Pétitif (1)

 Le monde est dur. (i)  

 

Le monde est dur. (i)

 

Processus élévatif (vue du dessus) © A. Chellous Processus élévatif (vue du dessus) © A. Chellous
 

Nos champions régionaux nous expliquent qu’il faut le gagner à la force du poignet. Ils omettent de préciser que ce combat élévatif implique au minimum une articulation opérationnelle associant souplesse et puissance nécessaire aux pompes et tractions, pratiques qui sont familières à l’alpiniste (c'est connu) mais également au randonneur moderne que les bâtons télescopiques ont rendu supersonique (événement dont on n’a pas encore pris la mesure) (ii).

Depuis des années, nous étudions auprès de nos unités d’élite ce processus d’automatisme ascensionnel qui les agite. Selon nos cliniciens, ce mouvement paradigmatique corrélatif d'une réussite socio-alpine et politique que tous ici envient est un symptôme pathognomonique du trouble obsessionnel sévère de l’unité multicellulaire grimpante (iii). Il exprime une pulsion irrépressible qui propulse vers l’avant (critère 2), quasiment jamais vers le bas (critère 1) et vise incontestablement le progressif par (ou et) le compétitif. Accessoirement ou prioritairement l’audimatif. Au total, il s’agit de la variété la plus pure du registre pétitif (iv).

L’objet de notre recherche serait donc un processus néo-darwinien typique qui caractériserait sinon déterminerait le vivant. Ce qui donnerait la plus haute valeur à notre recherche dont l’étendue des applications et des perspectives en termes de brevets, d’impact économique et de retour sur investissement serait inédite. Jugé à cette aune, le niveau de financement public demandé (détail en annexe) apparaîtrait pleinement justifié (et même étonnamment modeste). (v)

Afin de mieux convaincre de la solidité du corpus argumentatif soutenant l’intérêt prospectif de notre travail, j’ajouterai qu’il s’agit d’extraspecter in vivo l’activité d’un bipède d’alpage descendu du singe dans le seul but de monter mieux que lui. Que notre étude nécessite pour raisons de réalisabilité technique (et c’est un des motifs à notre demande de fonds) un dispositif spécial d’observation. En effet, ce bipède s'activant toujours à s’échapper par le haut, le processus que nous analysons déborde rapidement la zone de surveillance, ce qui impose de limiter son parcours à une petite surface de rocher ensoleillé cerclée de barbelés (prévoir un fil de classe I, quatre fois 60 mètres). Notre procédure, qui équivaut à chercher sa clef sous le réverbère plutôt que dans l’obscure rue d’à côté où on l'a laissée tomber, a été validée par la Haute Autorité Scientifique pour son excellente prédictibilité des résultats.

Ajoutons que les dimensions psycho-physiques et environnementales déterminant la situation alpine sont abordées chez nous dans une perspective résolument omni-scientifique en faisant gaffe d’éliminer tout vagabondage amateur : à l’ère du cognitif formalisable, pas question de spiritualiser ni d’irrationnaliser.

N’hésitez pas à demander notre brochure explicative complémentaire, détaillant les modalités des expériences envisagées. (vi)

Dernier point. (vii)

Nous présenterons nos premiers résultats (confondants) dès réception de votre chèque.

Cdlt.

 

Au nom du responsable de l’unité, A.C. (viii)

 

PS : Je déplore la mise en ligne de cette note, imposée par ma hiérarchie au prétexte d'introduire l'article pétitif à venir en 2 parties (Pétitif 2 - Festival et Pétitif 3 - Pic du Meyrit) : cette présentation confidentielle destinée au service comptable et à personne d'autre n'a pas franchi le contrôle qualité.

 

Matin de juillet 14, Veymont. © A. Chellous Matin de juillet 14, Veymont. © A. Chellous

 

(i)   Même là où ne règne pas la guerre ce qui est le cas pour l'instant en Dauphiné mais nous n'irons pas jusqu'à comparer l’incomparable.

(ii)  La Haute Autorité de Santé préconise l’usage obligatoire des bâtons au-delà de 40 ans : « L’usage du bâton en pression verticale symétrique constitue la meilleure préparation à l’usage du déambulateur futur ». (Conférence de Consensus de Briançon, 2014)

(iii)  Nous parler Français. Ecrire pour bipèdes civilisés. Eduqués. Qui avoir dictionnaire et savoir lire.

(iv)  Négligeant le champ sémantique du pétitionnant répétitif, notre diminutif s'éthymologise de compétitif lui-même né du pétif (Cf. péteux, suffisant).

(v)  L’usage du conditionnel nous dispense: 1/ de citer des sources solides, recherches chronophages donc dispendieuses (tempus est pecuniam qui non facit felicitas),  2/ de devoir préciser nos concepts en cours de conception car on ne peut pas tout faire.

(vi)  Référence PET-PET/ISO-08-2014

(vii) Point non abordé dans cette version du texte. Ni dans aucune d’ailleurs.

(viii) Notre humble directrice n'a pas jugé bon de signer elle-même.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.