À partir de la même technique qui avait fait naître la brebis Dolly, une expérience est réalisée sur le cochon en Virginie, le 5 mars 2000. La reproduction parthénogénétique repose sur le noyau cellulaire d'un porcin adulte, contenant les informations génétiques du suidé. Le noyau de la cellule « est transféré dans un ovule préalablement énucléé, puis implanté dans l'utérus d'une truie porteuse » (1).
Émergence d'un vif intérêt mercantile
L’aboutissement ultime de l’expérience américaine est présumé « révolutionnaire » : les cinq porcelets « fabriqués » (Millie, Christa, Alexis, Carrel et Dotcom) présentent « tous un bagage génétique identique », corroboré par des analyses de l’ADN nucléaire qui se trouve dans le noyau même de la cellule. Avant l’émergence d’un vif intérêt mercantile dans les années 2000, le procédé Dolly, issu de la vaine reconstruction de près de 300 embryons foireux, bénéficie de nobles justifications qui s’articulent autour des objectifs de thérapie humaine et de sauvegarde éclairée d’espèces en voie de disparition.
Plusieurs autres animaux seront clonés (2), avec plus ou moins de malheur et de bonheur : vaches, souris, chèvres, chats, chevaux, rats, lapins, chiens, primates non humains... Outre les États-Unis, moult pays, à l’instar du Canada, de l’Argentine, du Brésil ou de l’Australie, vont autoriser le clonage du bétail ; tandis que les gouvernements du Japon, de la Confédération helvétique, de la Nouvelle-Zélande ou du Danemark imposeront des moratoires, voire des restrictions et des interdictions de l’usage du clonage à des fins commerciales.
Obstacles majeurs et pluriels
De fait, les coûts du système sont très élevés et les taux d'exploit misérablement bas (surtout chez les ovins et bovins). En marge de la reproduction asexuée des animaux d’élevage, des tentatives pour remédier à la pénurie mondiale d’éléments corporels vitaux ont vu le jour. Le clonage des porcs s’avérait ainsi indiqué, en raison de leur disponibilité aisée et de la taille des organes, à condition de réussir à produire un cochon transgénique et compatible avec le dispositif immunitaire humain. Un pareil pourceau sain autoriserait alors des « duplicata » destinés à « l'abattoir chirurgical » où des greffons seraient rigoureusement prélevés et logiquement transplantés.
Il y a cependant lieu de signaler des obstacles majeurs et pluriels à surmonter, avant d'envisager de telles xénogreffes sur les humains (3). Les principales pierres d’achoppement résident dans les suites postopératoires, les rejets non exclus de greffons, les complications tumorales inhérentes aux immunosuppresseurs et les transmissions indésirables d'agents pathogènes d'origine porcine (bactéries, virus).
Espoirs et controverses
Au début de l’an 2022, les premières xénotransplantations de reins de porcs, génétiquement modifiés, ont été réalisées avec un timide succès chez des receveurs humains aux États-Unis. Il s’agissait avant tout de malades en état de mort encéphalique, en faveur desquels les familles et les instances de délibération éthique avaient exprimé une adhésion pour maintenir artificiellement la circulation du sang.
Bien que ces transplantations continuent d’alimenter des espoirs et controverses au sein de la communauté scientifique, la durée réelle de survie des patients greffés (moins de deux mois en moyenne) est plutôt décevante. Aussi semble-t-il de plus en plus aléatoire, au-delà des essais effectués en laboratoire ou des expériences de l’élevage agropastoral (4), de justifier allègrement l’économie des opérations médico-techniques, l’efficacité thérapeutique et le caractère éthique du clonage de mammifères en corrélation avec les êtres humains.
Alain Boutat
Épidémiologiste,
économiste et politiste
Lausanne
(1) Crisinel A. « Le porc fait son apparition sur la liste des animaux clonés », Le Temps, 15/03/2000.
(2) Benkimoun P. « Premier clonage de primates selon la technique employée pour la brebis Dolly », Le Monde, 25/01/2018.
(3) Hood L. « De la oveja Dolly al mono Rhesus: una breve historia de la clonación », The Conversation, 26/01/2024.
(4) Renard J-P. « Le clonage pour l’élevage : dans quel but ? », Encyclopædia Universalis, 29/01/2025.