1 000 pages, sinon rien!

« 1 000 pages d’analyse valent plus que quelques centaines lors des réformes précédentes » tente d’argumenter Laurent Pietraszewski, secrétaire d’Etat aux retraites, 28 janvier 2020. Cela s'appelle un argument de poids. Il est vrai que les autres ne le font pas, le poids. Qu'ils sont légers, tout en étant très beaucoup toxiques.

1 kg de plumes égale 1 kg de plomb? Cette question bateau retrouve des couleurs inédites, dans le cadre de la novlangue, ou du parler faux actuel. Genre, 1 kg de plumes, de paillettes, égale 1 kg de plomb, de trucs qui plombent, n'est-ce pas. Nous passerons par bienveillance, autre de ses mots fétiches, sur le jeu enfantin de celui qui pisse plus loin, notez que cela ne s’applique qu’aux mâles - une voix me fait remarquer la variante universelle avec le crachat, certes, certes! Voilà donc qui rappelle ce syllogisme absurde : « L’emmenthal est un fromage à trous. Plus il y a de trous, plus c’est de l’emmenthal. Mais moins il y en a. » Ou encore le dit pragmatique « Mieux vaut moins car c’est mieux », en vogue à l’heure du moins de services publics, de code du travail, d’aides sociales, afin de, c’est cela, en avoir et en donner plus, au prétexte d’améliorer les choses et de combler les trous. Trous de la Sécu, des retraites… mais pas de la solidarité, de la justice fiscale et sociale.  Si moins égale plus, plus égale moins, c’est le bon sens en action. Quant aux toujours plus pour les classes possédantes et les, comment dites-vous, premiers de, mieux vaut plus car cela reste plus et encore plus car affinités.

Or donc, que valent 1000 pages, remplies de lacunes, vides, erreurs, approximations, très beaucoup mal noté par le Conseil d’Etat lui-même. Pourtant le nouveau monde ne se vante-t-il pas d’être, enfin, celui du faire simple et de la simplification? Se souvenir de l’argument mastoc contre le Code du travail : trop lourd, trop de pages, etc. En plus d'embêter 95% des entreprises, selon l'incroyable énoncé de M. Pénicaud, qui là n'avance pas que la contre-réforme des retraites est fait pour embêter 95% des personnes. Les arguments à géométrie variable, cela s’appelle la rhétorique du : C’est (pas) bon pour qui, pour quoi? On peut aussi la jouer comme dans Le Cid de Corneille, Nous partîmes à 500 pages, mais par un prompt renfort nous nous retrouvâmes… Quant à la pédagogie millénariste, pardon, de 1000 pages, n’est-ce pas la figure du Trop de pages tuent les pages? Cela s’appelle encore tirer à la ligne, ce que faisait dans le monde ancien par exemple Balzac, pour gagner un peu plus d’honoraires, serait-ce le sous-texte ici, un peu plus d’argent pour la capitalisation et les fonds, pudiquement nommés non pas de pension, évidemment, mais d’investissements. Retraités pensionnés, c’est fini, vous n’est plus rien, vous ne valez plus rien, au sens propre et figuré, retraités investisseurs, en avant marche! A moins qu’il s’agisse de noyer le poisson, ou le poison en le diluant? Reste encore l’amateurisme, mieux, le défaut de « négligence », pour reprendre ce mot utilisé par Mme Lagarde pour se défendre-défausser dans le cadre du procès en Cour de justice de la République pour malversation et abus de biens publics, 500 millions d’euros quand même au détriment des recettes fiscales, du trou budgétaire, quoi, des dépenses publiques. En faveur d’une seule personne, Tapie. Comme on dit, le diable est tapi dans le détail.

Mais enfin, comme l’esprit français cher au président, esprit qu’il se plaît à évoquer en termes si vagues et pompeux qui feraient rougir un élève soumis au contrôle continu. Or et donc, comme cet esprit aime le répéter, ce qui se conçoit bien et clairement, s’énonce de même. Copie de 1 000 pages ni à faire ni à refaire, ainsi que le notent les profs ou les boss, quand c’est plein de vide, prétentieux et trompeur. Sauf qu’ici, on parle de démocratie, de faire-société, de la vie de dizaines de millions de personnes. Quand c’est faussement creux, c’est dangereux. A refaire, totalement, en faisant appel à des contributeurs individuels et collectifs à l’affaire sur le sujet, et non pas en affaires, en mode endogamique et ploutocratique.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.