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Billet de blog 15 janvier 2026

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Emeutes meurtrières en Iran : le silence complice des médias occidentaux

Alors que des émeutes meurtrières ont saccagé des villes iraniennes, les médias occidentaux passent sous silence cette vague de violences choquantes, préférant se tourner vers des ONG financées par le gouvernement américain pour obtenir leurs informations. Cette couverture à sens unique a contribué à pousser Donald Trump à deux doigts de l’autorisation de nouvelles attaques américaines.

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Par Max Blumenthal et Wyatt Reed

The Grayzone, 12 janvier 2026

Note d'Alain Marshal : Après avoir activement soutenu la destruction de la Syrie et de la Libye, nos médias s'engagent sans vergogne dans le camp de la destruction de l'Iran (et du Venezuela). Ils méprisent les millions d’Iraniens qui sont descendus dans la rue pour défendre la République islamique, passent sous silence les centaines de civils et policiers tués par les émeutiers armés ouvertement par les Etats-Unis et le Mossad (alors qu’un simple refus d’obtempérer justifie la peine de mort dans leur propre pays), et suramplifient délibérément tant le nombre d'émeutiers que le nombre de victimes des forces de sécurité.

Pourquoi ? Parce que, dans l’imaginaire colonial occidental, toutes les vies ne se valent pas. Ce n’est pas l’humanité qui compte, mais l’idéologie : être « pro-République islamique », c’est être voué au néant et au mépris ; être « pro-Shah », « pro-USA » ou « pro-Israël », c’est être érigé en héros. À Gaza, cette logique a été poussée à son paroxysme : un Israélien vaut — au minimum — mille Palestiniens. Aujourd’hui, la même grille de lecture raciste et islamophobe est appliquée à l’Iran : un Iranien anti-régime, sponsorisé par Washington et Tel-Aviv, vaut — au minimum — mille Iraniens pro-régime.

L’Occident refuse aux Iraniens le droit élémentaire de choisir leur modèle de société, d’être attachés à leur religion, à leur héritage culturel et à leurs valeurs. Il s’imagine qu’un mouvement qui, comme les terroristes takfiris, incendie des bibliothèques & mosquées millénaires, des mausolées de descendants du Prophète et brûle le Coran pourrait susciter autre chose que la répulsion massive du peuple iranien. Les médias se moquent des faits, et promeuvent les révolutions de couleur qui transforment les peuples en chair à canon de l'impérialisme et du sionisme, pour les abandonner à leur sort une fois que leur société a été réduite en cendres.

Illustration 1

Traduction et notes Alain Marshal

Les médias occidentaux ont ignoré un nombre croissant de preuves vidéo montrant des tactiques terroristes déployées à travers l’Iran par des manifestants décrits par Amnesty International et Human Rights Watch comme « largement pacifiques ». Des vidéos récentes, diffusées à la fois par les médias d’État iraniens et par des forces antigouvernementales, révèlent des lynchages publics de gardes non armés, l’incendie de mosquées [et de mausolées de descendants du Prophète], des attaques incendiaires contre des bâtiments municipaux, des marchés et des casernes de pompiers, ainsi que des foules d’hommes armés ouvrant le feu en plein cœur des villes iraniennes.

Au lieu de cela, les médias occidentaux se sont presque exclusivement focalisés sur les violences attribuées au gouvernement iranien. Pour ce faire, ils se sont largement appuyés sur des bilans de victimes compilés par des groupes de la diaspora iranienne financés par le National Endowment for Democracy (NED), l’instrument du gouvernement américain dédié au changement de régime, dont les conseils d’administration sont composés de néoconservateurs convaincus.

Le NED s’est lui-même vanté d’avoir favorisé les manifestations « Femme, Vie, Liberté » qui ont envahi les villes iraniennes tout au long de l’année 2023 — des mobilisations qui ont également été marquées par des actes de violence atroces, ignorés à la fois par les médias occidentaux et par les ONG de défense des droits humains. Aujourd’hui, le NED est loin d’être le seul acteur lié aux services de renseignement à chercher à alimenter le chaos en Iran.

© Alain Marshal

L’agence israélienne d’espionnage et d’assassinats connue sous le nom de Mossad a publié un message depuis son compte officiel en farsi sur Twitter/X, exhortant les Iraniens à intensifier leurs activités de changement de régime, tout en leur promettant un soutien direct sur le terrain.

« Descendez ensemble dans les rues. Le moment est venu », a déclaré le Mossad aux Iraniens. « Nous sommes avec vous. Pas seulement à distance et par des paroles. Nous sommes avec vous sur le terrain. »

© Alain Marshal

Renverser Téhéran par la terreur

Les manifestations ont débuté en Iran au début du mois de janvier 2026, lorsque des commerçants sont descendus dans la rue pour protester contre la hausse de l’inflation provoquée par les sanctions occidentales. Le gouvernement iranien a répondu de manière conciliante aux manifestations du Grand Bazar de Téhéran, en leur assurant une protection policière. Toutefois, ces rassemblements se sont rapidement dissous, lorsqu’une masse amorphe d’éléments antigouvernementaux a profité de l’occasion pour lancer une insurrection violente, encouragée par les gouvernements israélien et américain, ainsi que par le « prince héritier » autoproclamé Reza Pahlavi, qui a qualifié les fonctionnaires et les médias d’État de « cibles légitimes ».

© Alain Marshal

Le 9 janvier, la ville de Machhad a été le théâtre de certaines des émeutes les plus violentes : des forces antigouvernementales ont incendié des casernes de pompiers, brûlant vifs des pompiers, tout en mettant le feu à des bus, en attaquant des agents municipaux, en vandalisant des stations de métro et en causant plus de 18 millions de dollars de dégâts, selon les autorités municipales locales.

© Alain Marshal

À Kermanshah, où des émeutiers antigouvernementaux ont ouvert le feu et tué Melina Asadi, âgée de trois ans, des groupes de militants ont été filmés en train de tirer à l’arme automatique sur la police. Dans des villes allant de Hamedan au Lorestan, des émeutiers se sont filmés en train de battre à mort des agents de sécurité non armés qui tentaient de freiner leurs exactions.

© Alain Marshal

Des images ont également émergé d’une ville du centre de l’Iran, montrant des émeutiers attaquant un bus public et l’incendiant le 10 janvier.

À Téhéran, des foules d’émeutiers ont attaqué la mosquée historique d’Abazar, en incendiant son intérieur, tandis que d’autres ont commis des actes de vandalisme incendiaire et brûlé des exemplaires du Coran à l’intérieur de la Grande Mosquée de Sarableh et du sanctuaire de Muhammad ibn Musa al-Kadhim [le fils du 7e Imam du chiisme duodécimain : seuls les takfiris saccagent les mausolées des descendants du Prophète], au Khouzistan.

© Alain Marshal

Les émeutiers ont également incendié un important bâtiment municipal au cœur de la ville de Karaj, tandis qu’ils réduisaient en cendres le marché central de Rasht. À Borujen, des hooligans antigouvernementaux ont incendié une bibliothèque historique contenant des manuscrits anciens lors d’une nuit de pillages et de destructions.

© Alain Marshal

Aucun de ces incidents n’a suscité la moindre réaction de la part des médias ou des gouvernements occidentaux, même après que le ministère iranien des Affaires étrangères a contraint les ambassadeurs du Royaume-Uni, de la France, de l’Allemagne et de l’Italie à visionner directement des images des violences perpétrées par les émeutiers.

© Le Cri des Peuples

Selon le gouvernement iranien, plus de 100 policiers et agents de sécurité ont été tués au cours des troubles. Toutefois, deux ONG iraniennes basées à Washington et financées par le gouvernement américain ont avancé un bilan bien inférieur pour les morts du côté gouvernemental. Ces groupes sont devenus les principales sources d’information des médias occidentaux sur les manifestations.

Les lobbyistes du changement de régime dictent l’agenda

Pour évaluer le nombre de morts en Iran, de nombreux médias américains et européens se sont appuyés sur deux ONG basées à Washington et financées par le National Endowment for Democracy (NED) du gouvernement américain : le Centre Abdorrahman Boroumand pour les droits de l’homme en Iran et Human Rights Activists in Iran.

Un communiqué de presse publié en 2024 par le NED décrit explicitement le Centre Abdorrahman Boroumand pour les droits de l’homme en Iran comme « un partenaire du National Endowment for Democracy (NED) ».

Par ailleurs, une déclaration de 2021 de l’organisation Human Rights Activists in Iran indique que le groupe « a élargi son réseau et décidé de commencer à recevoir une aide financière du National Endowment for Democracy (NED), une organisation non gouvernementale à but non lucratif basée aux États-Unis », après avoir été accusé par le gouvernement iranien, en 2010, d’entretenir des liens avec la CIA.

© Alain Marshal

Le NED a été créé sous la supervision du directeur de la CIA de l’administration Reagan, William Casey, afin de permettre au gouvernement américain de poursuivre ses ingérences à l’étranger malgré la défiance généralisée à l’égard des services de renseignement des États-Unis. L’un de ses fondateurs, Allen Weinstein, a d’ailleurs reconnu sans détour : « Une grande partie de ce que nous faisons aujourd’hui était accomplie secrètement par la CIA il y a vingt-cinq ans. »

Tout en omettant de mentionner le financement du Centre par le NED, le Washington Post et ABC News ont abondamment cité le Centre Abdorrahman Boroumand dans leur couverture des manifestations en Iran. Francis Fukuyama, l’idéologue qui a signé la lettre fondatrice du Project for a New American Century — sans doute le manifeste le plus emblématique du néoconservatisme contemporain — siège au conseil d’administration du Centre.

Les chiffres fournis par l’ONG au nom évocateur Human Rights Activists in Iran ont circulé de manière encore plus massive. Son estimation récente faisant état de 544 morts a été reprise par des dizaines de médias américains et israéliens grand public, toutes tendances politiques confondues, ainsi que par Dropsite [les chiffres de HRAI sont notamment repris sur Mediapart, qui cite « plus de 2 500 tué·es, dont 2 403 manifestant·es, douze mineur·es et neuf civil·es qui ne participaient pas à la contestation », et se cache également derrière les « sources anonymes du ministère de la santé » citées par le New York Times, tout en prétendant que les manifestants pro-régime n’ont réuni que « des milliers de personnes à Téhéran et dans d’autres villes du pays », et censure à tour de bras les commentaires critiques sur sa ligne atlantiste]. La société de renseignement Stratfor, surnommée la « CIA de l’ombre », a également cité cette ONG dans un article intitulé : « Les manifestations en Iran ouvrent une fenêtre pour une intervention américaine et/ou israélienne ».

Alors que le nombre exact de victimes reste difficile à établir, une constellation hétéroclite d’influenceurs en ligne a comblé le vide informationnel par des affirmations manifestement exagérées et aux sources douteuses. Parmi ces propagandistes figure Laura Loomer, proche de Trump et militante notoire de la suprématie juive, qui a croassé que « le nombre de manifestants iraniens tués par les forces du régime islamique dépasse désormais les 6 000 ! », en se réclamant d’une prétendue « source au sein de la communauté du renseignement ».

Le casino numérique Polymarket a lui aussi gonflé les bilans des victimes, affirmant sans citer la moindre source que « plus de 10 000 » personnes auraient été tuées par « les forces iraniennes [utilisant] des fusils automatiques contre les manifestants », et déclarant à tort que l’Iran aurait « perdu presque tout contrôle » sur trois de ses cinq plus grandes villes [Téhéran, Machhad et Shiraz].

Ces derniers mois, Polymarket s’est rendu tristement célèbre pour avoir permis à des initiés d’exploiter leur connaissance anticipée de développements politiques majeurs — tels que la récente attaque militaire américaine contre Caracas et l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro — afin d’empocher des centaines de milliers de dollars [Trump a affirmé que l’un d’entre eux avait été emprisonné]. Ce marché, qui se présente comme « le plus grand marché de prédiction au monde », a été lancé grâce à un investissement conséquent du magnat de l’IA Peter Thiel, et compte aujourd’hui Donald Trump Jr. parmi ses conseillers.

En diffusant des bilans manifestement gonflés, les militants favorables à un changement de régime et les proches de Trump semblent chercher à pousser un président notoirement crédule à lancer une nouvelle attaque militaire contre Téhéran.

Dans une analyse des manifestations publiée le 7 janvier, Stratfor a décrit le chaos régnant dans les rues iraniennes comme une opportunité propice à la guerre, écrivant : « Bien qu’il soit peu probable que le régime s’effondre, les troubles actuels pourraient ouvrir la voie à des actions secrètes ou ouvertes d’Israël ou des États-Unis visant à déstabiliser davantage le gouvernement iranien, soit indirectement en encourageant les manifestations, soit directement par des actions militaires contre les dirigeants iraniens. »

Le sous-traitant de la CIA a toutefois reconnu que « de nouvelles frappes militaires contre l’Iran mettraient probablement fin au mouvement de protestation actuel, en suscitant au contraire une manifestation plus large du nationalisme et de l’unité iraniens — un schéma déjà observé après les frappes américaines et israéliennes de 2025 ».

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« Nos cibles sont verrouillées, nous sommes prêts à frapper. »

Comme on pouvait s’y attendre, la dernière vague de manifestations antigouvernementales en Iran a reçu le soutien appuyé de nombreux dirigeants occidentaux, parmi lesquels le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et le président américain Donald Trump.

© Alain Marshal

« Si l’Iran tire [sic] et tue violemment des manifestants pacifiques, comme c’est sa pratique habituelle, les États-Unis d’Amérique viendront à leur secours », a déclaré Trump. « Nos cibles sont verrouillées et nous sommes prêts à frapper. »

© Alain Marshal

Quelques jours plus tard, Trump a de nouveau menacé l’Iran : « Vous feriez mieux de ne pas commencer à tirer [sur les manifestants], car nous commencerons à tirer nous aussi. » Puis, le 12 janvier, il a décrété que tout pays surpris en train de commercer avec l’Iran serait frappé de droits de douane de 25 % sur les échanges avec les États-Unis.

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Aujourd’hui, Trump envisagerait une attaque, étudiant des options allant de la cyberguerre aux frappes aériennes. Toutefois, le rythme des manifestations antigouvernementales semble s’être ralenti, et un calme relatif est revenu dans les grandes villes [Trump affirme maintenant avoir renoncé à attaquer, affirmant que les forces de sécurité iraniennes n’ont fait que répliquer à des tirs].

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Alors que la poussière retombe, des millions de citoyens iraniens descendent dans les rues, de Téhéran à Machhad, pour exprimer leur indignation face aux émeutes, dénoncer les ingérences étrangères ayant alimenté la tentative de changement de régime et proclamer leur soutien au gouvernement. Mais dans les rédactions occidentales, donner la parole à ces foules de manifestants iraniens semble relever de l’interdit.


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