BAS LES MASQUES (4)

Nous étions le 26 MARS 2020 ... Du confinement à la déconfiture. Essayer de ne pas se laisser noyer dans le flot diarrhérique des médias de l'Empire, qui racontaient tout et n'importe quoi pour instaurer le peur et le désarroi ... et les lois d'exception. Essayer de garder une distance critique quand la panique s'instaurait dans les esprits.

Bas les masques © AGB Bas les masques © AGB

Les méthodes de géolocalisation pour traquer les porteurs du virus utilisées en Corée du Sud ou à Taïwan pourraient être importées en France?

Comme le précisait Le Parisien hier, 25/3, dans son article "Bientôt tous traqués?", la Corée du Sud a par exemple "permis de faire temporairement exception à leur vie privée afin de faciliter le traçage des personnes infectées et de tester leur entourage à son tour. Les déplacements des malades sont ainsi reconstitués au travers des images de vidéosurveillance, de leurs transactions bancaires et du bornage de leur smartphone. Les proches de toutes les personnes contaminées sont contactées sur leur téléphone et invités à se faire dépister. Des SMS sont envoyés aux Coréens lorsqu'un nouveau cas est détecté près de chez eux ou de leur travail. Le nom du malade concerné n'est jamais divulgué (..) Mais le texte envoyé signale tout de même le sexe, l'âge et le numéro de dossier de l'individu en question, tandis qu'un lien permet de consulter la liste de tous les lieux où il s'est rendu."

Et en France? De fait, la loi renseignement de 2015 permet déjà à l'État de surveiller la population pour diverses finalités, comme le souligne cet article de La Quadrature du Net publié le 19/3. https://www.laquadrature.net/2020/03/19/contre-le-covid-19-la-geolocalisation-deja-autorisee/ L'auteur de l'article s'interroge : "Nous n’avons à ce stade aucune information permettant de corroborer l’utilisation de ces pouvoirs de surveillance dans le cadre de la lutte contre l’épidémie du virus COVID-19."

Une première réponse nous est parvenue dans un article du Canard enchaîné du 25/3 qui dévoile que, si l'on a annoncé que 17% des parisiens avaient quitté Paris pour se mettre au vert la veille du confinement, c'est parce que le ministère de l'Intérieur avait calculé le chiffre à partir des données de géolocalisation fournis par les opérateurs téléphoniques.

Exode viral © Canard enchaîné Exode viral © Canard enchaîné

Ce qui a été confirmé ce 26 mars sur Europe 1 par le PDG d'Orange, qui donne même des chiffres plus précis que ceux du ministère de l'Intérieur (merci qui? merci Orange, qui nous promet "toujours plus"..), mais veut nous rassurer en expliquant qu'il n'y aura pas de traçage individuel de la population, même si c'est techniquement possible..

https://www.europe1.fr/emissions/L-interview-de-7h40/geolocalisation-des-malades-du-coronavirus-il-ny-aura-pas-de-tracage-individuel-rassure-stephane-richard-3957795 Peut-être est-il nécessaire d'élargir son point de vue. Le Figaro économie du 25/3 titrait hier: "L'Europe pourrait utiliser les données des télécoms pour lutter contre le Covid-19". Mais, rassurez-vous, "les informations collectées seraient anonymisées et massifiées", utiles seulement pour permettre "aux chercheurs de modéliser la propagation des virus dans la population et d'anticiper les pics épidémiologiques.L'article ajoute quand même que le sujet est "d'autant plus délicat qu'en Chine, un suivi similaire est utilisé pour "noter" les citoyens et leur accorder - ou non - des autorisations de se déplacer". 

Bas les masques © AGB Bas les masques © AGB

Alors, il est peut-être utile de déplacer une nouvelle fois son point de vue et de regarder au niveau global. Là, on découvre un article du Guardian paru le 25/3 qui nous apprend que les industriels des télécoms réfléchissent à un traçage au niveau mondial"L’industrie de la téléphonie mobile a exploré la création d’un système mondial de partage de données qui pourrait suivre les individus à travers le monde, dans le cadre d’un effort pour freiner la propagation du Covid-19.https://www.theguardian.com/world/2020/mar/25/mobile-phone-industry-explores-worldwide-tracking-of-users-coronavirus 

La réflexion a été engagée par le GSMA, qui "représente les intérêts de 750 opérateurs et fournisseurs de téléphonie mobile dans le monde et contribue à établir des normes internationales pour les entreprises." Bien évidemment, le directeur du GSMA se veut rassurant: "Nous collaborons avec des opérateurs, des décideurs politiques et des organisations internationales du monde entier pour explorer des solutions viables de big data de mobiles et d’IA pour lutter contre cette pandémie tout en respectant les principes de confidentialité et d’éthique."

Rassurez-vous, David Kaye, rapporteur de l'ONU sur la liberté d'expression a déclaré que "ce n’était pas nécessairement une mauvaise chose pour les gouvernements d’utiliser la technologie comme moyen de contrôler le virus. Mais il a dit qu’il y avait des normes importantes de la primauté du droit qui devaient être prises en compte (..)"

Au final, et si tout cela n'était qu'un jeu? Une application créé par des français, Zenly affiche désormais un compteur pour savoir qui, parmi vos contacts, est resté le plus longtemps sans sortir de chez lui.  https://www.numerama.com/tech/613790-qui-sera-le-meilleur-confine-lapp-de-geolocalisation-zenly-vous-defie-avec-vos-amis.html Une apparence de jeu alliant géolocalisation et "participation à l'effort collectif"..

À suivre ...

Recherche documentaire/Texte: Christophe-Emmanuel Del Debbio

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