Josif

Démarrer l'année quand tout fout le camp suscite un trouble profond. Si l'euphorie Médiapartienne faiblit malgré une prescription de produits connus pour leur efficacité en altitude (avec degré alcoolique suffisant), une analyse rigoureuse s'impose. Cette question légitime et prioritaire fait l'objet de l'introduction au cours de sémiologie des médias de l'USDMHD (Master 3, 2016).

 « Un seul médiapartien vous manque et tout l’Alpage est dépeuplé »
(Marine De l’Alpe-Thanos, Dernières Reptations Alpoétiques)

Augures © usdmhd- media Augures © usdmhd- media

1 - Griszlif

Aube blafarde des jours trop courts (1), paysage glauque et sans neige (2), paire de chaussures abominablement crottée stationnée devant la porte du refuge (3).

Dans son émouvante et brutale simplicité, ce triptyque funeste offre au sémiologue alpin sa terrifiante proposition. Quelques secondes de décryptage prémonitoire sommaire suffisent au professionnel pour conclure. Abattu, contrit, déconfit, il se prononce doctement et sans hésitation :

-          Avant même de commencer, 2016 semble mort. Morte. Mort. Morte. Euh… Au fait, faut-il masculiniser l’année ou féminiser l’an ?

-          Et, ajoute une voix tapie dans l’obscurité absolue de la raison raisonnante, un nombre pair est-il masculin, un impair féminin ? Si 2016 est mort, 2015 était morte ?

Quelle idée ! Pourquoi ces questions ?1 En ce début janvier, les titulaires de l’académie littéraire alpine butent, dès le premier paragraphe d’un billet publié sans modération a priori, sur les énigmes orthographique et mathématique qu’ils ont eux-mêmes créées. Or, chacun sait que soulever, dès l’introduction du premier cours d’une session de formation, un problème de grammaire liminaire référant aux théories du genre appliquées aux mathématiques, non seulement rompt la progression logarithmique du cours magistral en digressant inutilement, mais surtout engendre automatiquement des joutes d’une violence inouïe. Agir ainsi, c’est prendre un risque considérable, faire fi de l’état d’urgence, mettre en danger la pérennité d'un site aux abois accueillant le blog.

Inutile de hausser les sourcils, ou relire la révision décisive récente de notre charte régionale qui, je rappelle, oblige à rendre compréhensible chacune de nos assertions et/ou publications. Et aussi nos aphorismes les plus sophistiqués. Je rappelle également que nous sommes tenus de clarifier nos arguments en les énumérant selon la rigoureuse chronologie de la logique implacable qui fait notre réputation. Rappelons à propos, pour l’anecdote, que cette logique, qui honore chacun de nos raisonnements comme l'ensemble de nos commentaires en témoignent,  permet d’écraser sans difficultés celle, toujours douteuse dont l’adversaire vacillant fait systématiquement preuve (étrangeté qui tombe à point mais qu’il nous faudra creuser un jour).

Puisque nous avons abordé cette logique qui rend envieux nos rivaux scientifiques (au point que la plupart d'entre eux s'auto-blogo-mutilent à défaut de contrôler leur frustration), et avant de revenir au sujet du billet, sujet que nous avons quitté avant même de l’avoir abordé, j’en profite pour faire une parenthèse pédagogique. Activez vos neurones SVP, attention :

Métaphorisant la logique formelle régulant l’expression de notre structure argumentative percutante, je dirai qu’il en va de son déroulement exactement comme de celui des longueurs de corde qui se succèdent inéluctablement le long de l’arête des Cosmiques. Notez à propos de ces longueurs enthousiasmantes qui louvoient entre terre et ciel et font rêver les chamoniards bien logés que, même par temps de brouillard, il est absolument impossible d’en inverser l’ordre ou de supprimer celles qui dérangent. C'est ce qui différencie la véritable course de montagne du texte vicieux proposé au vote de l’assemblée nationale. Quant à l’arête des Cosmiques, sa célébrité date du récit héroïque qu’en fit un valeureux ex-fiscalo-ministre, rapportant avec une rare objectivité le courage exemplaire dont il fit preuve lors d’un épisode édifiant. Episode destiné à faire l’objet des cours d’instruction civique à tous niveaux scolaires à défaut d’être honoré par un jour férié national. Pour faciliter la compréhension de ce paragraphe à ceux qui n’ont pas révisé leur cours d’histoire, je rappelle que l’épopée des Cosmiques mit en scène autrefois un Homme exemplaire, capable de stimuler, alors qu’il n’était qu’un simple adolescent, le moral de son guide, un dégonflé (probable déchet de la généalogie darwinienne) que la météorologie faisait trembler. Exprimer son caractère viril et modeste permit à ce jeune héros de revenir couvert d’une couronne de lauriers en goretex, brandissant haut le phallo-piolet et exhibant sa face cramée aux UV (rien à voir avec les minables rougeurs de la honte).

(Cet épisode des cosmiques est un, passage obligé qui a été mille fois évoqué sur ce blog, nous ne nions pas. Mais l'analyse d'un tel événement ne connaît pas de fin. Merci donc de ne pas interrompre!)

LIre dans le ciel © usdmhd- media LIre dans le ciel © usdmhd- media

Reprenons. Nous avons décrit au premier paragraphe, en trois courtes propositions juxtaposées ((1), (2) et (3)), le paysage dégrisant du début d'année (Cf. haut de page). Ce faisant, nous avons créé une image affective dans la tête embrumée de notre lecteur (il faut vraiment tout expliquer!). Une image faisant sens pour les plus expérimentés mais qui sera analysée avec bienveillance dans un instant, à l’intention des débutants. (Ceux-ci peuvent contacter leur professeur en cas d'abandon précipité de cette formation).

Comme on a vu, au moment de produire cette perspicace analyse, alors que nous étions fermement décidés à extraire des trois facettes du tableau les principaux éléments météo-géo-morphologiques définissant sa structure mélancolique, une interrogation soudaine fut formulée par des grammairiens embusqués concertés. Cette intervention perverse et dilatoire, suspendant (temporairement) notre réflexion, était, comme on devine aisément, destinée à déséquilibrer notre texte. Qu’importe! Le présent écrit fera date quand même, ce dont vous conviendrez, sitôt avoir pris connaissance du cœur du propos de ce billet, lequel sera examiné avant le bas de cette page (promis, juré, comme vous savez, vous pouvez nous faire confiance).

(Je profite d’une pause respiratoire pour remercier les responsables de MDP, qui, en dépit de leur croissante perplexité et d'une fréquence anormale d'alertes répétées, nous laisse continuer.)

L’explication promise finale approche, soyez-en sûr, d’autant qu’il n’est pas question de déroger à notre habitude de respecter profondément ceux qui ont assez d’intelligence pour nous lire : hors de question de les priver d’un apport qui n’aura rien d’un propos de comptoir, d’une redite, d’une singerie comme on en voit souvent. Il en est d’autant moins question que je sais à qui j'ai affaire, et je le proclame avec sincérité et sans flagornerie, que mes lecteurs appartiennent à l’élite de l’élite. Et peut-être même l’élite de l’élite de l’élite. (Contrairement aux autres lecteurs). Pendant que j’y suis, j’en profite pour les remercier pleinement en ce début d’année de leur lecture attentive et obséquieuse, tout en sachant qu’ils le font pour leur plus grand profit et peuvent donc, sans fierté mal placée, me/nous remercier chaleureusement du cadeau que je/nous leur faisons. Cadeau sans contrepartie, autant qu’ils s’en souviennent, ce qui les endette définitivement. Surtout si l’on pense au travail fourni ici (en serrant les dents ou ce qu'il en reste) à un lecteur avachi devant son écran, ayant du mal à garder les yeux ouverts. Si l’on pense que ce travail considérable représente un engagement et un courage remarquables, sans parler du manque à gagner que je préfère ne pas chiffrer pour ne pas mettre la honte.

 Encore une remarque pertinente: avant d’aborder la substantifique moëlle de ce billet (cette gluante substance qui en sera sa seule justification, qui sera projetée bientôt, bien saignante, sur l'écran qui vous hypnotise, salissure dégoulinante définitive), avant d'aborder donc, cette matière épaisse et molle qui précédera de peu le final cathartique conclusif, je dois vous inciter à la plus grande prudence : surtout, ne sous-estimez pas trop vite l'importance du débat de grammaire philosophique  qui vient d’être infligé, que les naïfs jugeront secondaire. D’ici peu, il s’avérera central (peut-être plus que ça encore) et mobilisera l’ensemble des énergies locales, régionales, peut-être même les ressources nationales Médiapartiennes. Il inspirera des pétitions revendicatrices impitoyables, virulentes, réveillant une vigueur juvénile plaisante à voir, une tempête de commentaires et de messages personnels saturant les logiciels de messagerie comme l’eut fait d’un village sous la muraille un nouveau séisme au Népal (imager ne veut pas dire souhaiter, attention !).

Ceci étant, je ne peux cacher aux esprits affutés (eux qui guettent la phrase suivante, comme le trappeur l’arrivée du Grizzly) que notre travail de défrichage préalable destiné à contrer l’attaque des grammairiens (à coup sûr des savoyards !) peut obscurcir l’horizon. Que cette discussion imprévue mais incontournable (hélas), risque d’aveugler la perception d’analystes dont le champ de vision se voit réduit à cet axe unique assimilable à une droite sans épaisseur.

Je n’abuserai pas plus de votre patience, j’ai promis, j’assume : il est temps d’accoucher. Abordons la question du Gris-zlif.

 

Croix céleste © usdmhd- media Croix céleste © usdmhd- media

2- Mortif

Le débat digressif ci-dessus, impulsé par les grammairiens concertés contre notre volonté, a été interrompu brutalement sans être véritablement abordé, parce qu'il nous faut revenir à notre projet initial. A y bien réfléchir, il nous coûte de le laisser en plan. Notre déception équivaut exactement à celle du rochassier contraint d'abandonner quand, après avoir surmonté les difficultés de la paroi qu'il convoîtait depuis des années, que le sommet lui semble à portée de main, il doit descendre à toute allure parce que la météo clémente jusque-là décide soudain d’en finir avec lui. D'en finir avec nous. Avec vous.

Oui, délaissant, au plus grand regret des lecteurs, cette discussion passionnante qui aurait été probablement décisive, la délaissant au moment où elle allait prendre cet envol magnifique ouvrant aux horizons heureux susceptibles de rendre le moral aux pires défaitistes pullulant dans nos régions, je tiendrai parole, résistant aux sirènes de l'instabilité discursive, de l'incohérence, du non-sens quitte à faire une erreur valant daechéance régionale. Le risque est mon métier: pas question de réfléchir quand l'ivresse du combat commande aux décisions.

Je vais donc maintenant assumer l'engagement solonnel stupide qu'un trébuchement irréfléchi m'a fait inscrire sur le clavier. Je paierai le prix de ma parole fatale. Fatale, parce qu’annoncer avoir la peau de l’ours sans l’avoir tué est risqué (il en est de même pour n'importe quel migou), c'est un pari anxiogène même pour un roi du bluff élu aux élections régionales.

Mais, Dieu soit loué, je plaisante, ici, aucun bluff, rien que cartes sur tables, vérité vérifiée attestée, mains calleuses sur coeur bouillonnant et sincère, mots qui engagent et correctement orthographiés (sauf quelques fautes disséminées ici ou là pour faire authentique, ne pas humilier le rival universitaire qui, sans imperfections innocentes, n’aurait pas ce précieux grain à moudre, à broyer, à brûler…)

Ce que j’ai à dire n’est pas empreint de la gaieté attendue. Je n’irai pas jusqu’à courber la tête sous l’échafaud, ni à adresser à une personne précise cette prière, je ne dois rien à personne sinon à moi-même (je me suis fait tout seul, combattant seul contre tous et ces tous-là n’étaient pas des plus tendres). Mais j’ai promis, donc je vais parler.

Hélas, trois fois hélas, il me faut faire l’analyse de la situation, telle que je l’ai promise, sans enjoliver la situation.

Spectres, inquiétudes, etc. © usdmhd- media Spectres, inquiétudes, etc. © usdmhd- media

Ce matin de janvier, la grisaille n’a pas englouti sans raison notre paysage intial dans ses trois dimensions. Cette décoloration générale annonçait le pire: la décoloration, ô combien prévisible hélas, de la quatrième dimension. Celle qui, ici, détermine l'espace et les condtions d'existence. Rien moins que ça: oui, cette dimension qui relève de l'adminstration de l’Ogresse Clubomédiapartie. Une Ogresse au genre horriblement trouble, sujet qui, étrangement, n'est guère discuté.

Clubomédiapartie, la Dévoreuse du Temps, la Droguée, la Toxique, la Perverse, jouissant de la soumission des esclaves, faisant d'eux des êtres d'autant plus aveugles qu'elles les confortent, la Vicieuse, en les assurant de leur clairvoyance, les faisant hurler à tout bout de champ qu’il maîtrisent leur liberté, que jamais, ô non jamais, ils ne se laisseront dominer par quiconque, trop habiles à dépister les stratagèmes du pouvoir maléfique, qu’ils sont capables de détecter aux premières moustaches émergeant du brouillard matinal, avant même d'avoir salué.

Clubomédiapartie, après avoir envoûtée ses victimes, leur faisant miroiter les couleurs surréelles du débat en ligne, soudain, crache son jet d'encre de chine, décolore salement les ours les plus sauvages, transformant des grizzlis lumineux et redoutés en malheureux griszlys aux griffes insaisissables, transparentes. Elle fait disparaître les héroïques pan-pan-lapins, ne laissant que de pauvres cadavres criblés de balles de chasseurs.Quant aux taupes invasives et bigleuses, elle les préserve plus longtemps que la moyenne, imitant en ceci la malice du destin qui offre la meilleure longévité aux dictateurs (dont la profession vaut la meilleure des mutuelles-santé, selon les constatations de la faculté).

L'Ogresse, en ce début janvier, après avoir dégommé définitivement en  2015 quelques êtres assez puissants dans la vallée médiapartienne pour avoir pu transférer un peu de leur irremplaçabilité2 sur la toile, au point qu'on croyait les connaître mieux que le collègue du lundi, après donc avoir plongé dans l’immonde et impénétrable vallée du souvenir ces visages attachant, l’Ogresse fait maintenant disparaître des ploucs patentés, avalant leurs écrits d'or dans sa bouche insatiable. Pourquoi cet acharnement? S'attaque-t-elle à ceux qui  connaissent l'antidote à ses poisons redoutables?

L'Ogresse va-t-elle continuer à jouer, à griser visage après visage, va-t-elle distiller cette folie virtuelle qui confond les vivants et les morts, nous communiquant sa propre indifférence immatérielle? Quelle logique l'habite, elle qui aspire sans effort la famille des G, après Julie G., Joseph G. ? Et que signifient ces G., cette marque de famille étrange, fascinante? S'agit-il des ancestraux Géants de la Montagne, dont nous parlaient les anciens aux veillées, eux qui, contre l'affolement du temps, les points de vue allergiques, les décisions prises dans la panique, savaient remettre les pendules à l'heure?

Merci pour votre écoute attentive. Et bonne année aux présents, aux absents.Aux présents-absents.

Couleurs disparues de l''hiver tardif © usdmhd- media Couleurs disparues de l''hiver tardif © usdmhd- media

 

1 La partie 1 échappe à partir de ce point (et peut-être depuis déjà quelques lignes) à tout contrôle. Pour une lecture constructive, il est conseillé de passer immédiatement à la partie 2.

2Les irremplaçables, Cynthya Fleury (3 y) Gallimard. Lien dans le texte.

Les actualités de Janvier de l'USDMHD (qui n'en sont pas puisque les professeurs font actuellement la grève du zèle en salle de café, et attendent pour publier leurs travaux de recherche) sont accessibles comme d'habitude ici.

Et en cadeau de début d'année, on rajoute in extremis, ce lien à un texte d'Erri de Luca dans la revue thématique de Mountain Wilderness, (effets climatiques en montagne) page 18 du document pdf)

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