« Ce morceau de tuyau, ça ne compense pas ma jambe », déclare Rateb Abu Qleiq, 10 ans.
Par Abdel Qader Sabbah et Sharif Abdel Kouddous
Drop Site News, 25 novembre 2025
Traduction Alain Marshal
[Note du traducteur : la dénonciation de la « cruauté » et du « sadisme » des crimes allégués (et largement débunkés) du Hamas le 7 octobre se trouve sur cet article Mediapart du 9 octobre 2023, celle de sa « vilénie morale » sur cet autre article du 19 juin 2025. ; un article du 10 octobre 2023, citant Biden, parle même de « Mal à l’état pur », propos infâme mis en titre de section. Quiconque identifie des propos similaires à l'encontre des crimes israéliens, infiniment pires que les pires atrocités imaginaires imputées au Hamas, qu'il s'agisse de déclarations assumées par les journalistes ou de citations, est invité à le signaler en commentaire. Au sujet de ce deux poids deux mesures, lire Pourquoi des crimes fictifs du Hamas ont éclipsé les atrocités bien réelles d'Israël]
DEIR AL-BALAH, BANDE DE GAZA — Assis sur une chaise rouillée devant sa tente, à Deir al-Balah, le jeune Rateb Abu Qleiq, 10 ans, parle en balançant machinalement sa jambe droite — amputée juste au-dessous du genou — d’avant en arrière, le moignon décrivant un petit arc dans les airs. Sur ses genoux, il tient une prothèse de fortune : un simple morceau de tuyau d’égout en plastique recouvert d’une housse orange, attachée avec une ficelle.
« Je n’ai plus ma jambe », a confié Rateb à Drop Site. « Ce morceau de tuyau, ça ne compense pas ma jambe. »
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Rateb Abu Qleiq, 10 ans, marche avec l’aide de deux amis à Deir al-Balah grâce à une prothèse de fortune. Novembre 2025. (Capture d’écran d’une vidéo fournie par Abdel Qader Sabbah.)
Rateb a été grièvement blessé lors d’une frappe aérienne israélienne à Khan Younis plus tôt cette année, frappe qui a tué sa mère et son frère. Sa jambe droite, écrasée, a dû être amputée. Depuis l’attaque, il a subi cinq opérations abdominales.
« J’étais triste de ne plus être comme les autres enfants, parce qu’on m’a amputé la jambe. Je ne sais pas comment jouer avec eux. J’aimerais avoir une jambe pour pouvoir jouer avec mes amis », dit-il.
Désespéré de pouvoir remarcher, Rateb a fabriqué avec son cousin une prothèse à partir d’un tuyau d’égout en plastique trouvé dans la rue. « Je ne veux pas abandonner, je suis déterminé. Je rêve d’avoir une vraie prothèse », explique-t-il. « Si on ne m’avait pas coupé la jambe, je serais allé directement sur le terrain pour jouer au football. Je veux rentrer chez nous et retrouver ma mère, mon père et ma jambe. »
« La première fois qu’il l’a mise, il était tellement heureux, comme si c’était sa vraie jambe, et il marchait dessus. Mais le pauvre, comme c’est du plastique, ça a commencé à lui faire mal. Après tout, ce n’est qu’un tuyau d’égout », a expliqué Mohammed Abu Qleiq, l’oncle de Rateb, à Drop Site. « Cela ne remplace pas une véritable prothèse et cela ne compense pas sa jambe. Mais c’était tout ce que nous avions. »
« Rateb a tout perdu. Il est le seul survivant de sa famille ; il ne lui reste que sa sœur et son frère. Rateb a perdu sa mère, il a perdu son frère, et son père est hors de Gaza — il ne le voit donc même plus », poursuit Abu Qleiq. « Il est aussi privé des joies les plus simples de la vie, comme jouer avec ses amis, marcher, ou simplement les voir. »
Selon le ministère de la Santé de Gaza, en plus des quelque 70 000 Palestiniens dont la mort a été confirmée à Gaza au cours des deux dernières années, la guerre génocidaire menée par Israël a fait plus de 170 000 blessés. Un récent rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) indique que près d’un quart de ces blessures pourraient bouleverser durablement la vie de ceux qui les subissent : plus de 41 000 personnes, soit près de 2 % de la population de Gaza. Jusqu’à un quart d’entre elles sont des enfants. En août, alors que l’offensive militaire israélienne battait son plein, l’ONU a déclaré qu’en moyenne dix enfants perdaient une jambe — ou les deux — chaque jour.
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Rahaf Saad, une fillette palestinienne qui a perdu ses jambes lors d’une frappe aérienne israélienne
En septembre, le Comité des droits des personnes handicapées des Nations unies a signalé qu’au moins 21 000 enfants palestiniens avaient été handicapés à Gaza depuis octobre 2023. Début novembre, le ministère de la Santé a annoncé que plus de 6 000 amputations avaient été recensées, les enfants représentant 25 % du total — faisant de Gaza l’endroit comptant, par habitant, le plus grand nombre d’enfants amputés au monde.
« Ces chiffres reflètent les profondes souffrances humaines endurées par des milliers de blessés et leurs familles, et soulignent l’urgence de fournir des services de réadaptation et un soutien psychosocial, en particulier aux enfants confrontés à un handicap permanent dès leur plus jeune âge », a déclaré le ministère de la Santé dans un communiqué.
Les blessures causées par des explosions restent la forme de traumatisme la plus courante, selon le rapport de l’OMS, suivies des amputations, des brûlures, des lésions de la moelle épinière et des traumatismes crâniens, qui nécessitent le plus souvent une rééducation.
Selon un nouveau rapport de l’ONU, l’offensive israélienne à Gaza a démoli en quelques mois 69 ans de progrès humain, détruisant santé, éducation, infrastructures et même le système bancaire, provoquant l’effondrement économique le plus brutal jamais enregistré. https://t.co/xcncgtw0s5
— Rima Hassan (@RimaHas) November 26, 2025
Pourtant, les services de rééducation à Gaza, à l’image du système de santé dans son ensemble, sont soumis à une pression écrasante. Avant la guerre, l’hôpital Hamad pour la rééducation et les prothèses, situé dans la ville de Gaza et financé par le Fonds de développement du Qatar, était le seul établissement spécialisé dans les prothèses et la rééducation dans la bande de Gaza. En octobre 2023, au début de la guerre, l’hôpital a été gravement endommagé par des bombardements et des frappes aériennes israéliens, avant d’être finalement contraint de fermer le mois suivant, après des attaques répétées dans les environs. Il a été touché à plusieurs reprises au cours des mois qui ont suivi.
À la suite du soi-disant « cessez-le-feu » entré en vigueur le 10 octobre, l’hôpital Hamad a ouvert une antenne à Al-Zuwaida, dans le centre de Gaza. Ses salles sont remplies de Palestiniens en rééducation ou en traitement, principalement pour des amputations de membres. Dans l’une d’elles, un enfant s’entraînait à marcher avec une prothèse de jambe, d’abord sur une surface plane, puis sur une surface irrégulière en mousse. Une grande partie de Gaza ayant été réduite en ruines, il n’existe plus ni trottoirs ni routes, encore moins de rampes ou d’accès adaptés aux personnes handicapées.
Le vrai visage d'Israël, c'est ça. Des enfants amputés par dizaines de milliers. Le matériel médical interdit, des produits anesthésiques aux prothèses.
— Alain Marshal (@AlainMarshal2) November 28, 2025
Imaginez-vous votre enfant amputé à vif, hurlant de douleur ?
Mais pour nos médias, le « mal absolu », c'est le Hamas. pic.twitter.com/BNXbZQzyBs
« Le service de prothèses travaille d’arrache-pied pour offrir les meilleurs services possibles aux personnes amputées. Environ 100 patients ont pu bénéficier de prothèses », a déclaré à Drop Site Ahmed Jamal Al-Absi, chef du service de prothèses de l’hôpital Hamad.
Bien que l’établissement soit spécialisé dans le moulage et la fabrication de prothèses, il manque désormais de matières premières, Israël continuant de restreindre sévèrement l’acheminement des fournitures médicales vers Gaza, en violation de l’accord de cessez-le-feu. « Les matériaux s’épuisent après l’ajustement d’une centaine de prothèses », explique M. Al-Absi. « Nous entrons maintenant dans une situation où il n’est plus possible de fabriquer des prothèses. Depuis 2023, aucun matériau destiné aux prothèses n’est entré en stock. Nous faisons tout notre possible, en coordination avec les organisations internationales et nos institutions partenaires, pour permettre l’entrée de ces matériaux malgré la fermeture des points de passage. »
« Certains patients ont déjà été enregistrés pour un voyage à l’étranger, car il existe des cas complexes nécessitant une intervention chirurgicale à l’extérieur ainsi que la fourniture de prothèses. Mais avec un nombre aussi élevé de patients, nous ne pouvons pas tous les prendre en charge à l’hôpital Hamad », a-t-il ajouté.
Gaza comptait autrefois environ 1 300 physiothérapeutes et 400 ergothérapeutes, mais des dizaines ont été tués lors des attaques israéliennes et nombre d’autres blessés ou déplacés. « Le conflit a décimé le personnel de rééducation », indique l’OMS. « Malgré l’ampleur des amputations, Gaza ne compte que huit prothésistes capables de fabriquer et d’ajuster des membres artificiels. »
Les rares Palestiniens qui ont pu recevoir une prothèse et bénéficier d’une rééducation s’estiment chanceux. Ahmad Murad Ashour, âgé de cinq ans, a été blessé lors d’une frappe israélienne en avril 2025 alors qu’il marchait dans la rue. Sa blessure à la jambe gauche a d’abord entraîné une amputation sous le genou, mais des complications ont conduit à une seconde amputation plus haute, au niveau de l’articulation. Quelques mois plus tard, il a finalement pu être équipé d’une prothèse à l’hôpital Hamad.
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Ahmad Murad Ashour, 5 ans, a été amputé de la jambe gauche au niveau du genou après avoir été blessé lors d’une frappe aérienne israélienne en avril 2025. Il a été équipé d’une prothèse à l’hôpital Hamad d’Al-Zuwaida. Novembre 2025. (Capture d’écran d’une vidéo d’Abdel Qader Sabbah.)
« Nous l’avons emmené à l’hôpital pendant si longtemps. Nous avons affronté de nombreuses difficultés », raconte son père, Abu Ahmad, à Drop Site. « Nous avons demandé un transfert à l’étranger, et son dossier était prêt, ce qui nous permet de poursuivre son traitement. Lui et son frère, également blessé, ont besoin de soins médicaux supplémentaires. Nous sommes venus ici, à l’hôpital, et ils lui ont posé une prothèse… Dieu merci pour tout. »
« Nous avons eu énormément de mal à lui obtenir une prothèse », poursuit Abu Ahmad. « Je vois tant, tant de cas à Gaza. Je les croise en marchant dans la rue. Le cas de mon fils en est un, mais il y a des enfants sans jambes, sans bras. Tout cela se passe dans notre propre pays. »
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