Homard, Ô marre rugit Rugy (de)

L’époque est rude et même dégueulasse. Tant de reculs des droits sociaux, économiques, démocratiques, etc. Tant d’avancées (progrès dans le langage EM) dans les injustices, les inégalités, les pauvretés, etc. Et l’indécence, tout simplement, au sens où George Orwell le caractérisait.

Cela commence toujours par la contre-attaque, de plus ou moins forte intensité. Les expressions usitées sont rabâchées : fake news, insinuations, travestissements, déni de réalité, etc. Et :  attaque ad hominem, délation, rien que ça, afin de stigmatiser des révélations d’intérêt public. La violence du langage est désormais au niveau d’alerte, et il ne s’agit pas que des qualificatifs lancés par le président : illettrés, fouteurs de bordel, paresseux, ceux-qui-ne-sont-rien et autres refusants-de-devenir-milliardaires. Les expressions prise d’otage, émeutiers, antirépublicains, populistes, foule haineuse sont monnaie courante et prétendent légitimer des violences d’État policières et juridiques disproportionnées et non appropriées, autrement dit illégitimes. La démarche de criminalisation des mouvements sociaux et citoyens, si elle a commencé avant Macron, prend aujourd’hui une tournure inquiétante et une dimension inédite. Pendant ce temps, comme dans des vases communicants, tout ce qui relève des délinquances, fraudes et actes criminels au sens de hors la loi, contraires aux conventions et traités internationaux (réfugiés, migrants, écologie entre autres) liés au système capitaliste financiarisé, à son personnel et à ses bénéficiaires, est minoré, toléré, excusé,  indulgencé, organisé. Avec une panoplie étendue d’éléments de langage et d’excuses. Jusqu’au président, affirmant - quel théâtre! - avec constance, notamment en novembre 2018 et en janvier 2019 qu’il ne voulait jamais blesser par ses mots ou ses mesures. Vous avez dit blesser ? Penser aux manifestants Lois Travail et surtout Gilets jaunes, aux salarié.es d’entreprises subissant les effets des contre-réformes du code du travail, aux personnes atteintes par les mesures contre les aides sociales, les services publics, aux quartiers populaires, etc. Blesser sans le vouloir mais assumer; s’excuser mais (se) justifier; reconnaître en paroles mais poursuivre en actes. Car il ne s’agit pas de elle ou telle personne (encore que) mais de système. Ceci est le contexte.

Et Rugy (de), donc? Il pousse le bouchon (des vins, des champagnes et autres libéralités) et cela vaut son pesant de pinces (de homard) sans rire. Je n’aime pas le homard, je déteste le homard, j’adore, pardon, j’abhorre le homard, je le vomis, je le conchie, il me donne la nausée, l’urticaire, l’eczéma, que sais-je encore. Le homard, j’en ai eu marre depuis ma plus tendre enfance. Comment, une photo me montre le pêchant? Mais c’est pour le sport, la tradition, la rigolade, pêcher ne veut pas dire consommer, c’est comme dans la Bible, un homme peut regarder une femme sans que. Je m’égare, m’égard, gare. Cela me rend hagard. Les homards, c’étaient pour les autres, pour la société civile, pour fluidifier les relations sociales*, pour être ou rester au contact, comme dans la doctrine revisitée de la politique du maintien de l’ordre, qui elle aussi doit rester au contact de la société civile, n’est-il pas? Et parce que cela contribue à la régulation sociale, je suis pour la régulation, en économie, en politique, en homardie. Le contraire de la régulation c’est la déconnexion, c’est si vite arrivé quand on occupe des postes comme les miens, enfin, bref. D’ailleurs, vous avez des photos me montrant mangeant du homard? Non? C’est bien la preuve que, donc!

En outre les services de l’Assemblée nationale auraient pu engager le dialogue social avec moi, quand même. Ils auraient pu me demander si le homard et moi on pouvait cheminer de conserve dans les plaisirs de la table. Ils ne l’ont pas fait, c’est limite faute professionnelle, il se pourrait que… bon… nous verrons. A plusieurs reprises? Qu’en sais-je. Quand on aime la société civile on ne compte pas. Je ne supporte pas la vue du homard, je détourne, le regard, je suis le nez dans mon assiette, je n’en savais rien. Prouvez le contraire, hein. En prime, si j’ose dire, ils en choisissent des géants! Comme par un fake exprès. Evidemment, côté esthétique c’est hors du commun. Veuillez écrire : c’est beau et élégant. Cela rend mieux sur la photo. Mais les photos n’étaient pas destinées à être rendues publiques, que fait-on de la présomption d’innocence, du droit à l’image et du secret des affaires gastronomiques? Géant, il y a de quoi en faire des homards, des cauchemars, à présent. Tandis que de escargots, par exemple, oui, la prochaine fois… de plus il n’existe pas d’escargots géants, à ma connaissance du moins. Permettez-moi quand même de vous poser cette question de bons sens et de bonne gouvernance: combien de HG ou homards géants ont été fournis, pour combien de personnes. Car d’un point de vue algorithmique, disons que 10 HG pour 20 personnes, c’est pareil que 20 PH ou petits homards pour autant de personnes. Et même, les HG c’est plus économique, je dirais même plus : écologique. Comme avec les grands contenants en hypermarché, vous comprenez, cela s’appelle format économique, hein, pas pour pousser à la consommation mais pour la rendre plus digeste. C’est que je suis attentif au recyclage des cartons (cartons rouges, pas drôle, là, vraiment déplacé) et des coquilles, moi, je suis attentif au budget, à la défense, hum, dépense publique comme privée, honnêtement pour moi c’est du pareil au même, enfin ne vous méprenez pas sur mes paroles, je vous en prie merci vin, merci bien. Il ne vous a pas écharpé, échappé, que j’ai réduit les frais de fonctionnement de l’Assemblée nationale, ces n’est pas le cas à l’Élysée par exemple, moquette, vaisselle, versaillades, etc., ceci est du off…

Le vin, le champagne? Je déteste l’alcool, cela donne des vapeurs, moi je préfère les valeurs, celles de la république et de la démocratie en même temps et en couple. Je déteste encore plus les bulles, je suis contre les bulles, financières ou gastronomiques, je refuse de m’y laisser enfermer. C’est la raison d'être unique de ces dîners, sortir de la bulle politique, de la bulle d’entre-soie (s’il vous plaît, enlevez ce « e » qui défigure ma pensée, j’ai bien noté votre parti-ris… parti-pris et votre volonté de me nuire personnellement et à travers moi le président). Vous dites que les vins étaient comme les homards, géants? 500 z’euros la bouteille? Qu’en sais-je, moi, je ne suis pas comptable ni oenologue. Je n’y connais rien en vin, on ne peut pas être expert en tout, cela serait de l’arrogance ou de la prétention, ce n’est pas le genre de la maison Rugy (de). Ce sont les services de l’Assemblée qui s’occupent de ces affaires-là, je leur fais entière confiance. Mais il y a quand même un moment où il faut les boire, ces bouteilles, sinon elles se bidonnent, se bouchonnent, deviennent des pièces de musée. C’est absurde, inefficace, absolument pas compétitif et productif. Je dirais même plus : c’est coûteux pour la collectivité car c’est du gâchis, qui ne profite à personne. La compétitivité, la productivité et l’efficacité sont, permettez-moi de vous le rappeler, les trois mamelles de la France du nouveau monde. Je connais quand même le présidentiel code des bonnes affaires… la charte des bonnes valeurs déontologiques. En outre, il faut recevoir correctement la société civile, avec l’art, la manière et la délicatesse sans lesquels la civilité est un mot vain, c’est cela, un vain mot. Si j’avais demandé aux services de préparer, je donne cela comme exemple, du kebab ou du burger ou du bagel ou de la pizza, sans homard bien entendu, cela aurait fait non pas des palais (de la république, oh oh) conquis mais des gorges chaudes, vous comprenez. Et maintenant, j’ai droit à des gorges profondes, sic transit, c’est le cas de le dire.

Alors oui, peut-être, si l’on veut être tatillon et maniaque, 63 000 euros pour rafraîchir mon logis professionnel…  Comment, 17 000 euros pour seulement le dressing? Ah bon. Remarquez, cela ne fait pas beaucoup si l’on rapporte au nombre de vêtements, vous voyez bien, et puis je crois que ce dressin est aussi un dressout, il sert aussi de couloir entre deux pièces, vous imaginez comment ces vieux immeubles sont mal fichus. C’était une question de sécurité et d’efficacité. De toutes façons, j’ai fourni les comparatifs de prix. Donc tout est en ordre d’en marche. N’empêche, peut-être, l’Assemblée nationale aurait pu nous fournir un mode d’emploi de la possibilité, de l’attrait du faste et de la fastilité, de la facilité. C’est dangereux, quand on manque d’habitude. C’était la première fois que j’étais avec mon épouse président de l’Assemblée, il faut du temps pour prendre les marques (vous croyez que je ne vous ai pas entendu murmurer que mes dîners étaient également destinés à rencontrer des marques, des entreprises?), prendre ses repères. C’est si facile de se laisser aller à une part d’innocence et de naïveté. Qui n’a pas sa part d’innocence, d’humanité et de naïveté comme le répète notre président? Négligence? Oui, j’aime bien le mot. Cela me fait penser à, quel est son nom déjà, l’actuelle présidente de la BCE, du temps où elle était ministre de l’économie et qui a été condamnée par la Cour de Justice de la République pour cause de négligence, quel joli mot décidément, dans l’affaire Tapie. Mais elle a été dispensée de peine, ainsi va la vie et la justice. Moi pour le moment j’ai beaucoup de peine, face à l’acharnement médiatique contre moi. Il est clair que l’on veut couper des têtes, et la mienne s’y prête, je connais mes classiques, surtout à l’approche de la nuit du 4 août (1789).

Acharnement, oui. Car ce n’est pas fini. Il paraîtrait que j’ai abusé d’un logement social. Alors que je n’ai rien demandé, il m’a été proposé, à mon insu, en toute ignorance de cause. Comment? Mes revenus dépassaient le plafond de ressources? Ah mais non, pas du tout. D’ailleurs, j’ai fourni un avis d’imposition qui… Comment? Pas du tout. J’ai fait toutes les intuitions, je veux dire les déductions et les réductions dans les règles. Vous ne tenez pas compte de la différence entre rémunération et revenu disponible, je dirais même plus : reste à vivre. Demandez aux Gilets jaunes, par exemple, ils vous l’expliqueront, mieux que moi. A cette époque mon revenu disponible était modeste, je dirais même plus : dans le jaune, enfin, dans le rouge, comme vous voulez, mais pas dans le vert, c’est sûr. Je crois d’ailleurs que j’ai dû payer certaines cotisations à mon parti de l’époque avec l’indemnité représentative de frais de mandat parlementaire. C’est dire dans quel besoin je me trouvais. Comment, ce n’est pas joli joli? Que vient faire l’esthétique ici. On parle de légal, là. En plus j’ai remboursé, alors! Comment? Nous verrons. En tout cas, je n’ai rien demandé question logement, je ne savais pas que c’était du social, vous pensez bien que sinon… Mais si on le met à ma disposition, qui suis-je pour refuser? Ce serait une marque de mépris, d’arrogance, ce n’est pas le genre de la maison.

J’ai le train de vie, hum, de l’histoire à prendre, une fois de plus. Je suis pour la mobilité, on me l’a souvent reproché, j’ai même eu droit au qualificatif de girouette, alors que je déteste le vent. Sauf quand il caresse la voile dans le bon sens, et permet d’avancer. La mobilité est une cause nationale, c’est le président qui l’a affirmé. J’en suis un parfait symbole. Moi, je ne me contente pas de grands discours, je mets en oeuvre, je concrétise, je passe à l’acte. Demandez aux chauffeurs et aux voitures de la République qui ont eu le plaisir et l’honneur de servir la sécurité ainsi que la cause écologique et solidaire, à travers moi. Comment osez-vous? Solidaire avec mes proches, mélange de déplacements privés et publics? Cela suffit, rompons là, je me réserve le droit dans les bottes de porter en justice. Parfaitement. Je n’en pince pas pour ce genre de tempête dans un verre d’eau** abracadabrantesque*** et corneculesque**** qui ne cherche pas la vérité*****. C’est un lynchage médiatique et un complot politique. C’est moi que l’on vise, et à travers moi le président et sa politique.

 

* « C’était pour fluidifier les relations de travail » affirma M. Gauthier-Savignac, à propos de la caisse noire de quelque 500 millions d'euros de l'UIMM (Union des industries minières et métallurgiques), l'une des associations de la corporation patronale Medef.

**Tempête dans un verre d’eau, expression classique de défaussage, notamment utilisée par Macron pour évoquer l’affaire Benalla, pour qui il a demandé l’indulgence (ce qui est pour le moins discutable quand on est le garant de l’indépendance de la magistrature). Mme Belloubet a suivi le président, dans l’affaire Tapie, en affirmant que ce ne serait pas logique (sic!) que le Parquet fasse appel.

***Abracadabrantresque. Adjectif utilisé en 2000 par J. Chirac, lors de révélations sur le financement occulte du RPR, ancêtre de l’UMP et des Républicains. Lui aussi a, comment dire, apprécié la gastronomie lors de son passage à la Mairie de Paris.

****Cornecul. Utilisé par Castaner dans le cadre de l’affaire Benalla (voir le blog de Alain O).

***** Expression utilisée par Macron, en particulier dans le cadre de l’affaire Benalla, cherchant à stigmatiser les médias cherchant la vérité et souhaitant la publier, dans le cadre de la loi de 1881 sur la presse, que précisément Macron entend affaiblir voire supprimer au profit d’un « conseil de l’ordre des journalistes ». Disons : pour faire régner l’ordre dans et par les médias, en premier lieu ceux n’appartenant pas à la galaxie du conglomérat industrialo-éonomico-financiaro-militaro.

Ecrit le 19 juillet

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