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Billet de blog 29 novembre 2025

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« Elle ne reviendra pas » : des femmes alaouites enlevées dans les rues de Syrie

Depuis le renversement d'Assad, pilier de l'Axe de la Résistance, nos médias se moquent du sort de la population syrienne, livrée aux massacres, viols et pillages des hordes terroristes d'al-Jolani et aux agressions sionistes. Même l'esclavage sexuel systémique des femmes alaouites, ici rapporté (et édulcoré) par Reuters, les laisse indifférents. La raison : seuls les intérêts d'Israël comptent.

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Par Maggie Michael

Reuters, 27 juin 2025

Traduction et notes entre crochets Alain Marshal

Résumé

– Des dizaines de femmes et de filles alaouites ont disparu cette année
– Certaines ont été enlevées et leurs familles ont reçu des demandes de rançon
– La chute d’Assad a déclenché des représailles contre la secte à laquelle il appartient

[Note : les Alaouites ne sont pas attaqués parce qu'Assad était alaouite, mais parce que comme les chiites, ils sont considérés par les takfiris comme des apostats à éliminer, comme on le lit notamment dans les écrits d'Ibn Taymiyya ou de Mohammad b. Abd al-Wahhab, leurs pères spirituels ; cette volonté de transformer en représailles politiques une intolérance religieuse fanatique et meurtrière, qui s'est exprimée dès le début de la « révolte » en Syrie parrainée par l'Occident, participe d'une démarche apologétique]

Illustration 1

Des Syriens alaouites ayant fui les violences dans l’ouest du pays traversent les eaux de la rivière Nahr El Kabir après les massacres présumés de membres de la minorité alaouite, à Akkar, au Liban, le 11 mars 2025. REUTERS/Mohamed Azakir/Photo d’archive 

DAMAS, 27 juin (Reuters) — « Ne l’attendez pas », a déclaré l’interlocuteur sur WhatsApp à la famille d’Abeer Suleiman le 21 mai, quelques heures après sa disparition dans les rues de la ville syrienne de Safita. « Elle ne reviendra pas. »

Le ravisseur de Suleiman et un autre homme se présentant comme intermédiaire ont indiqué, lors d’appels et de messages ultérieurs, que la jeune femme de 29 ans serait tuée ou vendue comme esclave si ses proches ne versaient pas une rançon de 15 000 dollars.

« Je ne suis pas en Syrie », a déclaré Suleiman elle-même à sa famille lors d’un appel le 29 mai, passé depuis le même numéro de téléphone que celui utilisé par son ravisseur, dont l’indicatif était irakien. « Tous les accents autour de moi me sont étrangers. »

Reuters a consulté cet appel, enregistré par la famille, ainsi qu’une douzaine d’appels et de messages envoyés par le ravisseur et l’intermédiaire, dotés d’un numéro de téléphone syrien.

Suleiman fait partie d’au moins 33 femmes et filles issues de la secte alaouite de Syrie — âgées de 16 à 39 ans — qui ont été enlevées ou portées disparues cette année dans les troubles ayant suivi la chute de Bachar al-Assad, selon les familles de toutes ces victimes [des chaines Telegram spécialisées (arabe, anglais), qui documentent les massacres et enlèvements au jour le jour, parlent de centaines voire de milliers de victimes, de sorte que parler seulement de 33 victimes en une année relève aussi du négationnisme ; ce n'est qu'en fin d'article que Reuters précise qu'il ne s'agit que du nombre de cas qu'ils ont étudiés, incommensurable avec la réalité].

Le renversement en décembre du président Assad largement craint [le terroriste-en-chef actuel Ahmad al-Charaa serait donc un « sauveur » ?], après quatorze ans de guerre civile [ou plutôt d'ingérence étrangère], a déclenché une violente réaction contre la communauté musulmane minoritaire à laquelle il appartient. En mars, des factions armées affiliées au gouvernement en place se sont retournées contre les civils alaouites dans leurs bastions côtiers, faisant des centaines de morts.

Voir Reuters : en Syrie, le nouveau régime massacre impunément les minorités

Depuis mars, les réseaux sociaux sont inondés de messages et de vidéos postés par les familles de femmes alaouites disparues, implorant des informations. De nouveaux cas apparaissent presque chaque jour, selon une analyse de Reuters, qui n’a trouvé aucune mention en ligne de disparitions similaires concernant des femmes d’autres communautés.

La Commission d’enquête des Nations unies sur la Syrie, créée en 2011 pour enquêter sur les violations des droits humains après le déclenchement de la guerre civile, a déclaré à Reuters qu’elle enquêtait sur les disparitions et enlèvements présumés de femmes alaouites, après une hausse notable des signalements cette année.

Vendredi, son président, Paulo Sérgio Pinheiro, a indiqué lors d’une présentation au Conseil des droits de l’homme de l’ONU que la commission avait documenté l’enlèvement d’au moins six femmes alaouites au printemps dernier, perpétré par des inconnus dans plusieurs gouvernorats syriens.

Il a précisé qu’on ignorait toujours où se trouvaient au moins deux d’entre elles, ajoutant que la commission avait reçu des informations crédibles faisant état d’autres enlèvements.

La famille de Suleiman a emprunté à des amis et voisins pour réunir les 15 000 dollars demandés, transférés les 27 et 28 mai vers trois comptes de transfert d’argent à Izmir, en Turquie, en 30 versements allant de 300 à 700 dollars, a indiqué un proche à Reuters en partageant les reçus des transactions.

Une fois la totalité de la somme envoyée selon les instructions, le ravisseur et l’intermédiaire ont rompu tout contact, leurs téléphones ayant été éteints, a poursuivi ce proche. La famille de Suleiman ignore toujours ce qu’elle est devenue.

Des entretiens approfondis avec les familles de 16 des femmes et filles disparues montrent que sept d’entre elles auraient été enlevées, leurs proches ayant reçu des demandes de rançon allant de 1 500 à 100 000 dollars. Trois des personnes enlevées — dont Suleiman — ont envoyé à leur famille des SMS ou messages vocaux affirmant avoir été emmenées hors du pays.

Aucune information n’a été obtenue concernant les neuf autres. Huit des seize Alaouites disparues ont moins de 18 ans, selon leurs familles.

Syrie : Roland Dumas lâche une bombe ! © Roy Vingt

Roland Dumas, ex-ministre des Affaires étrangères : l'invasion des « rebelles » en Syrie a été préparée en Angleterre pour destituer le régime syrien à cause de ses positions anti-israéliennes (Youtube)

Reuters a examiné une vingtaine de SMS, d’appels et de vidéos provenant des personnes enlevées et de leurs ravisseurs présumés, ainsi que des reçus de certains transferts de rançon, mais n’a pas pu vérifier l’intégralité des éléments fournis par les familles ni déterminer qui aurait visé ces femmes ni pour quelles raisons.

Les 33 femmes ont toutes disparu dans les gouvernorats de Tartous, Lattaquié et Hama, où vit une importante population alaouite. Près de la moitié d’entre elles sont rentrées chez elles depuis, mais toutes — ainsi que leurs familles — ont refusé de commenter les circonstances, la plupart invoquant des craintes pour leur sécurité.

La majorité des familles interrogées par Reuters ont déclaré avoir eu le sentiment que la police ne prenait pas leurs déclarations au sérieux lorsqu’elles signalaient la disparition ou l’enlèvement de leurs proches, et que les autorités n’avaient pas enquêté de manière approfondie.

M. Pinheiro, président de la Commission d’enquête, a indiqué que les autorités syriennes intérimaires avaient ouvert des enquêtes sur certains de ces incidents, sans donner plus de détails.

Illustration 3

[Bien qu'il n'ait que l'escalade belliciste à la bouche lorsqu'il s'agit de l'Ukraine, Macron n'a aucun scrupule à soutenir les régimes les plus sanguinaires du Moyen-Orient. Lors d'un briefing du Conseil de sécurité consacré à la Syrie, la France a évoqué en un seul mot sibyllin les crimes sexuels perpétrés contre les minorités en Syrie (« Restaurer la paix civile, c’est assurer la protection de tous les Syriens, quelle que soit leur appartenance ethnique, religieuse ou de genre. »). La Russie, dont la base syrienne de Hmeimim héberge des milliers de Syriens fuyant les massacres, a été beaucoup plus explicite : « Il est tout aussi crucial de se pencher sur les informations faisant état d’enlèvements massifs de femmes et de jeunes filles syriennes dans l’ouest du pays. De tels actes sont inacceptables dans tout État se réclamant du sécularisme. Leurs auteurs doivent être identifiés et traduits en justice. »]

Le gouvernement syrien [disons plutôt « le nouveau régime syrien » ?] n’a pas répondu aux demandes de commentaires pour cet article.

Ahmed Mohammed Khair, responsable de la communication du gouvernorat de Tartous, a rejeté toute suggestion selon laquelle les Alaouites seraient ciblés, affirmant que la plupart des cas de femmes disparues relevaient de conflits familiaux ou de raisons personnelles plutôt que d’enlèvements, sans fournir de preuves à l’appui.

« Les femmes sont soit contraintes d’épouser quelqu’un qu’elles ne veulent pas épouser et s’enfuient, soit elles cherchent parfois à attirer l’attention en disparaissant », a-t-il ajouté, avertissant que des « allégations non vérifiées » pourraient semer la panique et la discorde et déstabiliser la sécurité.

Un responsable des médias de la province de Lattaquié a fait écho aux propos de Khair, affirmant que, dans de nombreux cas, les femmes s’enfuient avec leur amant et que leurs familles inventent des histoires d’enlèvement pour éviter la stigmatisation sociale [prendre au sérieux ces mensonges grotesques qui dissimulent un esclavage sexuel de masse est tout simplement honteux].

Le responsable des médias de la province de Hama a refusé de commenter.

Un membre d’une commission d’enquête mise en place par le nouveau président syrien Ahmed al-Charaa pour investiguer sur les massacres d’Alaouites dans les zones côtières en mars a refusé lui aussi de commenter les cas de femmes disparues.

Al-Charaa a dénoncé ces violences sectaires comme une menace pour sa mission consistant à unifier une nation ravagée, et a promis de punir les responsables, y compris ceux affiliés au gouvernement si nécessaire.

© Alain Marshal

ENLEVÉES SUR LE CHEMIN DE L’ÉCOLE

Le défenseur syrien des droits humains Yamen Hussein, qui suit les cas de disparitions de femmes depuis le début de l’année, a déclaré que la plupart s’étaient produites dans le sillage des violences de mars. À sa connaissance, seules des Alaouites ont été prises pour cible, et l’identité comme les motivations des auteurs restent inconnues, a-t-il indiqué.

Il a décrit un sentiment de peur généralisé parmi les Alaouites, qui appartiennent à une branche du chiisme et représentent environ un dixième de la population syrienne, majoritairement sunnite.

Certaines femmes et filles de Tartous, Lattaquié et Hama ne se rendent plus à l’école ou à l’université par crainte d’être ciblées, a déclaré Hussein.

« Il est certain que nous sommes confrontés à un réel problème, dans lequel des femmes alaouites sont victimes d’enlèvements », a-t-il ajouté. « Cibler les femmes du camp vaincu est une tactique d’humiliation qui a été utilisée par le régime Assad dans le passé [il est remarquable que le dirigeant déchu soit attaqué plus explicitement que le dirigeant actuel, dont les milices sont les principales responsables des crimes contre les Alaouites et autres minorités]. »

Des milliers d’Alaouites ont été chassés de leurs maisons à Damas, tandis que beaucoup ont été licenciés et soumis à un harcèlement systématique aux postes de contrôle par des combattants sunnites affiliés au gouvernement.

Les entretiens avec les familles des femmes disparues montrent que la plupart ont disparu en plein jour, alors qu’elles faisaient des courses ou utilisaient les transports publics.

Zeinab Ghadir fait partie des plus jeunes.

Âgée de 17 ans, elle a été enlevée alors qu’elle se rendait à l’école dans la ville d’al-Hanadi, près de Lattaquié, le 27 février, selon un membre de sa famille, qui a précisé que son ravisseur présumé les avait contactés par SMS pour leur interdire de publier des photos de la jeune fille en ligne.

« Je ne veux voir aucune photo, sinon, je le jure devant Dieu, je vous enverrai son sang », a écrit l’homme dans un message envoyé depuis le téléphone de l’adolescente le jour même de sa disparition.

La jeune fille a passé un bref appel à sa famille, disant qu’elle ne savait pas où elle avait été emmenée et qu’elle avait mal au ventre, avant que la communication ne soit coupée, a indiqué un proche. La famille ignore totalement ce qu’elle est devenue.

Khozama Nayef a été enlevée le 18 mars dans une zone rurale de Hama par un groupe de cinq hommes qui l’ont droguée pour la plonger quelques heures dans l’inconscience pendant son transport, a déclaré un proche à Reuters, citant le témoignage de cette mère de cinq enfants à son retour.

Âgée de 35 ans, elle a passé quinze jours en captivité, tandis que ses ravisseurs négociaient avec sa famille, qui a finalement payé 1 500 dollars pour obtenir sa libération, selon le membre de la famille, qui a ajouté qu’à son retour, elle avait fait une dépression nerveuse.

Quelques jours après l’enlèvement de Nayef, Doaa Abbas, 29 ans, a été saisie devant son domicile par un groupe d’agresseurs qui l’ont entraînée dans une voiture en attente et ont pris la fuite, selon un membre de la famille qui a été témoin de l’enlèvement dans la ville de Salhab, près de Hama.

Ce proche, qui n’a pas vu combien d’hommes avaient enlevé Abbas ni s’ils étaient armés, a déclaré avoir tenté de les poursuivre à moto, mais avoir perdu leur trace.

Trois Alaouites signalées comme disparues par leurs familles sur les réseaux sociaux cette année — et qui ne figurent pas parmi les 33 cas recensés par Reuters — ont depuis refait surface et ont publiquement nié avoir été enlevées [des rétractations imposées par les menaces et la peur ?].

Voir Sous le nouveau régime syrien, l'esclavage sexuel des femmes alaouites

L’une d’elles, une jeune fille de 16 ans originaire de Lattaquié, a publié en ligne une vidéo dans laquelle elle affirme avoir fui de son plein gré pour épouser un homme sunnite. Sa famille a toutefois démenti ce récit, déclarant à Reuters qu’elle avait été enlevée et forcée d’épouser cet homme, et que les autorités chargées de la sécurité lui avaient ordonné d’affirmer qu’elle était partie volontairement afin de protéger ses ravisseurs.

Reuters n’a pas été en mesure de vérifier l’une ou l’autre version. Un porte-parole du gouvernement syrien et les autorités de Lattaquié n’ont pas répondu aux questions à ce sujet.

Les deux autres Alaouites réapparues — une femme de 23 ans et une fillette de 12 ans — ont déclaré à des chaînes de télévision arabes qu’elles s’étaient rendues de leur plein gré respectivement à Alep et à Damas, bien que la première ait indiqué avoir été battue par un homme dans un appartement avant de parvenir à s’échapper.

SOUVENIRS SOMBRES DE DAECH

Les Alaouites de Syrie ont dominé l’élite politique et militaire du pays pendant des décennies sous la dynastie Assad. Le départ soudain de Bachar al-Assad en décembre a vu l’ascension d’un nouveau gouvernement dirigé par le HTS, un groupe sunnite issu d’une organisation autrefois affiliée à Al-Qaïda [le « président » syrien actuel, Abu Mohammed al-Julani, était le dirigeant d'Al-Nosra, branche d'Al-Qaïda en Syrie]. Le nouveau gouvernement s’efforce d’intégrer des dizaines d’anciennes factions rebelles, y compris certains combattants étrangers, au sein de ses forces de sécurité afin de combler le vide laissé par l’effondrement de l’appareil de défense d’Assad.

Plusieurs familles de femmes disparues ont déclaré que, comme de nombreuses autres personnes de leur communauté, elles redoutaient un scénario cauchemardesque dans lequel les Alaouites subiraient le même sort que celui infligé à la minorité religieuse yézidie par Daech il y a environ dix ans.

Daech, un groupe djihadiste sunnite, a réduit des milliers de femmes yézidies en esclavage sexuel durant un règne de terreur au cours duquel ses commandants ont proclamé un califat s’étendant sur une grande partie de l’Irak et de la Syrie, selon l’ONU.

Une multitude de scénarios terrifiants tourmentent l’esprit de la famille de Nagham Shadi, une femme alaouite disparue ce mois-ci, a déclaré son père à Reuters.

Voir Daech, un « Frankenstein » créé pour « combattre le Hezbollah » ? 

Cette jeune femme de 23 ans a quitté leur maison, dans le village d’al-Bayadiyah, dans la province de Hama, le 2 juin, pour aller acheter du lait et n’est jamais revenue, a raconté Shadi Aisha, décrivant l’attente angoissante de la moindre nouvelle concernant le sort de sa fille.

Aisha a indiqué que sa famille avait été contrainte de quitter son ancienne maison dans un village voisin le 7 mars, lors des violences anti-alaouites.

« Que pouvons-nous faire ? Nous nous en remettons à Dieu. »


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