" a été décidée en contradiction avec des décisions prises et votées en Conseil Municipal quelques années auparavant.

Avec l’expulsion des habitants des immeubles des 50 et 103 rue Gabriel Péri en juin 2013, dans le cadre du  Plan National de Rénovation des Quartiers Anciens et Dégradés (PNRQAD), une étape semble avoir été franchie.  Des habitants de Saint-Denis de longue date se retrouvent à la rue sans solution. L’attestation de résidence nécessaire à toute démarche administrative leur est refusée en raison d’un litige sur quelques noms sur la liste des expulsés contestée par la mairie. Et surtout, cette fois ci, le jugement obtenu du tribunal leur interdisant de s’installer sur le parvis de la mairie, une façon de se mettre sous la protection de l’autorité municipale, est appliqué et avec quelle violence !

Les soutiens présents n’en reviennent pas de ce qu’ils ont vécu, du caractère disproportionné  du déploiement de police, de la brutalité des interventions. Délogés du parvis, les expulsés sont pourchassés dans la ville, ne peuvent plus se poser nulle part, voient leurs affaires personnelles confisquées. Samedi 24 août, l'un d'entre eux, désespéré, monte sur le toit de la Basilique. Lundi 26 août, c’est alors qu’ils prenaient un thé dehors, debout, avec quelques soutiens, qu’ils sont interpellés par la BAC pour être ensuite transférés au centre de rétention du Mesnil Amelot.

Et aujourd’hui, les habitants de Saint-Denis, tous les habitants, les expulsés et les autres, n’entendent qu’une chose : le silence obstiné de la majorité Front de gauche-Verts de la municipalité face au sort réservé aux plus précaires d’entre eux.

Qui les protègera ?

La gestion des villes populaires constitue aujourd'hui une épreuve de vérité pour les politiques. Les habitants des squats (des milliers dans une ville comme saint-Denis) et les victimes des marchands de sommeil ne sont pas "hors la ville". Installés parfois depuis longtemps, éligibles au logement social mais exclus par des bailleurs qui pratiquent la discrimination au faciès, ou non éligibles car sans papiers, ils sont les plus précaires, les plus fragiles des habitants. Doivent-ils être traiter comme des dégâts collatéraux ou des gens "en trop" de la rénovation urbaine? Peut-on ainsi "choisir ses pauvres" en excluant des gens bien réels, premières victimes de ce monde, du champ des préoccupations publiques et ouvrir la porte à tous les renoncements? .

Pour plus d'informations : https://www.facebook.com/soutienauxexpulses50103ruegabrielperi

Une pétition est en ligne pour demander la libération d’Adama SOGOBA, Adama DIABATE, Lancine DIABY et Dramane TRAORE .

http://resf.info/P2579

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