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Billet de blog 27 mai 2017

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L'insoutenable légèreté de la marche

Définir le Macronisme est une tache qui s'avère ardue. La pensée d'un homme semble tenir lieu de définition. Entre le personnalisme d'Emmanuel Mounier et un libéralisme décomplexé, Emmanuel Macron a réussi à imposer une nouveau centrisme. Le plus remarquable dans le débat actuel est cette façon d'être partisan sans le paraître en donnant à penser que cette ligne politique est la seule possible.

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Il y a une vraie légèreté dans la façon dont les partisans de la République en marche parle politique. Aucun argument n'est suceptible de les atteindre tant ils sont persuadés de ne pas défendre un camp mais l'interêt général. Toute critique du fameux projet Macron, se heurte à quelques phrases types et assez convenues : "De toute façon, on a tout éssayé, il faut du neuf", "vous n'êtes pas objectif, vous vous êtes partisan ..." "il faut donner au Président une majorité pour pouvoir travailler". Donnons un peu d'épaisseur à ces arguments et tentons d'y répondre : 

Le premier argument sur la nouveauté est un classique de la mythologie politique. La force de l'argument tient beaucoup à l'époque que nous traversons. Ce qui est neuf fait vendre ... Il s'agit la d'un des moteurs de notre économie de consommation qui est devenu un des leviers des actuels mouvements politiques. Le "dégagisme" mélenchonien, "le tous pourris" du FN, au "en finir avec le monde ancien" des bienveillants marcheurs ! Pourtant la pertinence de l'argument reste très discutable. Une chose serait elle par essence bonne car nouvelle ? Cette question semble superflue tant l'époque privilégie à n'importe quel prix la valeur nouveauté. L'autre question plus fondamentale est de se demander ce qui est réellement nouveau ? Pour reprendre l'interrogation de Deleuze :"mais à quelles conditions le monde objectif permet-il une production subjective de nouveauté". La nouveauté doit se penser et s'évaluer, elle n'a pas pour tâche de détruire, mais de créer. La nouveauté ne réclame pas la fin d'un monde ancien, elle ne prescrit rien, ni ne prétend représenter personne ... La nouveauté doit permettre de dépasser notre expérience, d'élargir le champ de notre pensée  ... Deleuze parle de "transcender" l'existant. Est ce vraiment le sens du changement intervenu avec Emmanuel Macron ? Sa  manière de se situer par rapport aux partis et son entreprise de destruction de l'existant, une très vieille façon d'envisager la démocratie, entre mystique Gaullienne et analyse freudienne du peuple à la recherche d'un chef (1), la verticalité décisionnelle revendiquée, ne sont pas et ne peuvent pas être une création de neuf. Il s'agit d'un scénario bien écrit qui fait passer pour de la nouveauté un produit recyclé. 

L'objectivité maintenant de la démarche politique censée réunir "le meilleur" de chaque camp. La ficelle est énorme mais pour l'instant fonctionne. Il a été surtout réuni de chaque camp ceux qui ont voulu par opportunisme ou par convictions quittés leur famille d'origine, attiré par l'attraction de la comète Macron. En rajoutant des ingrédients de tous les horizons votre soupe n'en est pas meilleure. Elle peut devenir carrément indigeste quand les partisans et les opposant du mariage pour tous, les opposants et partisans du texte sur l'égalité Femme/Homme, les partisans et les opposants du tiers payant généralisé s'assoient à la même table. Le qualificatif de "meilleur" est insultant pour tous ceux qui ont fait un autre choix en restant fidèles à leurs convictions. Ces ralliements instillent l'idée que le projet Macron se situe au dessus des clivages, aboutissant à un paradoxe : enroler des personnes dans un projet partisan en se déclarant en même temps bien au dessus de tout ça. Un numéro d'illusionniste particulièrement réussi. LREM est un parti avec une ligne politique et en tant que tel ne peut s'extraire de la subjectivité partisanne. Mais pour l'instant, l'histoire des femmes et des hommes de bonne volontés au service de leur pays efface toutes les contradictions du postionnement Macron. Vouloir autonomiser l'école primaire, généraliser l'inégalité des statuts des salariés en prônant la toute puissance des accords d'entreprises, désencadrer les loyers mais encadrer les indemnités de licenciements, sont des options éminements partisannes qui ne trancendent certainement pas le clivage droite gauche, elles sont de droite, droite droite ...Et dans une insouciance étonnante, la LREM et ses candidats ne plongent pas dans ce débat pour rester sur leur piedestal de l'interêt général. D'ailleurs, l'affiche électorale de tous ces candidats de LREM a pour seul message la photo d'Emmanuel Macron ... Est ce vraiment un message politique ?

Mais oui, bien sur, c'est LE message, car "il faut donner une majorité au Président". C'est la que le tour de passe-passe atteint son sommet. Toute la campagne présidentielle a été sur le thème dominant de la fin du monde ancien ... Oui mais voila, ça c'était avant ! Maintenant, on fait appel aux plus vieux réflexes de la 5ème République, en particulier celui qui consiste à donner une majorité mécanique au Président pour qu'il puisse travailler et appliquer son projet ! Voila une bien ancienne façon de raisonner. Elire des députés "godillots" renforçant le coté vertical des décisions du monde nouveau. On serait plutôt dans le meilleur des mondes à ce stade. la modernité, être progressiste, serait plûtot de rechercher des majorités d'idées, de croire dans la capacités des députés de raisonner et de chosir l'intérêt de leur Pays. L'inquiétude grandit encore, en constatant que malgré l'écrasante couverture médiatique du candidat Macron, puis du Président  Macron, son parti demande, avec un culot incroyable de ceux qui se croient tout permis, au CSA, d'enfreindre les règles établies pour augmenter encore l'hégémonie de la présence macronnienne sur les écrans ... Quelle légèreté inconsciente de ces nouveaux petits marquis si sûrs de leur domination.

Cette campagne législative commence à ête rythmée à nouveau par les sondages   ... Ils pèsent sur les consciences et créent les conditions de l'inéluctable victoire de LREM. Beaucoup ont été spoliés de leur vote du premier tour des présidentielles sous la pression du FN.  Nous ne devons plus permettre que la prise de pouvoir de cette idéologie qui ne dit pas son nom soient finalisée. Cette idéologie qui veut mettre la République en marche cadencée doit subir un coup d'arrêt. Mon pays avant tous les partis ...LREM est un parti politique qui se pose comme le soutien inconditionnel d'une action libérale, centralisatrice, et autoritaire. L'intérêt de la France et des Français se situe ailleurs .... Il est encore temps par le vote d'empêcher la transformation du pays en gigantesque entreprise ou le mérite et la performance seront évalués selon des critères de rentabilité, ou "l'homo économicus" assurera sa domination sur "l'homo sapiens". Cette marche insouciante, d'une légèreté insupportable, permettant la victoire de l'économie sur la sagesse peut encore s'arrêter les 11 et 18 Juin. 

(1)  https://blogs.mediapart.fr/alain-dayan/blog/060317/emmanuel-macron-le-trou-noir

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