Alain Marshal (avatar)

Alain Marshal

Gueux de naissance et de vocation

Abonné·e de Mediapart

139 Billets

0 Édition

Billet de blog 31 décembre 2025

Alain Marshal (avatar)

Alain Marshal

Gueux de naissance et de vocation

Abonné·e de Mediapart

« Pays de merde » : A Buffalo Grill, le tri sélectif des clients ?

Je publie un courrier adressé au siège de la chaîne Buffalo Grill suite au comportement indigne d’un responsable à Cébazat (Puy-de-Dôme), resté lettre morte. Il rappelle qu'en France, un établissement recevant du public n'est nullement un lieu privé, et que refuser le service au prétexte d'enfants en bas âge est tout aussi discriminatoire et illégal que le refus d'accepter des personnes racisées.

Alain Marshal (avatar)

Alain Marshal

Gueux de naissance et de vocation

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Clermont-Ferrand, le 18 avril 2025

Objet : réclamation suite à une discrimination au Buffalo Grill de Cébazat (63118)

Courrier recommandé avec accusé de réception

Illustration 1

Madame, Monsieur,

Je vous contacte pour vous rapporter des faits absolument inouïs qui se sont produits dans votre enseigne. Si je ne les avais pas vécus moi-même, j’aurais du mal à y croire.

Le samedi 5 avril, nous avions réservé pour 13h une table pour 4 personnes au restaurant Buffalo Grill de Cébazat, où nous avions déjà déjeuné et dîné des dizaines de fois en famille. Ce qui devait être une agréable sortie s’est transformé en une expérience choquante et humiliante, tant pour mon fils aîné, âgé de trois ans, que pour moi et mon épouse, qui en restons affectés à un point préoccupant. Seul mon fils d'un an et demi ne semble pas en garder de séquelles.

Dès notre arrivée peu avant 13h, le gérant du restaurant, sans aucun bonjour, s’est adressé à nous de manière agressive, nous assénant d’un ton dont on userait avec des domestiques que lors de notre précédente visite (le samedi 29 mars), des clients se seraient plaints du fait que nos enfants avaient été bruyants. Je n’ai même pas eu l’occasion de le rappeler à l’ordre sur l’étiquette à respecter en s’adressant à des clients, car il m’a assuré que nous ne serions pas servis et que nous devions immédiatement prendre la porte.

Complètement abasourdis par cet abus de pouvoir inexplicable, auquel nous n’avions évidemment pas la moindre intention de céder, nous sommes entrés nous installer calmement malgré les récriminations du gérant, qui a informé les serveurs de ne pas prendre notre commande, et je suis revenu auprès de lui, pour lui demander de répéter ce qu’il m’avait dit. Ce qui suit en est le verbatim (début) puis le résumé. Je tiens évidemment à votre disposition la totalité de l’enregistrement.

Moi : Monsieur, je vous informe que cette conversation est enregistrée.

Gérant : Oui, d’accord.

Moi : Est-ce que vous pouvez décliner votre identité.

Gérant : Oui. Sylvain Maignan. Je n’accepte plus ce monsieur parce que vous faites… Comment… Des clients se sont plaints de vous. Voilà, c’est tout.

Moi : Oui, mais il faut être un peu plus précis. De quoi se sont-ils plaints ?

Gérant : Ils se sont plaints de vous en général. Du bruit.

Moi : Qui fait du bruit ?

Gérant : Ben vous, vous avec vos enfants monsieur.

Le gérant m’a ensuite intimé l’ordre de quitter les lieux, car nous serions dans un « lieu privé », ajoutant que si je voulais des explications, il fallait aller dehors. Voyant que je n’obtempérais pas, monsieur Maignan (je peux me tromper sur l’orthographe de son patronyme) est allé jusqu’à venir du côté client du comptoir pour physiquement m’intimider, se collant à moi de manière menaçante en répétant « Vous sortez monsieur ! », et assumant cette attitude. Il y a plusieurs caméras dans l’établissement, et si, comme moi, vous êtes choqué à l’idée qu’un gérant de restaurant puisse se comporter comme un chiffonnier de manière totalement gratuite (voulait-il me provoquer à une réaction excessive qui aurait justifié de nous mettre à la porte ?), il vous sera aisé de découvrir ce qu’il en est, et de voir de vos propres yeux comment la scène s’est déroulée.

" Pays de merde " : A Buffalo Grill, le tri sélectif des clients ? © Alain Marshal

La suite de notre échange révèle des éléments plus ou moins intéressants, que ce soit le langage profane de M. Meignant (« Je m’en fous », «  Je m’en bats les c*** », «  J’ai passé l’âge de vos conneries de bobo », « Pays de merde… Vivement que je rentre en Russie moi, tiens ! ») ou l’aveu que nous étions des clients réguliers qui n’avaient jamais fait l’objet de plaintes avant notre dernier passage. Soit dit en passant, il est tout à fait possible que le samedi précédent, mes enfants aient pu être un peu bruyants, pour plusieurs raisons : au-delà du fait que nous parlons d’enfants en bas âge, 1/ je venais sans ma femme pour la première fois ; 2/ il y a eu plus de 30 minutes d’attente [avant que nous puissions être installés à une table] ; 3/ nous étions loin de l’espace jeux. Mais nous étions restés plus d’une heure trente et personne ne nous avait fait la moindre remontrance, ni clients ni membres du personnel, ce qui est tout de même étonnant — M. Maignan l’a justifié par le fait qu’il ne nous avait pas encaissés ce jour-là, comme s’il était le seul habilité à rappeler à l’ordre des clients turbulents, et que cela ne se fasse qu’au moment de payer l’addition. Et quoi qu’il en soit, il est absolument inconcevable qu’un seul passage prétendument problématique sur plusieurs dizaines de repas pris en famille dans ce restaurant puisse justifier une réaction si disproportionnée.

Il a fallu plus de 30 minutes pour que M. Maignan, du fait de l’intervention de deux autres clients choqués de la situation (qui pourront apporter leur témoignage le cas échéant), consente à faire servir seulement nos deux enfants, qui criaient famine, et qui ont donc pris leur repas avec un retard conséquent. Notre priorité étant le bien-être de nos enfants, nous avons dû consentir à ce chantage indigne (voir les enfants servis à condition que les adultes soient privés de repas), mais il va de soi que cette injustice flagrante demande réparation [Note : dans sa réponse à ce courrier, M. Maignan affirmera, après moult affabulations, que le fait que nous, adultes, n’ayons pas consommé ce jour-là, justifierait de nous refuser l’accès, démontrant sa mauvaise foi].

J’espère que contrairement à M. Maignan, vous n’ignorez pas qu’un restaurant est loin d’être un « lieu privé » qui serait libre de servir ou pas les clients à son bon vouloir. Sur le plan légal, refuser de servir des clients au motif que leurs enfants seraient bruyants est strictement interdit en France (je ne sais pas ce qu’il en est en Russie). Cela constituerait une « atteinte à la dignité de la personne » du fait d’une « discrimination » fondée sur l’« âge » ou la « situation familiale », passible de lourdes sanctions :

« La discrimination définie aux articles 225-1 à 225-1-2, commise à l'égard d'une personne physique ou morale, est punie de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende lorsqu'elle consiste :

1° A refuser la fourniture d'un bien ou d'un service ; […]

4° A subordonner la fourniture d'un bien ou d'un service à une condition fondée sur l'un des éléments visés à l'article 225-1 ou prévue aux articles 225-1-1 ou 225-1-2 ;

[…] Lorsque le refus discriminatoire prévu au 1° est commis dans un lieu accueillant du public ou aux fins d'en interdire l'accès, les peines sont portées à cinq ans d'emprisonnement et à 75 000 euros d'amende (articles 225-1 et 225-2 du Code pénal).

Lorsque des restaurants essaient de mettre en place une telle discrimination d’une manière ou d’une autre, ils défraient la chronique et subissent de vifs reproches, surtout lorsqu’il s’agit d’une enseigne nationale sur laquelle tout scandale aurait un retentissement regrettable. C’est d’autant plus absurde dans un restaurant qui dispose d’un espace enfants bien connu des parents de la zone. 

Par ailleurs, bien que d’éventuels bruits d’enfants puissent être considérés comme une nuisance, ils ne visent personne et ne représentent aucun danger. À l’inverse, une agression verbale puis physique telle que celle que nous avons subie, constitue une menace personnelle et traumatisante, sans parler de l’humiliation que constitue le traitement méprisant qui nous a été infligé et le refus de service absolument injustifiable. M. Maignan nous a à plusieurs reprises menacés d’appeler la police, avant d’affirmer qu’elle était en route, croyant peut-être – mais je m’engage là dans la spéculation – que lorsqu’un homme a le teint mat ou que sa femme porte le voile, ils craindraient la police. Nous ne demandions pas mieux que de voir les forces de l’ordre intervenir, et je les avais moi-même appelées pour leur demander conseil (ils m’ont invité à faire une réclamation). La seule raison pour laquelle je n’ai pas encore porté plainte ou rendu public cet accueil honteux est que j’espère une résolution amiable de cette situation, ayant mieux à faire que de m'engager dans de telles batailles médiatico-judiciaires, ayant été heureux de fréquenter votre enseigne tant en région parisienne qu’à Clermont-Ferrand, et aspirant à pouvoir continuer à le faire paisiblement.

Illustration 3
Illustration 4
Illustration 5
Illustration 6
Illustration 7
Illustration 8

Ces commentaires indiquent que même les employés (anciens & actuels) et les groupes avec réservation ne sont pas à l'abri des refus de service arbitraires et/ou des sautes d'humeur du gérant. Le restaurant a 3 000 avis et une note moyenne de 4/5 sur Google, mais en parcourant les commentaires des clients, on trouve bien d'autres récits similaires. Le fait du prince ne doit pas être toléré, surtout dans la restauration, qui est effectivement un métier.

Pour conclure, samedi soir, j’ai dû pour la première fois depuis bien longtemps passer la nuit dans la chambre de mon fils aîné, qui a insisté pour que je dorme à côté de lui. Dimanche soir, il a accepté de dormir seul dans son lit, mais j’ai dû dormir dans sa chambre. C’est là un signe que cette expérience l’a marqué, et je ferai tout ce que je peux pour remédier à cette situation. Ni M. Maignan ni personne ne nous empêcheront, quand bon nous semblera, de fréquenter un restaurant apprécié par nos enfants. La seule question qui se pose est de savoir si cette affaire pourra s’arrêter là – ce qui exige des excuses et une garantie qu’un tel comportement ne se reproduira pas, ainsi qu’une compensation pour l’accueil exécrable que nous avons reçu ; nous ne demandons qu’à croire que M. Maignan n’était pas dans son état normal ce jour-là, plutôt que de croire bien autre chose – ou si elle devra aller plus loin.

Illustration 9

Mon avis posté sur Google

J’espère que vous pourrez prendre la mesure de cette situation, et revenir promptement vers nous.

Dans l’attente de votre réponse,

Bien à vous,

Salah L.

Note : ce courrier n'a pas reçu de réponse du siège national, qui l'a transféré au gérant concerné, lui laissant le soin de me répondre ; plutôt que de faire amende honorable, celui-ci s'est réfugié dans la surenchère, prétendant non plus que seul notre dernier passage avait été problématique, mais tous nos passages précédents, sans expliquer pourquoi nous n'avions jamais subi aucune remontrance, inventant des agressions de la part de nos enfants et une altercation physique imaginaire avec un autre client, et finissant par nous bannir de tous les restaurants Buffalo Grill de l'agglomération en nous menaçant de porter plainte (lire son courrier ici). Je l'y ai encouragé dans ma réponse (la lire ici), et je n'ai plus reçu de nouvelle, d'où cette dénonciation, et un boycott de tous les restaurants de la chaine, puisque le siège ne trouve rien à redire à tout cela. Tout témoignage similaire est bienvenu. Je ne publie pas la totalité des enregistrements, mais seulement des extraits choisis, de sorte que si M. Maignan/Meignan/Meignant/Maignant met ses menaces à exécution et dépose une plainte mensongère, il ne puisse pas ajuster ses déclarations à ce que contient l'enregistrement, et soit démenti par ses propres aveux enregistrés (ou ceux d'employés du restaurant).


Pour me soutenir dans mon travail et mon combat contres les discriminations à la CGT, vous pouvez signer cette pétition qui dénonce la répression des voix pro-palestiniennes et approche des 20 000 signatures. Vous pouvez aussi faire un don et vous abonner à mon blog par e-mail afin de recevoir automatiquement mes nouvelles publications. Suivez-moi également sur Twitter et Bluesky.

Si vous êtes en mesure de participer à une action antiraciste au prochain Congrès de la CGT à Tours et/ou au prochain Congrès de la CGT Educ’action 63 à Clermont-Ferrand, qui se tiendront en juin 2026, voire à d’autres actions dans le Puy-de-Dôme ou en région parisienne, dont le but sera d’attirer l’attention des médias, veuillez me contacter par email (alainmarshal2@gmail.com). Vous pouvez également contribuer à briser l’omerta en témoignant d’autres expériences similaires au sein de la CGT, comme l’exemple d’Alex (signez la pétition pour le soutenir) ou celui d’Abdelatif.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.