La loi Blanquer, nouvel avatar de la volonté de soumettre la société.

L'article 1 de la "loi Blanquer" s’inscrit dans la volonté d’empêchement de toute critique et contestation de l’idéologie et de la politique du pouvoir macronien. Elle rejoint les autres lois liberticides de l'État macronien. Et si nous la retournions contre ses promoteurs?

L'article 1 de la "loi Blanquer" vise à faire taire dans les rangs. Il mentionne ainsi : « le cadre d’affaires disciplinaires concernant des personnels (…) s’étant rendus coupables de faits portant atteinte à la réputation du service public (...) , par exemple lorsque des personnels de la communauté éducative chercheront à dénigrer auprès du public (…) leurs collègues et de manière générale l’institution scolaire ». Et cela « y compris en dehors du service ».

Le vocable coupable, renvoyant à délinquance, est éclairant. Mieux : le « personnel » doit taire ses opinions "y compris en dehors du service », ce qui nie la qualité de citoyen.ne. Quant à « dénigrer de manière générale l’institution scolaire », cela peut désigner tout et n’importe quoi.

Il s’agit de mettre au-dessus de la tête de chaque enseignant.e une épée de Damoclès, à travers une nouvelle loi liberticide. Car l’enseignant est sommé de la boucler et de faire taire son esprit critique (dont le développement est l’un des fondements de l’institution éducative, du moins jusque-là) non seulement pendant ses heures de travail, mais en dehors, autrement dit comme citoyen. Cela signifie rayer d’un trait de plume sergent-major (sic!) l’un des fondements de la Constitution française : la liberté de conscience, d’opinion et d’expression. L’extrait donné pourrait faire l’objet d’un sujet philosophique ou civique. D’ici là, peut-être le Conseil constitutionnel se sera auto-saisi, encore que le doute soit permis au vu de l’évolution de sa composition.

Ce que tente de faire Blanquer (et Macron) vis-à-vis du service public de l’Éducation nationale s’inscrit dans la tentative de mise au pas généralisé de la société française et de ses constituants (sauf bien entendu les classes possédantes et dominantes, qui bénéficient d’une tolérance 200% et plus car affinités). L’un des policiers ayant participé à l’humiliation de quelque 150 d’élèves de Mantes la Jolie obligés de se mettre à genoux, les mains sur la tête ou la nuque et pour la plupart face à un mur, l’a résumé ainsi : « Voilà une classe qui se tient sage », incitant en outre les professeurs à s’inspirer de cette méthode, soutenue par le ministère de l’Éducation nationale… et par S. Royal qui n’oublie jamais de faire de la publicité pour son « ordre juste », qui n’est juste que de l’ordre moral et social injuste Les méthodes et outils pour que les classes populaires se tiennent sages ont été singulièrement renforcés, diversifiés et durcis avec Macron. Des exemples? La loi d’exception transformée en loi ordinaire appelée Loi sécurité, qui vise tout le monde et en particulier les lanceurs d’alerte, les journalistes, les syndicalistes. La loi secret des affaires, pour faire tenir sage toute personne salariée d’une entreprise ou extérieure qui aurait l’idée de critiquer ou « dénigrer » le fonctionnement de l’entreprise, de rendre publics des faits d’intérêt général, tels que fraudes, manquements aux lois et règlements, etc. La loi justice, qui vise à algorithmer (selon quels critères, pour quels objectifs?) la justice et en déposséder avocats, magistrats et juges d’instruction. La possible loi fake news, qui vise à instaurer une espèce de ministère de la vérité (la loi Blanquer y contribue à sa façon) pour contrôler les médias, dont 90% appartiennent déjà à 10 milliardaires des mondes financiaro-industriels ayant en outre pour beaucoup des contrats avec l’État, et bénéficiant des dénationalisations passées et en cours.

L’ordre social injuste doit régner, par les lois, les ordonnances, les décisions unilatérales. Et par l’ordre policier. Tout ceci en-marchant ensemble. Macron avait critiqué l’emploi du 49-3 par M. Valls, dans le gouvernement duquel il figurait, il inaugura sa présidence par pire : des ordonnances. Il se plaît à ouvrir un dit Grand débat, s’en sert comme tribune présidentielle et électorale, mais annonce d’emblée la couleur : JE déciderai, et sur l’ISF, la justice fiscale, la démocratie délibérative et révocatoire, entre autres, ce sera NON. Des personnes des groupes sociaux, les classes populaires contestent sa politique, dénoncent les injustices et les inégalités, réclament leurs droits et font des propositions, et pour cela construisent des cabanes, occupent des ronds-points, manifestent? Macron et son gouvernement mettent en oeuvre des moyens d’intimidation et de répression inouïs dans leur intensité en termes de violence et de systématisme. Les critiques et demandes d’informations de l’Onu, du Défenseur des droits, du Parlement européen, de la Ligue des droits de l’homme, entre autres? Rejetées, plus ou moins civilement. Sans oublier le discours en boucle sur la « foule haineuse », les « jaloux-envieux-aigris-irresponsables », ainsi que l’injonction répétitive dans les médias à tout intervenant pas dans la ligne, pas sage : « Vous dénoncez les violences? Vous vous désolidarisez? Vous condamnez?» (les mêmes pratiques employées lors des grèves et occupations d’usine tels Good Year et Continental, ou lors des « chemises arrachées » d’un DRH de Air France, par exemple, mais jamais employées contre un dirigeant d’entreprise ou de fonds d’investissements lors de suicides professionnels, de burn-out, de licenciements pour raisons boursières… ).

M. Macron a fait la leçon à Geneviève Legay, qui a reçu une leçon des forces de police, à qui les autorités policières et politiques intiment l’ordre de faire régner l’ordre. Le président prétendument philosophe l’a exprimé avec son mépris coutumier (à l’égard de ses adversaires) : vous n’aviez pas à manifester (c’était une manifestation pour le droit de manifester!) ou alors il faut prendre vos responsabilités. Selon lui être sage, c’est rester chez soi, et donc accepter sa politique. Il ne peut accepter que la sagesse est précisément de participer à toute action visant à empêcher la dé-démocratisation de la société française, la remise en cause du modèle social constitué au fil des générations par les luttes (cela s’appelle non pas acquis ou providence mais conquêtes sociales), la mise en place d’un État autoritaro-policier tenu par et pour des intérêts économico-financiers.

Et si nous appliquions cet article de la loi Blanquer à celles et à ceux qui nous gouvernent actuellement? Nous réclamons donc des « mesures disciplinaires et révocatoires contre les personnes investies d’une autorité publique gouvernementale et qui portent atteinte à la réputation du service public et cherchent à dénigrer auprès du public (…) les personnes y contribuant et de manière générale l’institution sociale et citoyenne française ». Et cela « y compris en dehors du service ». Par exemple? Quand il est allégué que les fonctionnaires ne font « même pas » 35 heures, que les enseignants par exemple pourraient faire des heures supplémentaires. Quand il est avancé le bobard selon lequel un chômeur peut gagner plus avec des allocations chômage qu’avec un salaire, qu’un bénéficiaire d’aides sociales perçoit plus qu’un Smic. Quand il est dénoncé la faible efficacité et le fort coût, « par nature », du service public, face à l’hénaurme productivité et le faible coût, « par nature », du service privé. Quand il est prétexté que l’État, en d’autres termes les organisations et les personnels du secteur public, n’ont pas vocation ni compétences à gérer les aéroports, les autoroutes, les services de l’eau,  les transports, etc. Quand il est menti sur les institutions publiques comme les tribunaux, les lieux de santé, les pôles emploi, qui pourraient faire tellement mieux et plus sans moyens ni personnes supplémentaires. Etc. Etc.

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