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Billet de blog 4 mars 2013

Hommage à Stéphane Hessel d'un enseignant du primaire en résistance

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Stéphane Hessel nous a quittés. Ce grand monsieur, à tout point de vue, j’ai eu l’honneur de le rencontrer le 17 mai 2009 au plateau des Glières, en Haute-Savoie. Invité par l’association Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui dont il était le président d’honneur, je m’étais alors exprimé devant une assistance de 4 000 personnes sur l’action des enseignants-désobéisseurs du primaire en défense de l’école publique, suite à la publication de ma lettre "En conscience, je refuse d'obéir" le 6 novembre 2008.

L’intervention de Stéphane Hessel, ce jour-là, a servi de matrice à son fameux texte « Indignez-vous » publié l’année suivante. Lors de notre rencontre, il m’avait confié son intérêt pour l’école publique et son inquiétude face aux attaques portées contre le service public d’éducation qui était au cœur du programme du Conseil National de la Résistance.

Quelques semaines plus tard, à l’occasion de ma comparution en commission disciplinaire à Toulouse, il écrivait à Luc Chatel, ministre de l’Education nationale, pour lui demander de ne pas laisser commettre une injustice. Le jour de la commission disciplinaire, le 9 juillet 2009, une lettre signée de Raymond Aubrac, Walter Bassan et Stéphane Hessel était lue en forme de témoignage par Patrick Jimena, président de mon comité de soutien. Les trois anciens Résistants soulignaient que « quels que soient les différends de l’administration avec ce fonctionnaire, nous ne comprendrions pas qu’elle ne reconnaisse pas cette dimension essentielle pour notre pays : pour former des citoyens libres et conscients, il ne faut pas des enseignants muets et incolores, mais des éducateurs citoyens ».

A la suite du refus de l’inspecteur d’académie de la Haute-Garonne de suivre la recommandation du CSFPE de transformer la sanction d’abaissement d’échelon qui m’avait été infligée en simple blâme, Stéphane Hessel lui avait écrit pour lui faire part de son étonnement. Dans cette lettre datée du 4 décembre 2010, Stéphane Hessel indique à l’inspecteur d’académie que « la démarche de résistance pédagogique de M. Refalo appelle de [sa] part un dialogue et une écoute, et non point des sanctions qui seront sources de tensions et de conflits ». Soulignant que « l’école publique a besoin d’apaisement », il estime que l’inspecteur d’académie peut y contribuer « en ne maintenant pas l’injuste sanction à l’encontre d’Alain Refalo qui a agi, en conscience, et en toute loyauté vis-à-vis de sa hiérarchie ». L’inspecteur d’académie ne répondra pas à Stéphane Hessel…

Dans son ouvrage à succès, « Indignez-vous ! », il écrivait en soutien aux enseignants-désobéisseurs du primaire : « La Résistance en appelait à " la possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l'instruction la plus développée " sans discrimination ; or, les réformes proposées en 2008 vont à l'encontre de ce projet. De jeunes enseignants dont je soutiens l'action, ont été jusqu'à refuser de les appliquer et ils ont vu leurs salaires amputés en guise de punition. Ils se sont indignés, ont "désobéi", ont jugé ces réformes trop éloignées de l'idéal de l'école républicaine, trop au service de l'argent et ne développant plus assez l'esprit créatif et critique. C'est tout le socle des conquêtes sociales de la Résistance qui est aujourd'hui remis en cause. »

Pour Stéphane Hessel, l’indignation était aussi action. Le 4 décembre 2010, lors du Forum des résistances dans les services publics organisé par les enseignants-désobéisseurs, il affichait sa conviction que « la désobéissance civile porte les valeurs essentielles de la démocratie ». Pour illustrer son propos, il avait déclaré que « quand quelque chose nous apparaît non légitime, même si c’est légal, il nous appartient de nous indigner et de désobéir ».

Il était un ami de la non-violence. Lui qui avait traversé le siècle des systèmes totalitaires et des dictatures fascistes avec son cortège d’ignominies et de barbaries, il savait que la violence menait inévitablement à une impasse et qu’elle était fondamentalement en contradiction avec les valeurs de justice et de paix. Admirateur de Gandhi, il préconisait l’action non-violente pour résister aux injustices et à l’oppression. Il soutenait les manifestations non-violentes hebdomadaires des villageois palestiniens de Bil-in qui, chaque semaine, malgré une féroce répression des soldats israéliens, poursuivaient leur protestation pacifique contre le mur de la honte.

Je garderai de Stéphane Hessel l’image d’un homme à l’écoute, empreint d’une profonde bienveillance. Sa voix musicale était à la fois douceur et fermeté. Il aurait été un excellent enseignant, tant il captivait son auditoire avec des mots simples, mais qui étaient toujours imprégnés des valeurs éternelles de l’humanité. Il était un inlassable combattant de la dignité de l’homme. Il nous laisse un message : l’injustice et la guerre ne sont pas une fatalité. Ce que les hommes ont fait de leur main, ils peuvent le défaire. C’est un appel à résister au conformisme et à la résignation. Merci Stéphane Hessel d’avoir jusqu’au bout porté le flambeau de l’indignation éthique et responsable.

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