Contribution au débat sur l'euthanasie et le suicide assisté

Faut-il légiférer sur ces questions d'euthanasie et de suicide assisté? Sur quels fondements articuler ces normes possibles : liberté, dignité ? Somme nous propriétaire de notre corps, et "comme maître et possesseur" de nous-mêmes ?

 

            Depuis quelques temps les dépôts de propositions de loi concernant la fin de vie se succèdent devant le Parlement, qu’elles émanent de Sénateurs ou de Députés[1], ayant toutes pour objectif, au-delà de variations conceptuelles et sémantiques (qu’on parle d’euthanasie active ou de suicide assisté[2] ; qu’on les fonde sur l’affirmation de la liberté individuelle, de la manifestation d’une autonomie de la volonté, ou sur la préservation de la dignité, c’est-à-dire le maintien d’une certaine image et d’estime de soi) de permettre de décider de choisir de mettre un terme à sa vie, dès lors que celle-ci est compromise à brève échéance, sans évidence d’amélioration, par le fait d’une pathologie, qui, outre son caractère inéluctablement létal s’accompagne de désagréments tels qu’ils hypothèquent les qualités susceptibles de qualifier une vie bonne, heureuse, agréable, exempte de douleur[3], et peut-être même de déplaisir.

            Ces propositions de loi, qu’on y adhère, d’ailleurs à des degrés divers, ou qu’on s’y oppose, au-delà même des questions qu’elles posent, interrogent sur les transformations profondes des mentalités qu’elles expriment et traduisent, sur les mutations de nos cadres de pensée, de nos représentations de l’humanité, de la conception que l’on a de l’homme. En même temps que, semble-t-il, elles pointent des contradictions dans les valeurs qui semblent étayer nos sociétés humaines, qui pourraient apparaître en cours de modifications radicales[4].

 

            Ces propositions de loi, en effet, revendiquent, comme un nouveau droit de l’homme, un droit de décider de choisir de mourir, où, quand, comment, manifestant dans ce choix un consentement qu’on espère libre et éclairé, donc une autonomie de sa volonté, donc sa liberté.

            Cette revendication s’inscrit, par conséquent, comme un antidestin[5], et exprime le refus de la contingence du mourir, évidente certitude, mais jusqu’alors indéterminée. C’est pourquoi on pourrait considérer qu’il s’agit là du triomphe de Prométhée, qui maîtrise sa nature humaine, qui maîtrise la nature, jusqu’à opposer sa décision, son désir, son action, à son organisation initiale, jusqu’alors en partie indépendante de sa volonté, y compris dans ses dysfonctionnements. Après avoir volé aux Dieux le feu (qui permit à l’homme d’être maitre du temps en le rendant, grâce à la chaleur qu’il permettait, relativement indépendant du froid, donc du cycle des saisons, et indépendant de l’alternance jour-nuit grâce à la lumière, mais aussi, à travers le cru et le cuit, lui facilitant une meilleure conservation des aliments, le faisant, dès lors, moins immédiatement dépendant des ressources de l’environnement), et l’intelligence technique (qui lui permit de transformer la nature, d’inventer la science et la technique, le monde des objets et des outils, de construire somme doute un destin, et de ne plus le subir), voici qu’il réussit ce qui avait été son échec : dérober l’art politique, non pas les moyens de sa survie et de sa vie, qu’il dominait peu ou prou, mais les fins mêmes de celles-ci, la décision de la finir et de la commencer, le choix du moment initial comme du moment terminal. Cet absolu prométhéen n’est-il pas en contradiction avec cette autre aspiration, qu’est le souci écologique, souci du respect de la nature, de réduction de l’empreinte humaine sur celle-ci, diamétralement inverse, puisqu’il relève de la tentative d’Epiméthée de créer un écosystème stable par l’attribution à chaque créature d’une forme, d’une qualité (d’un programme) lui permettant d’être, d’exister, de durer, de se perpétuer, de retrouver de l’immuable[6].

            Peut-être l’homme qui ne veut plus changer la vie (aspirant à un respect et une protection de la nature), devenu réservé quant à l’intelligence technique, veut-il cependant changer sa vie, non plus dans ses aspects extérieurs, mais dans son essence même, ses fondamentaux, qui l’encadrent, l’enserrent et finalement la déterminent, refusant d’être, comme l’y incitait Descartes « comme maître et possesseur de la nature », mais devenant « comme maître et possesseur de lui-même ».

 

            Cette possession de soi-même, cette appropriation de soi-même, pourrait être considérée comme l’ultime accomplissement de la liberté ; et c’est cette possession de soi-même, cette propriété de soi-même, à la fois de ses œuvres, de son esprit, de son corps, que postulent implicitement les propositions de loi sur la maîtrise de la fin de vie[7].

            Il s’agit là d’un changement de paradigme par rapport à ce qui était. Certes toutes les religions ont toujours affirmé que l’homme, création d’un Autre, incarnation de la volonté d’un Autre, ne s’appartenait pas complètement. Mais indépendamment des religions tout individu est toujours le produit et le résultat du désir, plus ou moins explicite, plus ou moins conscient, d’une intention plus ou moins aboutie, du désir d’un Autre, ou plutôt de deux Autres, n’étant de ce fait, qu’usufruitier de lui-même, et ne disposant peut-être pas sur lui-même de la nue-propriété[8]. En effet, c’est la collectivité, à travers la Nation, l’Etat, qui longtemps détint la nue-propriété des individus, sur lesquels, somme toute, elle disposait d’un droit de vie et de mort, notamment à travers deux actions : la possibilité d’envoyer à la mort, par le fait d’une déclaration de guerre, ou par l’application d’une peine de mort, dans une situation de non-respect d’un règlement pris par l’Etat. Cette restriction du droit de propriété vis-à-vis du corps humain, et de certains de ses produits (ou démembrements), et du droit d’en faire ce que bon vous semble, y compris pour son propre corps, se déduit également du fait qu’ils soient hors commerce juridique, qu’ils soient sans prix, même si, le cas échéant, ils peuvent faire l’objet de droits à réparation, compensation, indemnisation, exprimés en unités de compte monétaires[9]. C’est dire que l’autonomie de notre volonté se trouve limitée dans ses décisions concernant le corps humain, et spécialement notre propre corps.

            Ceci signifiait qu’il n’était pas une chose comme n’importe quelle autre, une chose ordinaire, un objet quelconque. En effet il est à la fois un moyen, un support d’incarnation d’une autonomie, d’une intentionnalité, et d’une conscience de celle-ci, permettant l’expression d’une capacité à les exercer, et donc en même temps une fin, le faisant sujet de lui-même, par conséquent à la fois sujet et objet, soit un sujet de droit, titulaire d’une personnalité et d’un patrimoine juridiques. C’est pourquoi avant même qu’il soit révélé par la naissance comme vivant et viable, il est déjà personnalité juridique potentielle, ou, dans une conceptualisation aristotélicienne, il est en puissance avant même qu’une cause l’anime ; ce qui est une manière de dire qu’il exprime le désir d’un Autre qui le fait exister. Comme il se poursuit dans la mort, au-delà de la vie, disposant d’une protection juridique particulière, cette manifestation de survie, à travers notamment mémoire et souvenir, étant une sorte d’effet de reconnaissance, du fait, encore une fois, d’un Autre[10].

            Cette omniprésence d’un Autre, qui donne sens, effet d’énonciation, qui inscrit dans une réalité, montre bien que, par rapport à soi-même, notre liberté n’est pas absolue, déjà par le fait même d’être partie d’un système social, groupal, interactionnel, à travers diverses formes de collectifs qui s’interpénètrent.

 

            Dès lors l’expression de notre liberté individuelle, à travers le geste suicidaire, considéré comme manifestation d’une autonomie de la volonté (à supposer que celle-ci ne soit pas déterminée par diverses aliénations, par divers empêchements à penser, notamment souffrance morale et souffrance physique, souffrance morale découlant de la souffrance physique, lassitude d’une vie restée ou devenue trop difficile, ou considérée comme inutile, si elle n’est pas sanctionnable, si elle ne constitue pas un comportement infractionniste, si donc elle ne s’accompagne pas d’un interdit, témoigne cependant d’un échec de l’inter-dit, car ce qui pourrait s’analyser comme passage à l’acte apparait premier dans la demande, le moyen pouvant occulter la délibération dont il devrait être l’aboutissement, apparaissant d’emblée posé, antécédent non négociable, et non effet de négociation. Pour autant la non interdiction n’est pas l’autorisation, et ce geste d’interruption de la vie, s’il n’est pas considéré comme illégal, n’est pas non plus légal, plutôt a-légal, susceptible alors d’interroger sur sa légitimité.

 

            C’est la raison pour laquelle le fondement revendiqué d’un droit à mourir n’a pas jusqu’alors été la liberté (ainsi que semblent le postuler les actuelles propositions de loi), mais la dignité, c’est-à-dire la perte de certains attributs de ce qui pouvait caractériser l’individu sujet de lui-même, considérés comme des marqueurs d’humanité. Chacun s’accorde à reconnaître les fonctions de conscience comme marqueurs d’humanité, en ce sens qu’elles permettent de situer les actions humaines par rapport à une temporalité, une orientation, vers le passé, par des souvenirs, une mémoire, une histoire, comme aussi vers l’avenir, avec un désir, une intentionnalité, une finalité, tout ce qui permet l’en-tension, l’interaction, l’être avec et le vivre ensemble. Qu’il y ait disparition, dissolution, destruction, effectives d’une qualité substantielle, définissante, structurante, de ce qui fait l’essence de l’humanité, permettant de la reconnaître comme telle, dans certaines situations d’affaiblissement démentiel, d’affaiblissement de l’intégrité de la conscience et de la vigilance, d’aliénation de celles-ci, mais aussi par suite de perte du sens de la poursuite de la vie (surtout lorsqu’elle n’est plus que végétative), dans des situations durables de coma profond, et de maladie ne permettant plus d’envisager, et même de penser, une quelconque perspective, nul n’en disconviendra. Pour autant fonder une attitude sur un manque, sur des caractéristiques négatives, pose question (même s’il est vrai qu’on définit d’abord l’humanité par ses aspects négatifs, ce qui s’en écarte ou y porte atteinte, comme les crimes contre l’humanité, plutôt que d’une manière positive), car ceci pose la question du périmètre au-delà duquel l’atteinte deviendrait insupportable. Est-il indigne celui qui perd ses capacités de maitrise de soi, est-il indigne celui qui change parce qu’il vieillit, est-il indigne celui qui n’a plus de reconnaissance sociale, le malade, le vieillard, le handicapé, le chômeur, le délaissé, l’isolé ? On pourrait cependant postuler que restent dignes celle et celui qui continuent à se reconnaître comme tel(s).le(s), à se percevoir le même, identique, (et pourtant ayant pu changer, se transformer, évoluer) quoiqu’il arrive, quels que soient les aléas et circonstances de la vie, quelle que soit par ailleurs la misère de ses conduites et de ses conditions. Etayer la dignité par l’unicité permettrait sans doute de préciser les cadres de ce fondement[11].

 

            Ceci pourrait replacer l’hypothèse d’un droit à mourir dans un contexte plus général du droit à l’intimité, plaçant alors les situations rencontrées, les actions envisagées, les décisions arrêtées, comme relevant de l’intériorité, d’un débat entre moi et moi-même, d’un colloque singulier en mon âme et conscience, éventuellement dans un cadre partagé, duel, qui alors scrute moins l’action que l’intention ; d’un quasi-inaccessible à un tiers[12].

            C’est pourquoi une loi spéciale qui autoriserait une euthanasie active ou un suicide assisté, créant pour ce faire, nécessairement un personnel dédié, fut-ce à la marge, pour ce type d’intervention, introduirait dans ce qui doit rester dans la sphère de l’intime, de l’ordre d’un débat singulier, un tiers évaluateur, peu ou prou en position de conseil, de décideur, même implicite, un Autre, autorisant une liberté, en tout cas, d’une certaine manière la garantissant, mais par ce fait même d’autorisation, privant la liberté de sa spécificité. En effet une autonomie concédée est-elle encore une autonomie, ou une simple apparence d’autonomie.

            Aussi, plutôt que de permettre a priori, par principe, d’une manière générale et universelle, pour des situations, toujours douloureuses par leur intensité, mais souvent aussi, par leur atypicité, leur singularité (et donc peut-être pas si nombreuses) des solutions qui pourraient nous sembler résoudre les difficultés par leur caractère quasi prescriptif (mais qui de fait restent performatives, et jamais totalement ajustées, ajointées, aux situations particulières et spécifiques rencontrées)[13], nous pourrions suggérer de renvoyer cette décision difficile à prendre, à une autorité régalienne, agissant au nom du peuple français, soit du fait d’une onction populaire, soit par délégation, assumant par conséquent une magistrature, soit en amont, avant le choix décisif et final, par autorisation, permission (et ce serait alors au Président de la République, élu pour le meilleur et le pire, et disposant d’un droit de grâce, lequel serait ici exercé à visage inversé, de trancher[14]), soit en aval, après le choix, en cas de contestation, afin d’apprécier la validité du consentement, l’éventualité d’une atteinte aux lois, notamment pénales, la pertinence d’une poursuite pénale, eu égard à l’intentionnalité manifestée dans l’événement (et ce serait alors au Procureur de la République d’agir ; pour cela certes une loi serait nécessaire, mais juste pour rajouter une exception d’euthanasie aux exceptions du Code Pénal, sans transformer l’économie de celui-ci, et sans mobiliser les passions, clivages, agitations, dans la discussion d’une loi spéciale).

            Sans doute, ceci ne résoudra pas définitivement les difficultés particulières, qui sont toujours celles qui soulignent les manques, les à peu près, les approximations, des dispositifs juridiques proposés. Mais la vie, la plupart du temps, n’est jamais « un long fleuve tranquille » ; alors pourquoi faudrait-il que pour la mort, ultime étape de la vie, et qui, peut-être, lui donne sa richesse et son sens, il en soit différemment.

           

[1] Notamment texte N° 288 du 17 octobre 2017, déposé en particulier par Monsieur Forlani, député de Charente-Maritime -examiné par l’Assemblée Nationale, le 8 avril 2021-, texte N°517 du 26 décembre 2017 déposé par les députés du groupe « La France Insoumise », texte N° 131 du 17 novembre 2020, déposé au Sénat en particulier par Madame de la Gontrie.

[2] On peut considérer l’euthanasie active comme un acte exercé par un médecin (et plus globalement un soignant), et le suicide assisté comme un acte effectué par le demandeur, assisté, le cas échéant d’un tiers, non nécessairement médecin, le médecin restant cependant le fournisseur des produits. La finalité est la même, mais la méthode (donc les moyens) sont différents.

[3] A supposer que la prise en compte de la douleur (physique d’abord, morale ensuite) soit correctement assurée (ce qui dépend de l’égalité d’accès aux soins, et d’abord aux soins palliatifs ; et dans une moindre mesure de la sensibilité, et de l’habitude, des soignants et services à cette prise en charge, compte non tenu de la survivance de conceptions, voire d’idéologies, ou de convictions, qui peuvent considérer la douleur comme rédemptrice, ou informatrice sur l’état du malade. Car il a souvent été remarqué que la demande de mort est souvent une demande d’ataraxie, de non-souffrance, que celle-ci soit réelle, effective, ou anticipée, anticipation qui conduit à une douleur morale, laquelle peut être aussi dépression, ou dépression masquée derrière une forme de lassitude, ainsi que derrière le sentiment d’une toute-puissance d’un présent qui englue et empêche de penser. La douleur nous empêche de penser, et de penser toute évolution et tout changement autrement qu’en termes binaires : souffrir/ne pas (plus) souffrir – Être/ ne pas (plus) Être.

[4] Ce qui probablement ajoute au malaise ressenti. On pourrait faire l’hypothèse que l’on est passé d’une morale aristocratique (morale de l’immuable et du déterminé, morale d’Etat, d’ordre, d’une harmonie cosmique – morale Epiméthéenne-) à une morale méritocratique (morale de la transformation et du changement, de la progressivité -morale Prométhéenne-), transformation qui n’alla pas sans soubresauts, frictions, frottements, dont la Révolution Française pourrait être un symptôme, et que l’on passe aujourd’hui à une morale libérale ou consumériste (de l’affirmation de soi, de l’authenticité, de l’autonomie, de l’équivalence des désirs, du choix individuel).

[5] Ce qui démontre qu’elle est contraire à toute idée de morale aristocratique, qui pense l’individu comme élément du groupe dans lequel il est inscrit, mais formé, formaté, absolument dépendant de celui-ci. Elle est le triomphe absolu de Prométhée, mais un d’un Prométhée égocentrique, égoïste.

[6] Cette contradiction est peut-être responsable d’une forme de « malaise dans la civilisation » que nous ressentons.

[7] Ce qui pourrait être considéré comme une forme de nihilisme, de refus de toute valeur autre que ce qui relève de mon désir, devenu l’alpha et l’oméga de la conception du monde (qui n’aurait dès lors pas de sens, pas de finalité, étant alors parfaitement absurde). Ceci remettrait en cause toute idée d’un intérêt général, toute idée d’universalité, puisque seul compterait mon ego, mon désir, mon individu ; ce qui définit la morale libérale ou consumériste, et illustre que « Dieu est mort », et bien mort. Dès lors les radicalismes religieux ne seraient peut-être que des défenses, des formations réactionnelles, contre les individualismes ; une socialisation, une collectivisation, de l’aspiration individualiste, qui s’exprime toutefois à travers la revendication au martyr.

[8] Même s’il peut exister un fantasme d’auto-engendrement, qu’alimentent peut-être les techniques de PMA ; et des fantasmes de désincarnation de la sexualité ; d’une relation sexuelle non nécessaire ; non génitrice (et renvoyée au pur plaisir ; cessant alors d’être une fin pour n’être plus qu’un moyen).

[9] Un tel système de compensation illustre cette revendication à l’équivalence qui imprègne nos sociétés (équivalence qui pourrait à terme se substituer à égalité).

[10] Autrement dit il est d’abord logos avant d’être topos ; « et le Verbe se fit Chair ».

[11] Il apparait en effet important de préciser le concept de dignité qui n’est pas, il s’en faut, unidimensionnel, apparaissant très réducteur, décrivant des réalités très différentes à l’aide d’un même outil conceptuel, agrégat qu’il devient alors nécessaire de déconstruire.

[12] On ne connait la mort qu’à propos (en 3ème personne), comme un évènement à venir ou passé, jamais comme un passage (en 1ère personne). Seul le mourant à l’instant du mourir pourrait dire ce qu’il en est ; mais il faudrait pour cela qu’il ne fût point mort, et que le moment du passage ne se fasse pas ; d’où l’impossibilité de parler de l’instant du mourir, car qui en parle n’a pu vivre cet ultime « presque rien » qui restera pour toujours « un je ne sais quoi ». (cf Vladimir Jankélévitch : la mort).

[13] Ce qui est le cas de toute loi, qui suppose son interprétation, sa jurisprudence, une adaptation à chaque fois particulière, tout bien pesé, considéré, et analysé, cette phronesis en dégageant le point d’équilibre entre excès et défaut, entre tiraillements contradictoires, comme l’a bien montré Aristote. C’est pourquoi penser résoudre les difficultés de ces matières définitivement par une loi nouvelle est une entreprise vaine, car il y aura toujours contradiction entre le particulier et le général, le singulier et l’universel, l’unidimensionnel et l’interprétable. Comme il est vain de penser que l’application dans la durée des lois Léonetti et Claeys-Léonetti résoudra à terme les difficultés. Face à l’humain il restera toujours un résidu irrationnel de toutes les tentatives de rationalité, ce « presque rien » qui rend explicite et manifeste l’implicite du « je ne sais quoi ».

[14] Comme il en est, d’une certaine manière, par rapport au mariage du mort.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L’auteur·e a choisi de fermer cet article aux commentaires.