BAS LES MASQUES (11)

Nous étions le 12 AVRIL 2020 ... Du confinement à la déconfiture. Essayer de ne pas se laisser noyer dans le flot diarrhérique des médias de l'Empire, qui racontaient tout et n'importe quoi pour instaurer le peur et le désarroi ... et les lois d'exception. Essayer de garder une distance critique quand la panique s'instaurait dans les esprits.

Bas les masques © AGB Bas les masques © AGB


BRACELETS ÉLECTRONIQUES

Correspondant du journal Le Point à Hong Kong, le journaliste Jérémy André Florès expliquait le 12 avril en direct sur LCI que vendredi, "avant même les contrôles aux frontières, on m'a posé un bracelet électronique et demandé d'installer une application sur mon téléphone portable", qui servent à vérifier qu'il reste bien en quarantaine, durant 14 jours. L'application lui envoie des alertes lui demandant de scanner un QR code, ou bien il reçoit des appels pour confirmer qu'il est bien chez lui. Le bracelet est obligatoire, il risque 6 mois de prison s'il sort de son appartement..

JÉRÉMY ANDRÉ FLORÈS © LCI JÉRÉMY ANDRÉ FLORÈS © LCI

https://www.lci.fr/replay/video-le-brunch-de-l-info-du-dimanche-12-avril-2020-2150778.html (à 1h29mn)

En Allemagne, une application de suivi a été lancée le 7 avril. Il faut une montre ou un bracelet connectés, et le téléchargement d'une application, sur la base du volontariat. http://video.lefigaro.fr/figaro/video/l-allemagne-lance-son-application-de-suivi-de-la-propagation-du-covid-19/6147729478001/ Michele Loi, chercheur en éthique à l'université de Zurich explique dans Télérama du 8/4, à propos des techniques de traçage et de la défense des libertés: "Le danger est immense. Si nous n'arrivons pas à trouver le point d'équilibre, nous pourrions nous retrouver avec une génération qui accusera les libertés publiques d'être des valeurs dysfonctionnelles, qui ont causé trop de morts."  https://www.telerama.fr/medias/covid-19-apres-le-confinement,-lineluctable-recul-de-nos-libertes,n6619758.php

Du danger des libertés publiques. Le monde à l'envers, semble t-il, mais il est déjà bien avancé dans ce retournement.

L'ACCÉLÉRATION NUMÉRIQUE

Comme le titrait le Figaro économie le 10/4, "La crise du Covid-19 accélère la bascule dans le monde numérique". Multiplication par 100 des téléconsultations via Doctolib, multiplication par 1000 des appels vidéos depuis la plateforme professionnelle Teams (Microsoft).

Dans le même temps, les entreprises technologiques demandent à la Commission européenne d'alléger les régulations et les contrôles qu'elles trouvent trop stricts. Sous couvert d'une approche qui pourrait faire penser à celle du Pr Raoult pour la chloroquine, ces lobbies à Bruxelles affirment que "S'il faut tester ces applications avant leur mise sur le marché, puis après, le tout avec des procédures très lourdes, cela allongera considérablement les délais". https://www.lefigaro.fr/conjoncture/la-crise-du-covid-19-accelere-la-bascule-dans-le-monde-numerique-20200409

 Or, nous sommes en crise et le temps presse, donc pas besoin d'un encadrement strict pour les nouvelles technologies, n'est pas?

RISQUES PSYCHOSOCIAUX

"La peur du coronavirus est plus contagieuse que le virus lui-même", c'est le titre d'une tribune rédigée le 10/4 en flamand par Mattias Desmet, professeur de psychologie clinique à l'université de Gan. https://www.knack.be/nieuws/wetenschap/kan-een-mens-sterven-van-angst-ja/article-opinion-1586357.html?cookie_check=1586726887 (traduction du texte en pièce jointe, merci à Alain D.).

Pour lui, "Si la société est massivement en proie à la peur et aux représentations de la maladie et de la mort qui y sont associées, ces représentations deviennent alors un facteur causal en soi." Mais il ajoute que "La bonne nouvelle de cette histoire ne doit pas passer inaperçue. Les découvertes (..) sur les placebos et l’hypnose montrent sans équivoque que les représentations négatives n’affectent pas seulement le corps : les représentations positives ont un effet similaire mais opposé sur le corps."

L'allongement de la durée du confinement se doit donc d'être envisagée d'un point de vue psychosocial, comme le soulignent dans une tribune de Libération du 8/4 Cynthia Fleury et Catherine Tourette-Turgis. Elle dénoncent "l'absence d'un accompagnement psychosocial" pour les populations à risques (femmes et enfants battus, SDF, migrants, milieu carcéral et isolement des personnes âgées dépendantes) "il est important de mettre en œuvre des stratégies d’accompagnement psychosocial des mesures de santé publique liées au confinement afin de rendre celui-ci le plus acceptable possible, et le moins post-traumatique possible."  Car "Toutes les pandémies dans le monde ont mis en évidence les dosages délicats à construire entre information, communication, accompagnement, soutien et l’intérêt d’adosser aux approches épidémiologiques et bio-médicales des approches anthropologiques, sociologiques et psychosociales.https://www.liberation.fr/debats/2020/04/08/un-confinement-solidaire-pour-eviter-l-epidemie-de-risques-psychosociaux_1784612

CONFINEMENT = CONCENSUS ? 

Le Monde du 8/4 titrait "Au sein de la population française, le confinement fait consensus". Selon deux enquêtes, 88% des personnes pensent "qu'il s'agit du seul moyen efficace pour lutter contre l'épidémie." Dans le détail, les jeunes sont moins convaincus que les plus de 65 ans.

"Point notable, et surprenant", précise Le Monde, 26% des personnes déclarent qu'ils refuseraient de se faire vacciner si un vaccin existait.

L'EXCEPTION ALLEMANDE

2 673 décès et 120 479 cas recensés à la date du 12 avril, c'est en Allemagne que ça se passe. D'où vient "l'exception allemande", ainsi que l'a titré le New York Times le 4/4? Il semble selon Challenges que ce soit un dépistage très large (350.000 tests par semaine) et une politique d'anticipation dans le domaine de la santé qui fasse la différence. https://www.challenges.fr/monde/pourquoi-l-allemagne-est-un-modele-pour-combattre-le-covid-19_705572 Mais il y a aussi l'âge des personnes infectées, 49 ans en moyenne en Allemagne contre 62 ans en France. Enfin, l'article du NY Times avance l'argument de la confiance dans le gouvernement.

LA VIE À LA CAMPAGNE

Pour finir, Le Figaro du 10/4 fait le portrait de citadins qui sont résolus à quitter la ville pour s'installer à la campagne après le confinement, pour certains en autosuffisance. Un ingénieur qui travaille dans un data center souhaite quitter son emploi, "où l'absurdité est à son comble".

"On se rend compte que nos boulots ne sont pas nécessaires et ne constituent pas des piliers pour soutenir notre société." explique Estelle, chargée d'actions culturelles dans une salle de concert. Pour le sociologue Jean Viard, "Dans la hiérarchie symbolique des valeurs, les bureaucrates en col blanc avaient écrasé les autres métiers, mais on se rend compte qu'ils sont en partie inutiles. https://www.lefigaro.fr/actualite-france/ces-citadins-qui-veulent-s-installer-a-la-campagne-apres-le-confinement-20200409

À méditer pour "le monde d'après"..

À suivre ...

Recherche documentaire/Texte: Christophe-Emmanuel Del Debbio

Article MD-1 © Mathias Desmet Article MD-1 © Mathias Desmet

 

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