La transition énergétique en Languedoc-Roussillon et les agrocarburants

La transition énergétique est l’un des grands chantiers nationaux du quinquennat mais il n'a pas eu ou presque de débat régional en Languedoc-Roussillon, avec seulement huit réunions publiques (il n'y en avait que trois affichées il y a une quinzaine de jours).

La transition énergétique est l’un des grands chantiers nationaux du quinquennat mais il n'a pas eu ou presque de débat régional en Languedoc-Roussillon, avec seulement huit réunions publiques (il n'y en avait que trois affichées il y a une quinzaine de jours).

Bien que forte de cinq départements, cette région est la moins riche de France métropolitaine, quant au PIB, avec des poches de grande pauvreté telles les villes d'Alès, Béziers et Lunel. La quasi-absence de débat régional sur la transition énergétique peut s'expliquer, pour une bonne part, à cause des positions contrastées à ce sujet des acteurs du parti politique localement hégémonique qui gèlent la discussion à l'amont, l'absence de centrale nucléaire et les manifestations nombreuses de maires de communes et d’associations dès les premiers permis de recherche de gaz de schiste.

Dans ce cadre, néanmoins, il faut relever les avancées de l'énergie solaire qui fait l'objet d'une longue tradition de recherche en Roussillon et qui a été relancée, la présence d'une société qui a joué un grand rôle dans les débuts de l'éolien la Compagnie du Vent (maintenant contrôlée par GDF Suez) et, ce qui fait l'objet de cette note, la présence d'un distributeur pétrolier indépendant, Dyneff, qui joue la carte des agrocarburants ou biocarburants.

La transition énergétique est l'abandon progressif de la consommation abondante d’énergies fossiles pour le passage à une société plus sobre et plus écologique. Les agrocarburants répondent partiellement à cet objectif ; pour l'E85 ou superéthanol (85% d'éthanol et 15% de SP95), le bilan CO2 est correct, même en y incluant les émissions nécessaires pour sa culture et sa transformation (1). A côté de la mobilité électrique, il en découle son soutien par l'Ademe, confirmé en avril 2012, et donc celui du gouvernement qui permet un prix de vente qui est sous la barre psychologique de 1 euro le litre.

De plus, l'E85 commercialisé présente l'avantage d'être issu de cultures (betterave sucrière et céréales) faites en France ce qui soulage la balance commerciale et expliquant aussi sa moindre taxation. La France est le plus gros producteur d'Europe (11,5 millions d'hectolitres produits en 2011 soit 27,6% de la production de l'U.E., devant l'Allemagne) et elle exporte environ le 1/4 de sa production, principalement vers d'autres pays de l'U.E. La consommation française d'E85 est passée de 48 950 m3 en 2011 à 69 190 m3 en 2012.

Dyneff, filiale du groupe roumain Rompetrol depuis 2005, est la première entreprise du Languedoc-Roussillon par son chiffre d'affaires. Créée en 1976 à Lézignan-Corbières, elle a son siège à Montpellier (Hérault) et un important dépôt de carburants à Port-la-Nouvelle (Aude), le débouché maritime de Narbonne. Dyneff étend son réseau de distribution d'E85 depuis 2007 et plus spécialement depuis quelques mois. Par conséquent, sans oublier d'autres distributeurs, il est possible dans le Grand Sud, sous la ligne Bordeaux-Bourg-Menton, de rouler à l'E85 sans problème à l'exception du Massif Central et des Alpes, des zones montagneuses où déjà l'offre des carburants traditionnels est éparse. Pour se donner plus de possibilités de succès, Dyneff est en train de monter l'importation de véhicules y compris d'occasion de type « flex fuel » soit aptes à consommer indifféremment des carburants type essence SP95, SP95-E10 et E85.

Pourquoi ? Parce que l’offre en neuf de ce type de véhicules « flex fuel » d’origine est devenue très rare en 2013 suite à la faillite de Saab et au retrait de Volvo, Ford, Renault et Dacia, tous en général tentés par un nouveau GPL. 

Par contre la vente des kits « flex fuel » pour les véhicules à essence se développe.

L’objectif de Dyneff, avec déjà environ 40 distributeurs, est de présenter une alternative, en terme de coût pour ses clients et de rejets dans l'atmosphère, à la motorisation diesel et en sachant que la diffusion des véhicules électriques reste embryonnaire. Toutefois, au plan national, le total des pompes E85 ne dépasse guère 300 stations et donc ce carburant, le superéthanol ou E85, reste marginal.

Alain Gioda, UMR Hydrosciences, IRD, Montpellier, Expert du Débat National sur la Transition Energétique et UICN-France, qui précise son absence d'activités et d'intérêts chez Dyneff.

(1) Greenpeace et Futura-Sciences sont plus réservés à cet égard sur ces carburants dits de première génération. Lire par exemple un article déjà ancien : Biocarburant : le « oui, mais… » du rapport de l’Ademe (12 avril 2010)

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Pour en savoir plus sur la mobilité, deux dossiers avec des articles à ce sujet : La Recherche 2012. Les énergies de demain, Dossier n°47, février; 

Pour la Science 2010. Energies à volonté ! Dossier n°69, octobre-décembre.

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