LE PARI RATÉ DE L’IRRESPONSABILITÉ

Les dirigeants et sympathisants du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) appellent imprudemment leurs concitoyens à « chasser du pouvoir » un chef d’État élu, par des « marches » programmées dès le 22 septembre 2020, suite à l'annonce des élections régionales pour le 6 décembre prochain.

À la réflexion, il s’agit là d’un pari raté, dans un contexte déconcertant d'irresponsabilité stratégique, ne serait-ce que pour les raisons substantielles suivantes :

• Les bras d’appui du MRC sont fragilisés par une manifeste posture illégitime et une singulière faiblesse dans les rapports de force en présence, pour pouvoir lever l’étendard d’une révolte quelconque contre les institutions en place.

• Le metteur en scène de la comédie burlesque est une baudruche, qui n’a pas obtenu par les urnes l’importance populaire qu’il se donne, mais s’évertue à employer le vert et le sec pour revendiquer le leadership qu’il se prête.

• Les alliés du MRC, notamment les groupuscules obscures comme le Stand Up for Cameroon, l’Offre Orange et le Mouvement Agir, se résument à un quarteron d’agités à la broquille qui ne représentent qu’eux-mêmes.

Comment peut-on alors imaginer que la majorité des Camerounais, même contrariés par leurs difficiles conditions de vie, auraient un tel besoin d’aventure et de rêverie qu’ils écouteraient avec ivresse des apprentis-sorciers ?

Repu d’avantages procurés par la République et gorgé de prétentions sous un tranquille abri, l’organisateur principal de la tartuferie ne saurait dissimuler aux observateurs lucides qu’il est l’un des plus fripons des imposteurs de la politique camerounaise.

L’ambition et l’usurpation ne sauraient être prises pour arbitres à la place du discernement jusqu’au point de confondre les leaders et les manipulateurs, les démocrates et les autocrates, les démophiles et les démagogues.

N’assistons-nous pas à une sorte de contrefaçon de l’engagement politique qui cherche à abuser des gens simples et des âmes humbles, en feignant les apparences de la vertu, de l’intégrité et de la représentativité ?

L’ayant côtoyé à suffisance, je ne doute point que le peuple camerounais saura privilégier la paix civile, défendre l’ordre constitutionnel et se tenir sur ses gardes contre les prébendiers de la haine si chère à leur assiette au beurre !

Alain Boutat
Épidémiologiste,
Économiste et Politologue
Lausanne

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