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Billet de blog 19 nov. 2012

Rythmes scolaires : le ministre doit résister !

Alain Refalo
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Lorsqu’en 2008, Xavier Darcos a mis en œuvre sa funeste réforme de l’école en supprimant le samedi matin et en imposant la semaine de quatre jours pour tous, je suis entré en résistance. J’ai refusé d’appliquer à la lettre le dispositif de l’aide personnalisée qui alourdissait le temps de travail des élèves soumis dès lors à la journée de classe la plus longue du monde. Dans la plupart des écoles, l’aide personnalisée rajoute une demi-heure de travail par jour en moyenne à une journée de 6h de classe. Depuis 2008, les élèves repérés en difficulté ont ainsi le « privilège » de subir la journée la plus fatigante qui soit…

Afin de ne pas trahir l’éthique des missions qui m’étaient confiées, afin de ne pas être complice d’une école élitiste et inégalitaire, j’ai alors estimé que je n’avais d’autre choix, en conscience, que de refuser d’obéir au dispositif de l’aide personnalisée qui instaurait une stigmatisation choquante et contribuait à maltraiter les enfants. Des milliers d’enseignants du primaire ont alors pris le chemin d’une résistance pédagogique ouverte et assumée pour défendre l’école de la République menacée par des réformes scélérates.

L’essentiel des études portant sur les rythmes scolaires, dont celle rapportée en 2010 dans le cadre d'une mission de l'Assemblée nationale et celle pilotée la même année par l'académie de médecine, abondent d’ailleurs dans le sens des enseignants du primaire qui ont osé désobéir pour ne pas pénaliser leurs élèves. Il a ainsi été démontré que la semaine de quatre jours était source d'un surcroît de fatigue et de stress, deux facteurs fortement préjudiciables aux apprentissages des enfants. Aujourd'hui, et contrairement à son prédécesseur, le ministre de l’Education Nationale Vincent Peillon reconnaît toute la nocivité d'un temps scolaire qui, avec « six ou sept heures » de classe hebdomadaires « épuise les enfants »[1].

Diminuer le volume horaire annuel

Il faut donc saluer la décision du ministre d’abolir la semaine de 4 jours et d’instaurer la semaine de 5 jours ou la semaine des 9 demi-journées de classe. Pour l’heure, le ministre envisage de laisser aux communes le choix du mercredi ou du samedi matin. Je plaide sans hésitation pour le mercredi matin. Je parle en connaissance de cause puisque dans ma commune (Colomiers, Haute-Garonne), pendant plus de vingt ans, nous avons connu la classe le mercredi matin. Cette matinée au milieu de la semaine n’a que des avantages. D’une part, elle permet de ne pas casser le rythme de la semaine, tant pour les élèves que pour nous-mêmes d’autre part, nous savons que les enfants se couchent généralement moins tard le mardi puisqu’il y a classe le lendemain. Dans la semaine de 4 jours, le jeudi matin est l’équivalent du lundi : des élèves fatigués, peu attentifs et un concert de bâillements !

Faire classe le mercredi matin ou le samedi matin (3 heures) offre la possibilité de réduire le volume horaire les autres jours de la semaine. A condition également de considérer que le temps scolaire annuel doit baisser. Nous sommes en effet l’un des pays en Europe qui a le plus d’heures de classe par an (si l’on prend en compte les 60 heures d’aide personnalisée annuelles), mais le moins de jours de classe. 144 jours de classe pour 924 heures annuelles contre 185 à 190 jours dans la plupart des pays européens avec une moyenne de 800 heures de classe par an. Pourquoi les écoliers français travailleraient-ils 100 heures de plus que les enfants de la plupart des autres pays d’Europe ? (avec des résultats inférieurs dans les évaluations internationales). Il faut donc supprimer le dispositif de l’aide personnalisée, facultatif pour les élèves en difficulté, et qui alourdit leur journée de classe, sans renoncer à la mise en place d’aides individualisées sur le temps de classe obligatoire dans le cadre d’une pédagogie différenciée.

Avec un volume horaire annuel de 830 heures (soit 36 semaines x 23 heures) et le retour du mercredi ou du samedi, nous pouvons donc organiser la semaine scolaire sur 4 jours et demi avec 5 heures de classe par jour ( les lundi, mardi, jeudi et vendredi) et 3h le mercredi ou le samedi. On aboutit ainsi à une semaine scolaire de 23 heures par semaine. Si les enseignants du primaire doivent faire une heure de plus par jour à l’école pour effectuer les 27 heures hebdomadaires, cela offrira davantage de temps pour les concertations, les préparations et le travail en équipe. Cette respiration quotidienne à l’école permettrait de prendre du recul avec l’immédiateté de la classe. Qui pourrait s’en plaindre ?


Un cadre national, un aménagement local

Ce cadre national fixé laisse cependant toute latitude aux communes pour organiser la journée scolaire en concertation avec tous les membres de la communauté éducative locale. Toutes les formules doivent être explorées et l’argent ne doit absolument pas être un obstacle. Si l’intérêt de l’enfant est premier, cela signifie que l’intérêt particulier des partenaires de l’école est second et qu’il appartient ainsi à chacun, enseignants, parents, collectivités locales et Etat de faire les efforts nécessaires pour atteindre l’objectif d’une réforme des rythmes dans l’intérêt supérieur de l’enfant. Tout le monde devra contribuer.

Car une fois ce cadre national intangible défini, un débat peut s’instaurer entre les équipes pédagogiques et les communes sur la répartition des cinq heures de classe dans la journée. 3h le matin et 2h l’après-midi, ou bien 3h30 le matin et 1h30 l’après-midi. Avec une pause méridienne plus importante, animée par des activités calmes et des temps de relaxation ou bien, là ou c’est possible, une pause plus courte, mais avec une prise en charge des enfants après la classe en milieu d’après-midi. Les experts en rythmes ont cependant montré que l’enfant était davantage disponible entre 15h et 17h pour des apprentissages, cela mérite d’être pris en compte.

Il est un point qui est peu souvent abordé. Il s’agit de la reprise de la classe après la récréation de l’après-midi pour la dernière heure, en l’occurrence aujourd’hui la sixième heure.... Le nouvel aménagement de la journée pourrait permettre d’annuler cette coupure néfaste et d’envisager une seule plage horaire de travail l’après-midi de 1h30 à 2h. Si la pause méridienne allongée a permis aux élèves de se restaurer sans stress, puis de se détendre, voire de se reposer, il est tout à fait envisageable d’organiser l’après-midi de classe en une seule plage. Nous y gagnerions en efficacité. Et les enfants ne sortiraient pas avant 16h30.

Résister et convaincre

La coalition des conservateurs qui émerge depuis plusieurs semaines, notamment contre la classe le mercredi matin, ou pour un report de la réforme des rythmes ne doit pas être un obstacle et entraver la détermination du ministre. J’invite Vincent Peillon et ses équipes à résister à ces immobilistes de tous poils. A résister et à convaincre. Pour cela, il est nécessaire que la refondation de l’école et la réforme des rythmes fassent l’objet de débats dans chaque commune, mais à condition que le cadre national précisé plus haut ne soit pas remis en cause.

Certes, la réforme des rythmes scolaires ne saurait résumer la refondation de l’école. Celle-ci doit se conjuguer notamment avec la refonte des programmes, un changement de paradigme dans l’évaluation des élèves et des enseignants, un renforcement de la formation pédagogique initiale et continue, la valorisation des méthodes participatives et coopératives au sein de la classe. Mais cette réforme est indispensable, y compris sur le plan symbolique car elle se heurte à des intérêts particuliers qui n’ont que faire de l’intérêt de l’enfant. Son aboutissement, malgré les réticences et les résistances, témoignera de la volonté du gouvernement de réellement refonder l’école de la République.

Cette refondation, n’en doutons pas, sera une œuvre de longue haleine. Depuis quatre ans, nous avons résisté à une entreprise organisée de déconstruction de l’école, nous avons refusé d’être les complices d’une école élitiste où le maître mot était « compétition » alors que nous privilégions la coopération et la solidarité au sein de nos classes, nous avons désobéi ouvertement à des dispositifs inadaptés, contraires à l’éthique de notre métier et qui accentuaient les souffrances des élèves, nous avons mis en place des alternatives pédagogiques pour le plus grand bien des élèves en difficulté. Mais nous avons résisté aussi pour dire qu’une autre école était possible. Une école du progrès pour tous, une école du respect, une école du bien-être, une école de la solidarité. Aujourd’hui, nous estimons qu’il est temps que la priorité à l’enfant à l’école ne soit pas qu’un slogan. Nous avons accueilli avec beaucoup d’espérance la perspective de la refondation de l’école. Aujourd’hui, l’inquiétude nous gagne. Alors, monsieur le ministre, seule votre résistance active et obstinée contre les partisans du statu quo et les intérêts catégoriels, avec le soutien des forces vives de l’école, sera le gage que notre espérance commune devienne enfin une réalité.


[1] France Inter, 17 mai 2012

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