alain o (avatar)

alain o

Citoyen

Abonné·e de Mediapart

39 Billets

0 Édition

Billet de blog 3 août 2018

alain o (avatar)

alain o

Citoyen

Abonné·e de Mediapart

Assumage et enfumage sont dans un bateau… Une facette de l’affaire Benalla-Macron

E. Macron a fini par s’exprimer sur l’affaire BenallÉlysée, le 24 juillet. Il prétend « assumer », comme « seul responsable ». Assumer quoi, en vérité? En outre, il sait parfaitement que dire cela ne mange pas de pain, car il est protégé par la Constitution. Cette posture bravache, méprisante et fallacieuse est caractéristique du en-même-temps euphémisme de double-jeu, sa marque de fabrique.

alain o (avatar)

alain o

Citoyen

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

« Je l'assume totalement (…) Aucun regret, j'assume totalement et j'assumerai toujours » assène E. Macron sur France 2 au soir du premier tour de l’élection présidentielle. Assumer quoi? Une soirée organisée pour fêter sa présence au second tour. Soirée critiquée de nombreux côtés, non pas tant du fait du lieu, qui certes n’a rien à voir avec le Fou(tri)quet’s de N. Sarkozy 5 ans auparavant, mais de l’ambiance, triomphaliste. Alors que Marine Le Pen accède au second tour, qu’il la devance de peu, qu’une partie des électeurs ont voté pour lui parce que contre elle - avec une campagne d’intimidation et de peur largement instrumentalisée -, que le taux d’abstention et de vote blanc n’a jamais été aussi élevé.

E. Macron est coutumier d’assumer, tout, totalement, toujours. Il assume d’avoir quitté, bien avant la fin de son engagement moral et contractuel de 10 ans, son poste d’énarque haut-fonctionnaire, formé et payé par les finances publiques, pour rejoindre le haut-privé des affaires (le remboursement des frais de scolarité étant un « pourboire » eu égard à sa rémunération fixe et variable de banquier d’affaires). Il assume son programme économique, fiscal et social, fondé sur des contre-réformes d’une ampleur et d’une dureté inédites, approfondissant celles entreprises dans et par « l’ancien monde »!, sachant qu’il l’avait entrepris comme conseiller puis ministre de l’économie d’un certain F. Hollande. Il assume d’utiliser à foison un dispositif de l’ordre d’état d’exception, et dans tous les cas d’autoritarisme, celui des ordonnances. Il assume une contre-réforme non évoquée dans son programme électoral, le démantèlement du service public ferroviaire.

D’autres exemples? En septembre 2014 il assume de qualifier d’illettrées les ouvrières en lutte d’une usine menacée de fermeture, car c’est « un fait ». Lors d'un déplacement à Lunel dans Hérault le 25 mai 2017, il rétorque à deux grévistes en tee-shirt l’interpellant sur la loi travail : « Vous n’allez pas me faire peur avec votre tee-shirt. La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler. » L’un d’eux répond : « Mais je rêve de travailler, monsieur Macron ». Le 4 octobre 2017 il fait la morale, ou la leçon à des chômeurs et à des licenciés venus l’interpeller : « Certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux de chercher des postes ». Il assume « le fond de ses propos » et l'utilisation d'un mot « familier », « populaire » (sic!). Il assume de faire la leçon à un jeune homme qui l’appelle Manu, et en même temps de faire copain copain (pour reprendre la formule du parti de Valéry Giscard d’Estaing contre le pouvoir de Georges Pompidou : copain coquin) avec les puissances économiques dont il est avéré qu’elles pratiquent un mélange « savant » d’optimisation fiscale, de fraudes et évasion fiscale en tout genre et en bande organisée, avec l’assistanat de cabinets fiscalistes et de structures bancaro-financières réputés et ayant pognon, pardon, pignon sur rue. ce qui est tout sauf bien élevé et civique et respectueux de la souveraineté du peuple, bien plus importante que la personne du monarque.

L’assumage concerne également l’accueil répressif des réfugiés et exilés, le contrôle drastique des chômeurs, la transformation d’une loi d’exception sécuritaire et liberticide en loi ordinaire (dite terrorisme et sécurité intérieure), le démantèlement du code du travail, l’affaiblissement  des services publics, la cession de biens publics à des intérêts privés, la hausse de la CSG sans compensation pour 60-80% des retraité.e.s, etc.

Le principe Assumage du président est repris à foison par ses vassaux.  Jusqu’à la caricature et au ridicule, comme le montre la réaction des membres du gouvernement, des députés REM à propos de BenallElysée.  Et M. Benalla lui aussi dit assumer, dans son interview du 24 juillet au Monde, tout en étant vague sur quoi porte l’assumage. Ce n’est pas nouveau. Ainsi, le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner déclara « assumer les mots » d’E. Macron sur les fouteurs de bordel, assumant donc ce que son patron assume. « Moi j'assume qu'un président de la République puisse nommer les choses et utiliser les mots que nous utilisons tous au quotidien. On peut être cultivé et parler comme les Français. Je pense qu'on peut aussi avoir l'objectif en politique (...) d'arrêter la langue de bois et d'oser nommer les choses ». Il y a donc « les Français » et « les Français cultivés »; faire grève et manifester, c’est foutre le bordel; les Français parlent « comme ça ». Mais ils viennent d’où? Ils vivent où? Ils prennent les gens pour qui? Affligeant et inquiétant.

Dans l’affaire BenallÉlysées, il assume tout, de la fonction « para-publique », plutôt de para privé, d’un de ses « protégés » aux empêchements d’investigation parlementaire, en passant par les tentatives de dissimulation (avec mensonges). Jusqu’à lancer un « Qu’ils viennent me chercher » proprement sidérant mais guère étonnant, dans la forme (un doigt d’honneur, un « je vous nique tous ») et dans le fond (démocratique et républicain), sachant que, comme l’exprima Victor Hugo, la forme c’est le fond qui remonte à la surface. Victor Hugo, ce républicain acharné, cet anti-monarchiste radical, cette conscience humaine toujours en éveil, ce défenseur infatigable des droits de l’homme et du citoyen, qui écrivit  Napoléon le Petit, sur le coup d'État du 2 décembre 1851 et la dictature d’un rejeton bonapartiste. Ouvrage qu’il convient de (re)lire à la lumière de la situation actuelle, toutes choses étant égales par ailleurs.

É. Philippe pratique évidemment le principe Assumage. Par exemple, lors de sa prestation télévisée sur France 2 du 28 septembre 2017, il dit assumer la suppression de l’Impôt de solidarité sur la fortune et son remplacement par l’Impôt sur la fortune immobilière. L’IFI rapportera quelque 900 millions d’euros/an, au mieux, mais la suppression de l’ISF fait perdre quelque 3,2 milliards €/an de recettes fiscales et donc en fait gagner autant aux fortunes concernées. Lors d’une interview à Londres en juillet 2017, il avait assumé, dans un éclat de rire, de faire une politique de droite, en ajoutant : « Cela vous étonne? ». Autre application : en décembre 2017 il abandonne l’A340 de l’armée et affrète un jet privé pour lui et son groupe d’accompagnateurs.trices afin de rentrer de Tokyo à Paris. « J’ai pris une décision, que j'assume (...) je l'assume tellement que je veux l’expliquer. » Il emploie pas moins de sept déclinaisons du verbe assumer en quelques minutes. Quatre de ses arguments sont contredits par un journal pas vraiment fouteur de bordel comme le JDD du 21 décembre 2017. (Si la loi Fake News, au demeurant de tendance liberticide, est ordonnancée, il sera intéressant de revenir sur cet assumage fondé sur des faux faits.)

A contrario, en vertu de l’égalité des chances et des devoirs, chacun.e est appelé.e à assumer et à « s’assumer ». Pour de vrai. Ainsi, pour les chômeurs, les salarié.e.s à temps précaire ou partiel, les allocataires sociaux, pour les gens « du commun » en général, c’est l’obligation de se responsabiliser, de se prendre en charge et de « ne pas tout demander à ou attendre de la société », de ne pas devenir des « assistés permanents ». Sinon, il faut assumer les conséquences de sa « paresse », de son « manque de volonté énergie enthousiasme et désir de devenir milliardaire ». En d’autres termes, si vous avez des problèmes, c’est vous le problème, c’est vous qui êtes « difficile » (et non « en difficulté », comme l’on dit d’un enfant ou de certaines banlieues (d’autres étant donc à contrario « faciles », il en est de même pour le couple défavorisé - favorisé…).   

Si le vocable Assumer fait partie de la novlangue générale et en particulier macronienne, c’est qu’il est concis, il claque comme un voile de vertu ou une oriflamme de bravoure et de détermination. Assumable n’existe pas, et assumage n’est pas encore employé. C’est dommage car il pourrait provoquer un lapsus : enfumage. Ce qui ne serait que justice, eu égard à l’usage qui est désormais fait de ce mot par les représentants des pouvoirs en place : se défausser, flouter et fausser la réalité et les faits. Des pratiques de filou (personne malhonnête et sans scrupules qui trompe ou -et vole autrui, dit le dictionnaire).

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.