Ce type, le président, n’a pas les mots d’un président.

« Ça se voit ! Le type, il n’a pas les mots d’un Gitan. Il n’a pas les mots d’un boxeur gitan » a décrété le président dans un « entretien informel » (?!) au Point le 31 janvier. Il parlait de Christophe Dettinger, ayant « boxé » un policier lors d’une manifestation Gilets Jaunes. Trop fort, E. Macron, qui cause le gitan, la boxe et accuse une puissance étrangère d’ingérence intérieure.

D’abord, un éclat de rire. Ensuite, la prise au sérieux de cette déclaration « informelle » à un magazine qui ne plaisante pas avec l’idéologie et la politique de sa classe. Les médias de pouvoir ont relayé à qui mieux mieux la pensée du type, je veux dire du président : « Et si Christophe Dettinger avait été conseillé par un avocat d’extrême-gauche pour se défendre sur les réseaux sociaux ? Et si le débat autour des Gilets jaunes était essentiellement insufflé par des trolls extrémistes ou influencés par des puissances étrangères ? (..) Il ne faut pas se tromper. On est d’une naïveté extraordinaire. […] Le boxeur (Christophe Dettinger, la vidéo qu’il fait avant de se rendre, il a été briefé par un avocat d’extrême gauche ». Voici la pensée « complexe, éclairée et éclairante» de M. Macron, en trois points comme on l’apprend à l’Ena :

1- M. Dettinger est conseillé par un avocat. Serait-ce un délit? Pensons simplement à M. Benalla, ayant bénéficié à la fois de « conseillers de l’Elysée » et d’avocats (de quel extrême?). Sans parler de M. Sarkozy, que M. Macron reçoit et consulte beaucoup, pourtant poursuivi de faits autrement plus graves, dont une espèce de complicité financiaro-politique avec un régime dictatorial. Sans ajouter les influences de certains pays à travers de juteux contrat d’armements au profit d’industriels français dont le président se fait le représentant de commerce et le petit télégraphiste sans se soucier des droits humains dans ces pays. Mais peut-être M. Macron considère-t-il que ce qui est encore plus grave, c’est que l’avocat serait d’extrême-gauche. Veut-il dire par là qu’un avocat d’extrême-gauche (sic!) n’est pas un avocat? Au-delà de cet implicite, pour le moins malvenu dans une parole « informelle » du garant de la justice et de son indépendance, peut-il fournir la preuve de cette désignation, et sur quelle base : des déclarations de cet avocat, une fiche des services de renseignements? Grave, vraiment grave.

1 bis. M. Dettinger a besoin d’un avocat (d’extrême-gauche) pour poster une vidéo sur son engagement avec les Gilets jaunes. En d’autres termes, il est pas foutu de parler comme il faut, d’exprimer des idées sensées et cohérentes, rationnelles et de raison. « Illettré », pour reprendre cette désignation macronienne des ouvrières en lutte de l’usine GAD? En outre, il est conseillé par un avocat etc. pour se défendre et, au fond, tenter d’entourlouper la justice - sur ce point, E. Macron … auto-censure pour ne pas risquer un procès en diffamation!). Où l’on rejoint la qualification des Gilets jaunes, et plus généralement de tous les mouvements sociaux et citoyens, de « foule haineuse guidée par l’émotion et incapables de formuler un programme et de désigner des représentants, et de comprendre la mondialisation et la seule alternative possible et à qui il faut faire de la pédagogie, etc. ». C’est évidemment pour cette raison, cette faiblesse en quelque sorte congénitale, que les influences néfastes s’exercent (voir 3).

2- M. Dettinger, décrète le président, n’est pas Gitan. Mieux : il n’est pas un boxeur gitan. Une sorte de double peine, là, pour la personne. Il serait bienvenu que le président précise : a) les critères qu’il estime être ceux d’un Gitan, critères physiques, psychologiques, langagiers ou autres. b) les mots qu’il estime être ceux d’un Gitan. c- s’il estime que M. Dettinger ne doit pas être considéré, et caractérisé, simplement comme un citoyen, un citoyen français, ce que M. Dettinger dit de lui dans la vidéo. Pourquoi donc le président choisit cette présentation? En réthorique, cela s’appelle une litote : M. D. n’est pas, mais il l’est quand même. Cela rappelle, par exemple, M. Sarkozy se vantant d’avoir nommé un « préfet musulman ». L’implicite de ce type d’expression est de désigner la personne comme possiblement non française ou pas tout à fait ou pas vraiment au fond, ce fond dont il faut se méfier en toutes circonstances car il peut être influencé ou manipulé par « l’étranger intérieur (extrême-gauche) ou extérieur (puissance malveillante) Cet environnement langagier et idéologique ne vient pas par hasard dans le discours de E. Macron qui, rappelons-le, a tenté et tente de réintroduire la question de « l’identité nationale - immigration » dans son « Grand Débat » en vue des élections européennes.

3- E. Macron en rajoute, en indiquant qu’il y a une « main de l’étranger », voire plusieurs mains, dans tout cela. M. Dettinger, les Gilets jaunes, les opposant le visant lui et sa politique, les tentatives de renverser les institutions, si si si. C’est « logique et évident » à ses yeux de « non naïf ». Et de citer la « russosphère et Russia Today. Et il associe comme de bien entendu la gauchosphère et la fachosphère, dont il a été, est et sera l’unique adversaire possible et légitime, la campagne électorale reprend. (Notons que la cohérence, surtout pour celui qui se réclame du etdegaucheetdedroite, eût voulu qu’il dise : extême-gauchosphère…) Si on relie les pointillés, il apparaît que M. Dettinger lui-même, non seulement n’est pas Gitan, mais en plus pourrait être influencé par l’étranger (un non-Gitan de l’étranger, quoi!). C’est évidemment encore plus du grand comique, quand on sait, par des articles documentés (Mediapart), certains liens entre tel ou tel « conseiller » de E. Macron et la Russie, plus précisément tel oligarque au coeur du pouvoir russe et par ailleurs soupçonné de liens avec la mafia. Ce type-là, M. Benalla, menait ces affaires-là au coeur du palais présidentiel : incompétence ou bienveillance du monarque, qui semble du reste poursuivre dans cette voie, si l’on en croit les révélations récentes de Medipart? Le président ressort donc la théorie de la 5e colonne, des « ennemis » de l’intérieur ou, de façon plus douce, des « idiots utiles ». D’ici à ce que la déchéance de nationalité revienne sur le tapis… Toutes les ficelles de l’ancien monde politique.

Un président, du moins de la République car président d’une start-up c’est une autre affaire (normalement!) ne devrait pas, ne pourrait pas pouvoir parler comme cela. On sait qu’il ose tout. Ici, en cherchant à dénigrer et à disqualifier nommément et ad-hominem un citoyen. C’est « logique et évident » avec son goût irrépressible et insatiable pour s’attaquer à tels ou tels personne et groupe. Il désigne ainsi, du haut de son « savoir » et de son « olympe » : des ouvrières illettrées, des salariés licenciés fouteurs de bordel (en ajoutant que parler ainsi c’est parler populaire, parler comme le peuple!), des sans emploi qui ne veulent pas traverser la rue, des chômeurs qui déconnent, des profiteurs de pognon de dingue, des enfants-c’est-pas-open-bar (enfants : immatures, pas voix au chapitre), des gaulois réfractaires, paresseux, séditieux, émeutiers, des jojo-le-gilet-jaune, etc. Mépris, insulte, arrogance. Désignant toujours les mêmes classes populaires et exploitées, jamais les fraudeurs, émigrés et évadés fiscaux, les profiteurs et assistés des niches et exonérations fiscales, des aides et subventions qui se chiffrent en centaines de milliards par an, des paresseux rentiers traversant les frontières pour planquer leur fric dans les paradis fiscaux (600 milliards). Ou encore les illettré.es récitant le dogme économico-financier comme un intégrisme religieux et organisant en complicité avec lui une véritable Inquisition : loi travail, loi sécurité, loi anti-manifestants, loi privatisation-dénationalisation, loi secret des affaires, et bientôt loi anti-liberté d’expression sous couvert de loi anti-fake-news.

« Quand on entend ce qu’on entend et qu’on voit ce qu’on voit, on a raison de penser ce qu’on pense » ironisait Pierre Dac, grand humoriste, créateur du slogan Radio Paris ment, Radio Paris est allemand, et Compagnon de la Libération. Voici ce qu’on pense :

1- M. Macron semble conseillé, en outre par des avocats (de sa politique et de sa communication « pédagogique »), de plus en plus portés à l’extrêmisme idéologique et pratique, en forme d’autoritarisme systémique.

2- Il s’exprime, et s’adresse à la plus grande partie des citoyen.nes pas comme un président de la République, mais comme président d’un fraction de la population, voire d’une faction économico-financiaro-politique, la bourgeoisie à l’heure du capitalisme financiarisé, qui s’est appropriée les institutions pour les mettre à son profit et défendre ses  seuls intérêts de classe aux dépens du bien commun, de la solidarité et de toutes les justices : fiscales, sociales, démocratiques, écologiques, éducationnelles, habitationnelles, etc.

3- Il bénéficie de l’appui de la majorité des médias français, tenus par une dizaine de milliardaires aux entreprises pour la plupart transnationales, et dont la ligne générale est la paradisation maximale fiscalo-financière en même temps en France et dans d’autres pays. Ce qui représente une « puissance étrangère à la démocratie et à la république » particulièrement néfaste et dangereuse pour celles-ci.

Violence des mots, des discours, des politiques, des pratiques policières et institutionnelles.

Je vous recommande cette déconstruction d’un discours de E. Macron particulièrement savoureuse à mes yeux : https://www.youtube.com/watch?v=NOUwgpe9XDk

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