La banalité de la malle?

« Votre évasion fascine absolument le monde entier, pour beaucoup d’enfants vous êtes l’homme qui a voyagé dans la malle. Vous avez vraiment voyagé dans la malle ? » Ainsi s’est exclamée, les yeux pétillants et le sourire gourmand, Léa enfant Salamé le 7 janvier 2020.

Cela s’est donc passé en direct du Liban sur une chaîne de service public. Il y avait apparemment une urgence - clin d’oeil par exemple aux services d’urgences hospitaliers, réclamant des moyens pour assurer leur mission de service public dans des conditions minimales et non dégradées, dégradantes. Urgence de faire une telle dépense publique, en prime! au moment où une grève est menée à Radio France contre la suppression de près de 300 emplois et l’imposition de réductions économiques d’ampleur, en vertu de la novlangue : supprimer c’est améliorer. Sans parler des questions écologiques liées au transport de l’équipe, sachant qu’à l’ère start-upienne il existe, par exemple, la visio-conférence. Mais M. Ghosn était-il OK? LS y a pensé ou voulait-elle son quart d’heure de gloire enfantine? Quelle honte du service public, en effet. Mais du service privé? M. Ghosn était et reste, semble-t-il, un bon client, au moins médiatique, d’ailleurs il a l’habitude des lieux de service public, comme le Château de Versailles. Bref.

C’est la malle hardie d’amour

Or donc la journaliste qui, si les mots et la déontologie ont un sens, entend porter à la connaissance du plus large public des informations d’intérêt et d’intérêt général, questionne. Sans concession, sans compromis, sans complaisance, sans rien, vraiment. Questionne un homme qui dit « avoir du coffre », expression signifiant avoir de l’audace, du courage et qui, rendez-vous compte!, est réservée à l’homme, selon le dictionnaire! Il faudrait questionner ce manquement à la parité. Or donc, ayant questionné les enfants du monde entier et s’en faisant la porte-coffre, elle se dépense sans compter afin de ne pas s’en laisser conter par du story-telling. Elle met à la question, au sens d’obliger à parler, sous la contrainte, pour ne pas dire la torture, M. Ghosn. A la question parfaitement, comme avec d’autres, par exemple P. Martinez quelques jours plus tôt (voir site Acrimed). Et, ce serait…

Pour les citoyennes et citoyens du monde entier, la journaliste est fascinée par un homme poursuivi pour diverses délinquances, synonymes de actes hors-la-loi. Bon, cela est petit bras par rapport aux « preneurs d’otage »s et autres « pratiquants de méthodes terroristes » que sont « certains syndicats » et « foules haineuses ». Mais quand même, ce n’est pas rien. Surtout si l’on considère que l’Etat actionnaire de Renault a laissé faire, par amateurisme ou « concordance idéologique » pendant des années, se contentant de faire appel à l’exemplarité, c’est le mot habituel dans ce cas, des dirigeants économiques et financiers, à leurs chartes de déontologie et de valeurs. Oui, de valeurs, le mot est polysémique, principes et actifs financiers. Etonnant? L’individu G. comme le commun des mortels, enfin en général, est certes et légalement présumé innocent. Mais il organise une cavale en malle à coups de millions d’euros, ce n’est pas rien, enfin, cela dépend pour qui, afin d’échapper à la justice et à un procès pénal. Ce qui pourrait, pourrait être là aussi un acte délictueux.

Or donc, l’Aladdin moderne sur son tapis volant, enfin, volant… précisément, a-t-il volé (dans) sa malle? Malle ou pas malle, telle est la question digne d’une oeuvre de Shakespeare. Et la shakespearienne journaliste les transforme, le fait et l’homme, en spectacle, en divertissement et en diversion, histoire de rendre le temps de cerveau disponible, selon un ex-président de TF1. Cela ne s’appelle-t-il pas voyager dans la malle du discours dominant? Avec un sens aérien de cet équilibre tant vanté, qui consiste ici à en même temps pratiquer de façon « fascinante » à l’encontre des opposants à ce discours et à ses mises en pratiques violentes, dégradantes, injustes, appauvrissantes (voir les exemples récurrents  pointés par Acrimed).

Mais la malle, ah! la malle!

La cassette, la cassette!, refrain comique de l’Avare, de Molière. Avare? C’est un autre gag. Or donc il n’y a que malle qui malle, qui vale. On connaissait les enfants de la balle, on découvre les enfants de la malle. Quel plaisir, quelle émotion, quelle émancipation de s’emmaller pour un grand BéBé, Big Boss ou petit Big Brother (voir article Mediapart espionnage chez Renault) qui se fait la malle après en avoir mis plein de côté, pas vraiment peau de malle. C’est jouissif, le mâle dans la malle. Et la marque de la malle, la marque, dites? Hermès, peut-être, le confort, l’élégance, les bonnes manières sont à ce prix.  Ah! c’est le moment de se souvenir de B. Le Maire, quand même ministre des cordons de la malle publique, passons, affirmant qu’il est Hermès, au côté de Jupiter qui vous savez. Hermès, dieu entre autres des voyageurs et des voleurs, selon la mythologie, du monde ancien, toute correspondance avec le monde nouveau serait un malle entendu. Eh!, qui va là se tirant une malle dans le pied?

Quant à l’immense malle heurt du monde, c’est une autre histoire, pourquoi en faire toute une histoire, de plus on ne peut l’accueillir toute entière, enfin, cela dépend de sa nature et du contenu.  C’est une affaire, d’attractivité, n’est-ce pas. Certaines personnes ont la préférence pour ceux qui mallent à tout va, à tire d’ailes, qui voyagent au-dessus des frontières en jouant à prends l’oseille et malle-toi. Quant à ceux qui rament, râlent, grognent, enfin, grondent, c’est une autre histoire, vraiment. A ceux-là il convient de fermer leur malle, expression signifiant fermer leur clapet, en quelque sorte les boucler eux et leur bouche. Ils se retrouvent plus que souvent en malle à vue, en malle de police, au coffre quoi. expression un peu vieillotte mais remise au goût du jour. Pas le même coffre, il ne faut pas tout et tous confondre, selon l’élément de langage, pas confondre certaines personnes et pratiques, vous me suivez? Or donc, fasciner pour les émigrés, que dis-je, les réfugiés pour persécutions et injustices, en malle aérienne, c’est plus chic et émotionnant que le faire pour les migrants de toutes  raisons en conteneurs roulant ou zodiaquant. Elle est pas plus malle, la vie!

A propos de malle et de coffre, où s'est en-volé le coffre et même les coffres de BenallElysées? Selon certaines informations jugées malle-saines par certaines gens, ils auraient été décoffrés, ou malle-safe, dans des conditions qui ne font pas rêver les citoyennes et les citoyens. Quand bien même le président s’obstine à les appeler « ses », article possessif, « enfants », au sens de n’ayant pas la capacité ni le droit à la parole. Et à les traiter en conséquence, en donnant des leçons de pédagogie, théorie et pratique, quand ils s’obstinent à faire preuve de « déficit de communication ». Communication, vraiment. Quant aux déficits programmés, organisés, de démocratie, de social, d’écologie, de justice, de … Enfants de ce pays et de tous les pays, unissez-vous, etc., comme l’énoncent la chanson et la première internationale, celle du manifeste du parti communiste.

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