Maladif

Le Conseil de Santé Publique de l'USDMHD a pris acte de l'instabilité psycho-intellectuelle généralisée actuelle. Du haut de son belvédère panoptique, il s'adresse aux derniers lecteurs encore vivants qui hantent Mediapart, tant qu'il n'est pas trop tard.

La veille du confinement © A.C. 2020 La veille du confinement © A.C. 2020

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D'innombrables individus ont vécu une Expérience Autarcico-Philosophique Extraordinaire (EAPE®) durant deux mois. Enrichis d'un vécu exceptionnel, ils ont postulé aux postes de Professeur de Bonheur en Ligne (PBL), avec un CV actualisé arborant en première page le Vécu Authentique en Temps Réel de l’Épreuve qui a changé leur Vie. 

Sans s'étonner du nombre d'imitateurs jaillis simultanément de terriers parallèles, ces individus n'ont pas tous saisi la dimension scientifique de l'événement. Pour éclairer leur lanterne, rappelons dans cette introduction fastidieuse que l'expérimentation à l'origine de tels prodiges est l'aboutissement d'un travail de plusieurs années visant à appliquer à grande échelle un protocole d'évaluation philosophico-thérapeutique novateur sur sujet confiné (i). L'objectif initial consistait à évaluer les possibilités d'amélioration du potentiel téléspirituel du primate technophile. Et conjointement l'étude de la résistance psychique chez l'abruti-e en plaine soumis-e à stimulations alternatives et arbitraires de récompense-punition doublées d'injonctions paradoxales.

Le protocole est désormais connu: (1) gavage parentéral du sujet par Film-Cacahuète en alternance avec film d'horreur médical à haute luminosité diffusé en sub- et sus-liminal, puis (2) mesure de pression artérielle et (3) évaluation quantitative d'aphorismes philosophiques émis spontanément. Le risque prévisible était l'aveuglement définitif par la Lumière du Monde puisqu'il n'était pas question de fournir des protections (lunettes de glacier, casques, baudriers), qui auraient inévitablement encouragé à des escapades interdites.

L'expérience a été instructive et même concluante, puisqu'il apparaît à la lecture des résultats que, après des années d'errance et vide spirituel, ces oubliés du Destin ont découvert (enfin) la Sagesse. Et plutôt que d'en garder le secret pour eux, ils ont décidé d'en faire part, généreux et solidaires. Au total, cet essai de durée moyenne encourage à réaliser sans plus attendre des recherches complémentaires et nous proposons de démarrer sans plus attendre la phase 2: essai d'une durée de 3 à 5 ans de confinement plus radical, à renouveler deux à trois fois. Nous attendons validation du conseil scientifique et proposons un démarrage au 2 juin 2020.

 

[Au fait, j'ai croisé cette semaine dans un parc enfin ouvert (grâce à la couleur verte de mon département)  une dame accompagnée d'un chien qui m'a foncé dessus. Elle lui a enjoint poliment d'acter la distanciation zoo-sociale requise, sans se compromettre puisqu'elle ne m'a pas dit un mot. J'ai noté après coup n'avoir fait aucun effort non plus pour saluer, ma bouche figée imitant à merveille le masque chirurgical: j'en conclus provisoirement que ce non-échange humain constitue un dommage collatéral de frappe chirurgicale Covidienne.]

 

Annonces © A.C. 2020 Annonces © A.C. 2020

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Il n'y pas que le confinement et nous sommes loin de prétendre qu'il ne se passe rien du tout, ni d'oublier qu'il y a un problème viral avec des conséquences graves. C'est pourquoi, nous avons décidé dans notre revue semestrielle sur MDPt  de donner la parole à l'Infectiologue boutonneux du Service des Maladies de Troupeaux d'Altitude, spécialiste de zoonoses transmissibles à l'Homme. (Je précise que "Homme", utilisé ici par convention:, désigne le Montagnard Dauphinois®, dont la crasse et la cagoule facilitent la dissimulation immédiate parmi les bouquetins quand surgit le drone du ministère de l'intérieur sur l'alpage). Je cite des extraits de son intervention rassurante (en précisant toutefois que son analyse n'a pas encore été validée par le Conseil Scientifique):

"La maladie qui nous occupe en Dauphiné n'est pas celle des plaines. En bas, l'âge accroit le risque en proportions considérables et on suppose qu'une fois passée, la pandémie retombe. Tout est différent ici. D'abord parce que les montagnards meurent souvent jeunes, surtout ceux que n ous connaissons. [phrase à éliminer lors de la correction-validation, merci]

Je rappelle que ce virus que je préfère ne pas nommer, est peu identifiable et pose des problèmes en Haut Dauphiné a priori insurmontables:

(1) tests négatifs pour malades symptomatiques, anticorps souvent absents après la maladie, immunité incertaine sinon improbable

(2) cas asymptomatiques nombreux qui transmettent la maladie tandis que la clinique des cas symptomatiques est sans spécificités, variable, pouvant imiter à peu près tout..

(3) surtout, nous découvrons que le problème principal se situe après la "première vague" ce qui amènera une saturation inéluctable de nos refuges sanitaires, leurs pharmacies rudimentaires étant insuffisantes pour soigner les bataillons de montagnards qui débarqueront dans la tempête, tremblant de fièvre et bavant. Les limites de contenance d'un refuge-bivouac sont très strictes et il faut savoir que la position tête-bêche qui connut ses heures de gloire ne protège pas de la contamination, pas plus que les couvertures moisies au sortir de l'hiver.

En fait, ce virus pose un problème sérieux puisque après six mois d'épidémie, quand on espère sa chute saisonnière, les patients guéris rechutent de manière gravissime pour la majorité cette fois-ci, tandis que ceux qui ont échappés à la première vague sont contaminés inexorablement.

A ce jour, aucun traitement efficace. Les molécules essayées provoquent plus de décès que la maladie. Aucun vaccin ne pourra être fabriqué, puisque son efficacité sera nulle sur les populations à risque selon toutes les études préliminaires et qu'il apparaît qu'à la deuxième vague, tous les sujets sont à risque.

La virulence est nettement aggravée par la pollution, le brouillard, le temps sec. Le virus est très actif en refuge même vide, également dans la tempête, la rosée est un facteur aggravant, comme le port du knickers mais le short est contre-indiqué. Les périodes les plus dangereuses se situent à toutes saisons en particulier au lever du soleil, puis dans la matinée, en début, milieu et fin d'après-midi, en soirée et aucrépuscule, et il faut à tout prix éviter la nuit.

Les chercheurs sont divisés sur les chances de trouver une solution d'ici 2050. Démoralisés, ils passent leurs heures de travail en chômage partiel à boire, ce qui ne constitue en aucun cas une prévention ni pour eux-mêmes, ni pour leurs proches.

Cette situation sanitaire est donc assez facile à conceptualiser, ce qui permet de produire des recommandations simples, applicables de manière autoritaire pour permettre des résultats qui seront certainement nuls. Il s'agit d'abord d'éviter tout mouvement de panique inutile, ce qui ne changera en fait absolument rien. C'est pourquoi, nous proposons un confinement définitif des populations, qui ne permettra pas d'éviter la pandémie mais évitera tout effort inutile."

Avenir © Zoé Journet - 2019 Avenir © Zoé Journet - 2019

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Nous regrettons de devoir, suite à des menaces de l'Infectiologue, de transcrire également la suite de son discours (en partie):

"En conclusion, nous diviserons la population en trois groupes:

1- le groupe des victimes amené à s'étendre progressivement à toute la population. Par pudeur et décence, nous ne nommerons plus les victimes qui seront coupées du reste de la population et n'apparaîtront que dans la comptabilité générale, sous l’appellation de "pertes" définies numériquement, jamais nommées, ni singularisées.

2- Le groupe des inutiles, dorlotés d'une manière éhontée durant leur confinement total et jusqu'à leur contamination future inéluctable: ils ne pourront sortir sous aucun prétexte (donc nul besoin d'attestation!) et devront se passer des biens essentiels. Leur mission est simple: ne pas déranger les utiles.

3- Les utiles seront célébrés par des applaudissements (seule tâche confiée aux inutiles) et serviront nos institutions qui feront semblant de maintenir notre société en état de marche, de chercher des traitements introuvables, de soigner une maladie insoignable. Leur principale mission (et la dernière) sera de surveiller la population et communiquer sur les règles à respecter en attendant la contamination finale.

Une circulation naturelle fera passer les individus d'une catégorie à l'autre, confirmant la fluidité sociale dont nous sommes fiers: un utile pourra être remplacé par un inutile et réciproquement, jusqu'à rejoindre le groupe des victimes, destination égalitaire obligatoire à court terme. Les victimes ne pourront rejoindre les autres groupes puisque ce statut est définitif (les fausses rémissions ne tromperont personne).

Il va de soi que la divulgation de cette répartition est susceptible d'occasionner des troubles durant la période d'adaptation, mais celle-ci ne devrait pas durer longtemps compte tenu de la virulence. Ainsi, ils ne devraient pas déranger durablement l'ordre inévitable des choses."

 

Je dois quitter, le télétravail m'appelle.

Les actualités de l'USDMHD sont encore ici. De plus en plus inactuelles et périmées, non encore désinfectées.

 

(i) Protocole conçu dans nos laboratoires de neurosciences appliquées.

 

 

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