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Billet de blog 18 sept. 2022

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Corrida, le prétexte criminel de la tradition

Le député de la NUPES, Aymeric Caron, dépose dans quelques jours, une proposition de loi visant à interdire la corrida. Une initiative salutaire qui va certainement engendrer des débats "sanglants", mais qui, espérons-le, feront progresser la civilisation.

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En France, la maltraitance animale est punie par la loi, mais l’article 521-1 indique que ces dispositions « ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée ». La corrida est donc de fait interdite, sauf dans les villes qui la pratiquent depuis longtemps. Au nom de la « tradition », argument censé clore toute discussion, les villes taurines entendent continuer à prolonger l’organisation des mises à mort de taureaux.

La tradition est bien l’ultime argument qui demeure pour défendre ce spectacle barbare d’un autre temps. La présidente de la région Occitanie, Carole Delga, qui a manqué une occasion de se taire, a expliqué qu’elle soutenait la corrida au nom de la tradition, affirmant même qu’elle était « atterrée » par la proposition de loi d’Aymeric Caron.

Oui, cher Francis Cabrel, « est-ce que ce monde est sérieux ? ». Est-on sérieux de défendre encore la corrida parce qu’elle serait ancrée dans des traditions locales, quand bien même celles-ci sont complices de tortures à l’encontre de l’animal ? C’est au nom de la tradition que dans certains pays on défend encore un autre type de torture à l’encontre des humains : l’excision des petites filles.

La tradition n’est pas un argument, ni une excuse. Elle est un prétexte qui cautionne le crime. Déjà, en 1567, le pape Pie V, dans sa bulle De salute gregis dominici, avait vigoureusement condamné « ces spectacles sanglants et honteux de démons plutôt que d’hommes »...

Je les entends rire comme je râle et je les vois
Danser comme je succombe
Je pensais pas qu'on puisse autant
S'amuser autour d'une tombe

Est-ce que ce monde est sérieux ?
(Francis Cabrel, La corrida, 1994)

Non seulement ce monde n’est pas sérieux, mais il est surtout criminel. 1 000 taureaux par an sont ainsi sacrifiés en France pour le plaisir malsain de spectateurs dont on se demande comment ils peuvent se réjouir d’un « spectacle » aussi odieux. Une paille, rétorquent les défenseurs de la tauromachie, quand 20 à 40 millions d’animaux sont abattus par les chasseurs chaque année, et trois millions d’animaux sacrifiés par jour dans l’élevage industriel.

Le nombre n’est pas la question pour la tauromachie. C’est le principe qui est criminel. Le principe de torturer, martyriser et mettre à mort un animal qui ne demande qu’à vivre et qui ne mérite jamais un tel sort. Seul l’humain est capable d’une telle barbarie envers l’animal tout en en faisant un « spectacle ». Lui seul peut décider d’y mettre fin.

On ne convaincra probablement pas les pro-corridas par des arguments éthiques et rationnels, eux qui estiment de surcroît que la tauromachie est non seulement une tradition intouchable, mais un « art ».

Soyons clair. La culture fondée sur « l’art » de la torture d’un animal ne relève pas de la civilisation, mais de la barbarie. Et toutes les barbaries imaginées par l’homme ont vocation à disparaître, au nom du respect de tout être vivant, au nom du respect de toutes les valeurs qui fondent la civilisation. Avoir fait un spectacle d’une mise à mort en dit long sur la perversité humaine. L’homme ne deviendra véritablement humain que lorsqu’il aura compris que son humanité dépend du respect de cet être sensible qu’est l’animal.

Le véritable art, insulté ici par les défenseurs de la tauromachie, a vocation à lutter contre la violence, et pas à la promouvoir. Signe d’une évolution positive des mentalités, en 2016, le Conseil d’État a définitivement supprimé l’inscription de la corrida à l’inventaire du patrimoine immatériel français.

Et heureusement, l’opinion publique est largement acquise à la cause des anti-corridas, puisque plus de 80 % des français sont favorables à son interdiction. Cette « tradition » maudite devrait, avec le temps, s’éteindre d’elle-même. Mais cela risque de prendre des décennies et des décennies. Le vote de la loi peut faire gagner un temps précieux en mettant un terme immédiat et définitif à cette pratique sanguinaire.

Les députés, s’ils représentent réellement la nation, ne peuvent que voter pour l’abolition de la corrida. Le Mexique, pays pourtant à forte tradition taurine, vient de l’interdire, sur la base d’un article de la Constitution qui garantit le « droit à un environnement sain » pour tout animal.

Oui, la corrida est un symbole. Le symbole d’une barbarie érigée en spectacle inhumain et dégradant. Son abolition prochaine questionnerait certainement d’autres pratiques de maltraitance animale qu’il faudra bien abolir également. Et le plus vite serait le mieux surtout lorsqu’elles se conjuguent avec l’urgence écologique.

Et c’est bien ce qui inquiète celles et ceux qui ne veulent surtout rien changer. L’élevage industriel et son corollaire l’abattage à grande échelle de millions d’animaux chaque jour devront être remis en cause, au nom de la civilisation, au nom de l’humanité, au nom de la préservation du vivant.

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