Stylo et page blanche. Ou j´accroche ou je flanche.

Je pleintube de trop à toujours déconner. La poudreuse c´est vrai peut cacher la crevasse, mais piste n´a jamais empêché l´avalanche. Et le soleil sur les flocons non abîmés?!…

Fasciné, je m´enfonçais et rencontrais une cabine téléphonique complètement enneigée.

• Personne ne me voit ni les fils électriques, c´est de là que je t´appelle… Tu es bien?… Comment va l´enfant?… Ici… Le temps… Pourtant… Pour remonter?… Ah oui, va falloir y songer!… La terre est loin et je n´ai plus de pièces.

La fonte du délire est venue me chercher, revoilà de l´air libre et la neige enchantée.

- Dis-moi?… Il y a longtemps que tu as quitté la piste?… (Fais gaffe y´a un rocher!)

• ?!?!…

- En bas dans la vallée, c´est le cirque d´hiver. Là faut y jouer… Et là sur le coteau, une maison lumière dans une vigne rouge entourée d´un verger, et d´un petit théâtre dans un bois d´oliviers… Là on peut y rêver… Aller leur dire ?!… Rassure-toi, ou tu es déjà barré ou bien tu suivras pas. Tiens voilà la prairie et la planche à roulettes, nous longerons ce temps sur un tapis volant… Une nuit dans une crevasse j´ai rencontré un glacier. Une aurore boréale un jour m´a réveillé… Il n´y a rien qui ne s´efface… et tout se trace… une histoire de souffle… de respiration. C´est quoi d´autre? S´aimer?…

• !!!…

Ce soir les murs suintent des larmes qui n´avaient pas séché. Ici l´on boit le café comme l´on prend le mauvais médicament de l´habitude. D´un trait. On coupe  le chaud de froid pour aller plus vite. Pourquoi. Mes petites gorgées font attendre ma tasse. Prendre le temps de vivre ici n´a pas de mise. On attend de mourir. Ça m´angoisse des fois le cinéma tragique quand je passe dedans. C´est dur de se raconter toujours les mêmes histoires. Ça fait que l´on parle toujours des mêmes choses. Tous les jours sont les même réglés, télévisionnés, avec l´évolution de la santé et celle des mots croisés. C´est exactement ça. Les mots doivent se croiser. S´ils s´écoutaient un peu, c´est la crise cardiaque ou son aspect somatisé. Il n´y a rien à faire pour ne pas y arriver. Ça vibre pas vraiment bien avec le silence, la pompe à chaudière. Mazout. Dernier modèle. Faut pas trop s´y péguer les ailes et l´on peut repartir avec la muse du moment… Quelle folie le chevauchement!… J´ai pas envie d´écrire et bien plus de penser… Avant de poser la lumière et d´éteindre le stylo, je pense à un enfant…

Voilà. Je n´ai pas de tristesse ce soir à emporter, mais un peu de tendresse sur l´oubli du baiser. Le crayon, les ciseaux, le cendrier plein sur la table de camping tachée d´huile de shit… c´est presque pathétique sous la lumière du rétro plafonnier… Ça swingue le silence… La muse de ma pensée est blonde et s´appelle Mimi. En bas il y a les vieux qui attendent le train qu´ils ne prendront jamais. Quant à moi, avec un sac de plus et quelques jours en moins… Un moteur ronronne, dans presque bientôt c´est l´heure de partir. Lunettes.

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