QUE PENSER DES VACCINS POTENTIELS CONTRE LA COVID-19 ?

Plusieurs laboratoires, tels Moderna, BioNTech-Pfizer et AstraZeneca, ont récemment fait état des «résultats encourageants» de leurs essais cliniques concernant le précieux vaccin contre la Covid-19. Ces résultats suscitent toutefois des réactions contrastées, porteuses certes d'espoir mais aussi empreintes de scepticisme.

En attendant les autorisations de distribution requises, les taux d'efficacité des vaccins à ARN de Moderna et de BioNTech-Pfizer seraient respectivement de 94,5% et de 95%, tandis que celui du vaccin classique à virus inactivé d’AstraZeneka s'établirait à 70% en moyenne, voire à 90% selon les doses administrées. Le principe de tous ces vaccins potentiels consiste à apprendre au système immunitaire à discerner et à discriminer le virus pathogène, et, au mieux, à lui opposer une riposte véhémente et destructrice.

Accueil plutôt sceptique

Interviewé par Sud Radio, Didier Raoult, professeur à la Faculté de médecine et à l'Institut hospitalo-universitaire de Marseille, réserve d'emblée un accueil plutôt sceptique aux résultats annoncés supra : «J'ai dit que le vaccin relevait de la science-fiction pour moi. Je ne vais pas rentrer dans des explications trop compliquées, mais prenez l'exemple du vaccin contre la grippe, on a mis une quinzaine d'années à le stabiliser et, encore à l'heure actuelle, il n'est pas fiable à 100%».

Et là, ajoute-t-il, avec un ton manifestement agacé, «pour une maladie qu'on connaît depuis un an à peine, des laboratoires nous sortent des résultats à plus de 90%. Mais, franchement, qui peut croire une chose pareille ? Certains vont devenir milliardaires avec cette connerie qui est rabâchée par les médias. Alors, quand on me demande ce que je pense du vaccin et de sa réussite, je réponds que je ne joue pas en bourse».

Le brillant spécialiste français des maladies infectieuses, poursuivi notamment pour «charlatanisme» par l’Ordre des médecins des Bouches-du-Rhône, n’a pas tort de s’interroger sur les résultats des essais cliniques précités. Les taux d’efficacité évoqués sont-ils réellement plausibles, sachant que l’élaboration d’un vaccin prend normalement une dizaine d’années pour être consolidé ? Les méthodologies mises à contribution dans les protocoles d'études permettent-elles des comparaisons transversales crédibles ?

Immenses espoirs

Nonobstant ces interrogations prudentes, le professeur marseillais de microbiologie n'a pas raison d'affirmer, sans nuances de circonspection, que le vaccin relève de la «science-fiction». S’il est ordinairement admis, en épidémiologie clinique, qu’aucun moyen de prévention vaccinale, ni traitement thérapeutique préétabli, ne saurait présenter une efficacité absolue contre toute altération de l'état de santé, cela ne signifie pas pour autant une absence systématique de performance relativement estimable.

De fait, les 200 candidats-vaccins environ, dûment répertoriés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), connaissent des fortunes diverses. Ils ne sont pas tous à la hauteur des enjeux sanitaires et des risques financiers encourus par les laboratoires concernés. Mais il n’est pas moins vrai qu’une cinquantaine d’entre eux trônent en phase avancée d'expérimentation et éveillent d’immenses espoirs dans plusieurs pays du globe.

La question essentielle, dont la réponse demeure aujourd'hui incertaine, est de savoir si les candidats-vaccins les plus prometteurs sont significativement en mesure de protéger, sans effets secondaires ni complications sévères, le système immunitaire au-delà de 6 à 12 mois. Dans la négative, il faudrait se résoudre à vivre avec le virus impénitent, à l’instar de celui de la grippe saisonnière (influenza), qui, selon l’OMS, occasionne en moyenne annuelle près de 500’000 décès sur la surface de la planète.

En conséquence, rien ne serait plus déraisonnable et infructueux, ni plus inconvenable et défectueux, de n'établir a priori que de sombres lendemains pour des vaccins en cours d'autorisations internationales, fussent-ils inexorablement efficaces à moins de 100%. Comme le suggère pertinemment un proverbe extrait d'une fable célèbre de Jean de la Fontaine, «Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras» !

Alain Boutat
Épidémiologiste,
Économiste et Politologue
Lausanne

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