Canicule et Gilets jaunes même combat !

Dans le parc de l’Observatoire, à Paris, où je me suis réfugié pour cause de canicule, il n’y a plus beaucoup de place sous les arbres, tous les espaces d’ombres sont squattés.

La foule est conséquente. La tension est déjà montée entre ceux qui sont à l’ombre et ceux encore plus nombreux qui disent que, s’ils n’en trouvent pas, d’ombre, ils vont mourir.

Les “ombragés“ proposent d’organiser un débat sur les modalités de l’accès à l’ombre, de réfléchir, de ne surtout pas s’énerver, de bien peser le pour et le contre, de penser à nos enfants, à la retraite, de légiférer même…

Parmi nous les “caniculés“, qui sommes en relation directe avec le coeur du soleil, une voix s’élève pour leur demander poliment s’ils comptent continuer longtemps à nous prendre pour des cons. Et instantanément, “il est mouru” comme dit une petite fille en partant en courant … Coup de chaud fulgurant. Ça jette un froid.

Quelques dizaines de portables appellent simultanément tous les secours possibles. Une dame “âgée“ comme on dit, “sans dents“ comme il dit, l’air un peu hagard, le menton décroché façon Popeye se crampone au manche de son petit ventilateur à pile en plastique bleu clair, qu’elle serre dans ses mains à cinq centimètre de son visage. 

Les pompiers arrivent et arrosent direct la foule en quasi-léthargie. Tout le monde est requinqué en l’espace de quelques litres d’eau. Aussitôt quelqu’un propose de s’organiser pour demain, car il va faire encore plus chaud et que donc, logiquement, il va y avoir moins d’ombre disponible. Un autre veut vendre le concept d’une ombre transportable, un parapluie recouvert de panneaux solaires et pourvu d’un brumisateur rafraîchissant. Un autre propose l’usage de drones de défense contre la chaleur. Même sans autorisations. Il est des situations où l’urgence oblige à bousculer les lois, dit-il.

C’est alors qu’un évènement inattendu de grande importance à lieu. Ce soir, à cause de l’on ne sait pas pourquoi la nuit est tombée plus tôt que prévue. La foule se dirige sans aucune panique vers la sortie du parc. Un petit attroupement s’est formé autour le la vieille dame au ventilateur bleu. Je m’approche. Elle est verte, outrée, haletante, arrive à peine à parler. De son doigt trépignant elle montre la direction de la place Denfert en cherchant à remettre en marche sa respiration… “C’est par là qu’ils se sont échappés en rigolant… Ils étaient trois… en costume-cravate … je me suis pas méfiée … ils m’ont arraché mon ventilateur … les salauds !… comment je vais faire. Demain ?“

 

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