En avril, ne te découvre pas d’un fil.

Le pouvoir macronien a continué, en encore plus fort et systémique que ses prédécesseurs, à « dévêtir », à mettre à découvert: les services publics, dont l’hôpital et la santé, les droits sociaux, les dispositifs de solidarité, etc. On en voit les conséquences dramatiques. Et il poursuit, dans ce terrible moment corona. Ses « poissons d’avril » permanents ne font vraiment pas rire.

Rhétorique guerrière, posture martiale, stigmatisations, défaussages, omissions, contre-vérités, camouflages et mensonges, présentations floues, euphémismes, etc. Le récit et la rhétorique du pouvoir macronien usent de toutes les ficelles, encore plus qu’en « temps de paix » qui n’est que le temps de la guerre sociale (R. Godin). Politique erratique, déni de réalité, laxisme, non-pragmatisme, rigidité, blocages, laxisme, refus de traverser la rue des intérêts privés, attitude réfractaire, prise en otage des soignants, livreurs précaires, salarié.es, etc. Il pratique tout ce qu’il s’ingéniait à dénoncer chez « les autres ». A cela il y a une raison fondamentale, non exclusive, c’est l’application de la « seule alternative possible »,par tous les temps, celle de l’économie - euphémisme de capitalisme financiarisé et autoritaire. Les affaires et les attaques contre les droits, sociaux, démocratiques, politiques, écologiques… ne cessent pas. Se profile déjà l’exemple de la loi liberticide dite Etat d’urgence et d’exception prolongée plusieurs fois avant d’être transformée, par ordonnance et baguette présidentialiste en loi ordinaire dite Sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme. La pandémie covid19 étant intitulée guerre, le virus déclaré ennemi et terroriste, le président auto-proclamé chef de guerre (mon dieu!), ça craint.

Voici quelques propositions et mesures que la macronie se refuse à prendre, même en temps de « guerre ». Qui sont l'exacte contre-pied de ce qu'il énonce et pratique en ce moment. Il y en a bien d’autres, tant la pandémie du capitalisme ultra-libéral a diffusé et ataqué. Les faire advenir, les jours d’après, par la lutte, pour revenir à cette démarche des Jours heureux du Programme national de la résistance mise à mal depuis tant d’années, s’envisage dès à présent. Les échanges, les réflexions, les mises en perspective, les actions de solidarité, ne manquent pas. Mots clés, parmi d’autres : Attac, Fondation Copernic, Coutrot, Zucman, Supiot, Lordon, organisations syndicales, associatives, environnementales, associations de personnels hospitaliers, Observatoire des inégalités… Et Mediapart!

> Par ordonnance en temps de guerre sanitaire et sociale, il est décidé que les dividendes (55 milliards pour le seul Cac40) ne sont pas distribués, que 33% de ceux provisionnés alimentent immédiatement les recettes publiques, que les rachats d’action pour valoriser le cours de bourse sont interdits.

> Les entreprises pouvant utiliser leur appareil productif pour fabriquer des masques, appareils respiratoires, lits médicalisés, gels, blouses et surblouses, tests de dépistage, etc. sont sommées de se mettre ce jour au travail, sous peine d’une astreinte de 10% de leur chiffre d’affaires par jour de retard et si récidive ou résistance, nationalisation. Sont concernés les domaines suivants: automobile et équipementier, textile, pharmaceutique, cosmétique, laboratoires de santé animale notamment. Les salarié.es de l’entreprise ou appels en renfort sont munis de tous les outils de sécurité sanitaire et bénéficient d’un salaire survalorisé.

> Le salaire des personnels hospitaliers dans leur ensemble, est immédiatement revalorisé, en plus de primes collectives liées au dépassement des heures de travail légales et aux risques encourus.

> Les « experts » conseillant le gouvernement ou présents au sein du gouvernement dont les conflits d’intérêts sont avérés (entreprises pharmaceutiques, industrielles, bancaires, etc.) sont immédiatement exclus et poursuivis pour manquement aux règles et aux lois. Il est fait appel à des spécialistes indépendants, scientifiques, syndicalistes, associatifs ou autres dès lors qu’ils possèdent et ont prouvé leurs connaissances et intérêts pour le bien commun. Une commission de contrôle indépendante est nommée, afin d’éviter le syndrome « juge et partie » ou complaisance.

> Les droits sociaux du code du travail, qui n’ont pas cessé d’être affaiblis, sont renforcés, en particulier ceux liés au respect de la durée du travail journalière hebdomadaire (32 heures et embauches en conséquence), de l’autonomie dans la prise de congés payés et de RTT, de la mise oeuvre par tous les moyens de la protection physique et psychologique, ce qui implique en particulier la remise en place des comités hygiène et sécurité et des critères de pénibilité supprimés. L’Inspection du travail, dont le nombre de personnels est augmentée significativement, est habilitée et encouragée à contrôler, sanctionner, fermer les lieux de travail ne respectant pas ou contournant le principe de précaution, les règles et les lois.

> Les entreprises et associations professionnelles se contentant de promesses, de « dons », d’une « contribution » et d’une « réflexion », qu’ils s’agisse de l’aspect financier ou productif, sont sanctionnées et le cas échéant réquisitionnées.

> Un moratoire est mis en place sur le paiement des loyers, emprunts, factures énergétiques pour les citoyennes et citoyens modestes et pas fortunés. Le moratoire de paiement des cotisations et autres impôts et taxes fiscales pour les entreprises distribuant des dividendes et ne participant pas à l’effort de guerre sanitaire est supprimé.

> Les logements vides, les locations ponctuelles des plateformes, les bureaux inoccupés, sont immédiatement réquisitionnés.

> Par ordonnance en temps de guerre et sociale, il est décidé que les ex-assujettis à l’ISF s’acquittent immédiatement d’une année de leur cadeau fiscal.

> Le ministère des finances engage dès ce jour la récupération des recettes fiscales perdues ou non réclamées (80 milliards/an) pour cause d’évasion, émigration et exil fiscal. Les entreprises, y compris celles dans lesquelles l’Etat est actionnaire, ayant des filiales dans les paradis fiscaux, sont poursuivies et pénalisées dès à présent à hauteur de 20%  à 30% de leurs bénéfices 2019. Dans la mesure où elles sont coûteuses pour les dépenses publiques, elles ne perçoivent pas d’aides publiques, ni financières ni sous formes d’exonérations, et leurs dirigeants (présidents, conseil d’administration) sont poursuivis en justice.

> La santé des humains est déclarée prioritaire sur celle de l’économie, et non dépendante d’elle.

> Le droit de retrait pour cause de non-sécurité assurée et mise en danger, personnelle et collective, est généralisé et non sanctionnante.

> Les contre-réformes sur les retraites, la justice, le code du travail…, les mesures fiscales injustes et illégitimes en faveur des fortunés et en défaveur des classes populaires sont abrogées purement et simplement,  et non pas suspendues. Elles sont remplacées par des réformes et mesures mettant l’humain au coeur.

> Les mesures suivantes feront partie des jours d’après, puisque rien ne sera et ne pourra être comme avant selon le mot même du président, il convient donc de l’y aider, et surtout de l’y obliger: taxation dissuasive des transactions financières spéculatives, séparation des activités de dépôt-crédit et de spéculation des sociétés bancaires et financières, renationalisation ou socialisation des entreprises stratégiques ou constituant un bien commun (autoroutes, aéroports, énergie…), la rélocalisation d’activités essentielles au faire-société et au bien-vivre, un plan de disruption écologique doté des moyens financiers, matériels et humains effectifs et appropriés, le démantèlement des conglomérats médiatiques, pour ne citer que ceux-là.

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